‹ Le docteur ServansChapitre 27 sur 201 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

D ANJOU

Eh bien, moi, petite mère, je ne suis pas un si grand politique que Sa Majesté Anne d'Autriche, et surtout que monsou de Mazarin; mais si j'étais à leur place à tous les deux, eh bien, parole d'honneur! je lui laisserais quelque chose à faire, à ce pauvre Louis, de peur qu'un beau jour... *

ANNE

Eh bien?

d'anjou.

De peur qu'un beau jour, comme on ne veut le charger de rien, lui ne se charge de tout : guerre, paix, finances, alliances, mariage. Tenez-vous-le pour dit! En attendant, comme M. Molière est chez moi, — vu que, lorsqu'il a appris que son père était à Yincennes, il n'a plus eu qu'une crainte : celle de rencontrer son père, qui, dit-on, veut le faire mettre dans une prison d'État; — or, dis-je, comme M. Molière est chez moi, comme les privilèges de théâtre rentrent, à ce que Ton assure, dans les grandes attributions que l'on a réservées au roi, ou que le roi s'est réservées, je vais ménager à M. Molière'une entrevue avec Louis; et, ma foi! il se débarbouillera avec le grand prince comme il l'entendra. Quant à moi, j'aurai fait, dans cette grande affaire, tout ce que j'aurai pu...

(se regardant dans la glace de l'éveutail de sa mère) jusqu'à en défriser ma perruque !

ANNE

Silence!

D'ANJOU, regardant du côté de la porte.

Je crois bien, silence ! voici les grands conseillers de la couronne, monsou le cardinale en tête... M. leTellier. M. Lyonne, M. le surintendant des finances... Je l'aime assez, celui-là : c'est lui qui tient l'argent; il en offre toujours, et il ^n donne quelquefois. Par malheur, le parlement refuse celui qu'il offre, et le cardinal reprend celui qu'il donne!... Puis M. de Villeroi, M. de Grammont, M. de Montglat, M. de Villequier, le conseil tout entier enfin! Oh! comme on va royalement s'ennuyer ici!... Maman, où est donc mon frère? Je croyais que c'était là un des privilèges qui lui étaient réservés, et qu'on n'avait pas le droit de s'ennuyer sans lui.

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