ACTE II
MARIE
Mais, enfin, j'en reviens au fond des choses, comme dit la belle Arténice. Gomment voulez- vous donc que je sache, sire, si mademoiselle de la Motte est ou n'est plus votre passion, et si M. Dangeau compose ou non un madrigal?
Parce que la fenjme ne se trompe point au sentiment qu'elle inspire, et que son regard voit aussi facilement l'amour au fond du cœur de son amant que le plongeur voit la perle au fond de la mer.
MARIE
Ah ! sire, mais c'est vous qui êtes poëte*! et si vous le tentiez, j'en suis sûre, vous feriez des vers aussi couramment que M. le comte de Saint- Aignan ou M. le marquis
de la Feuillade.
d'an j ou.
Est-ce ton avis, Guiche?
GUICHE
Pardieu ! le roi n'est- il pas le roi? et, en cette qualité, le roi ne peut-il pas tout ce qu'il veut? D'ailleurs, la poésie est femme ! pourquoi, comme toute femme, ne seraitelle pas coquette ou infidèle?
LE ROI
Guiche, je te préviens que, si tu continues à dire du mal des femmes, je t'exile !
8ft LA JEUNESSE DE LOUIS XIV
GUICHE
Comme Chamarante, sire? parbleu! cela ne m'étonne* rait pas.
d'anjou.
Moi, je ne me connais pas beaucoup en vers : je les aime un peu plus que les sucreries, un peu moins que les dentelles, les bijoux et les diamants, pour lesquels je vendrais mon droit d'aînesse, si j'étais Ésaû au lieu d'être Jacob; mais j'ai trouvé le dernier quatrain de M. de la Feuillade fort mal rimé... Attendez donc.
MARIE
Oh ! monseigneur, est-ce que, par hasard, dans vos pénitences, M. votre gouverneur vous ferait apprendre les quatrains de M. de la Feuillade?
d'an j ou.
D'abord, mademoiselle Marie, sachez qu'il y a deux ans que je n'ai plus de gouverneur, et que , par conséquent, je me gouverne tout seul. Non, Dieu merci! je n'ai plus de gouverneur, et ne fais d'autres pénitences que celle que m'impose M. de Mazarin, quand son avarice me refouze deTarzent pour âceter des passementeries... A propos, la nièce de notre oncle, vous avez là du point d'Angleterre passablement merveilleux!
MARIE
C'est Sa Majesté la reine Henriette qui me l'a donné. |