SCÈNE PREMIÈRE
LE ROI, ANNE D'AUTRICHE, LE DUC D'ANJOU, MAZARIN, MADAME HENRIETTE, MARIE DE MANCINÏ, MADEMOISELLE DE LA MOTTE D'ARGENCOURT, LE COMTE L^E GUICHE, LE DUC DE GRAMMONT, LES DEUX VILLEROI, DANGEAU, VILLEQUIER, LE CHEVALIER DE LORRAINE, BERINGHEN, Pages, etc., etc.
Ces personnages sont divisés en groupes, les uns assis ou couchés, les autres debout. Les pages font leur service, autour d'eux. Le* premier groupe, sons le chêne de Saint-Louis, se compose d'Anne d'Autriche, de madame Henriette, de mademoiselle de la Motle, de Beringhen et du chevalier de Lorraine. — Le deuxième groupe, à droite du spectateur, se compose du roi, du duc d'Anjou, de Marie de Mancini, du comte de Guiche, du marquis de Tilleroi et du comte de Dangeau. — Le troisième groupe se compose du cardinal, du duc de VilleroK, du duc de Grammont et de M. de Villequier. — Deux ou trois autres groupes complètent la mise en scène. Des tapis chargés de mets, de verres et de bouteilles sont étendus à terre. On est à la fin de la collation.
MARIE, montrant, d'un mouvement de tête, Dangeau, qui écrit sur ses tablettes.
Sire, demandez donc à Dangeau ce qu'il fait... Je pa-
rie, moi, que c'est un madrigal en l'honneur de votre passion, mademoiselle de la Motte d'Argencourt, qui nous regarde d'un œil féroce, et qui fait que Sa Majesté la reine mère, ne pouvant pas entendre nos paroles, ne perd pas, du moins, un de nos gestes.
LE ROI
D'abord , vous savez* mieux que personne que mademoiselle de la Motte a pu être, mais n'est plus ma passion. Si je n'ai pas encore tout à fait la puissance d'un roi, j'en ai le cœur : mademoiselle de la Motte, ayant aimé ou aimant M. de Ghamarante, ne pouvait plus être rien pour moi. Ensuite, je sais mieux que personne, moi à qui uu agent secret révèle toutes choses, que Dangeau ne fait pas de vers* Il est donc impossible de faire passer deux plus gros mensonges par une plus petite et une plus charmante bouche que ne le fait à cette heure mademoiselle Marie de Mancini !
MARIE
Oh ! sire, voilà le plus galant démenti qui ait jamais été donné, même dans les alcôves de madame de Rambouillet.
d'anjou.
Guiche, est-ce que ça t'amuse, toi, d'entendre sans cesse parler d'amour?
GUICHE
D'en parler, oui; d'en entendre parler, non...