SCÈNE III
LE ROI, ANNE D'AUTRICHE, MAZARIN, .« fond,
disentant avec le majordome, un carnet à la main,
ANNE
Vous me pardonnerez, n'est-ce pas, Louis, de vous priver un instant de l'agrément de la chasse, et du plaisir d'accompagner mademoiselle de Mancini ? mais ce que j'ai à vous dire est, en vérité, de la plus haute importance.
+ LE ROI
En supposant qu'une mère qui demande quelques minutes d'entretien à son fils ait besoin de pardon, madame, vous obtiendrez facilement le mien, car j'étais ré-
solu' à rester ici pour moi, quand même je n'y fusse pas resté avec vous et pour vous.
ANNE
Vous restez ici ?
LE ROI
Oui, j'y ai donné rendez- vous à quelqu'un; mais que cela ne vous gêne aucunement : la personne est tout à mes ordres, et attendra votre bon plaisir.
ANNE
Je vous croyais trop galant pour faire attendre une jeune et jolie femme, Louis.
• LE ROI
Je ferais attendre toutes les femmes de ce monde, les plus belles comme les plus puissantes, ma mère, du moment où il s'agit pour moi de rester près de vous ; mais je n'ai pas même ce mérite : la personne que j'attends n'est point une femme.
ANNE
Ce n'est point une femme qui va venir? Mais qui est-ce donc, que vous ayez renoncé à suivre la chasse pour l'attendre ?
N'avez-vous point entendu, madame, ce que disait d'Anjou de certain démon familier qui me rend le bon office de me répéter tout ce qui se dit, se fait et même se pense autour de moi ?