‹ Le docteur ServansChapitre 67 sur 201 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

ANNE

Et depuis quand ce bon génie est-il près de vous, mon fils?

LE ROI

Oh ! par malheur, depuis bien peu de temps, madame ; depuis ce matin, à onze heures.

ANNE

Mais, à onze heures, vous étiez rentré au château de Vincennes.

LE ROI

Aussi est-ce depuis ma rentrée au château, madame, que j'ai eu le bonheur de le voir.

ANNE

Impossible ! depuis onze heures jusqu'au moment où nous sommes, c'est-à-dire deux heures de l'après-midi, aucune personne étrangère n'est arrivée jusqu'à vous.

LE ROI, souriant.

Pour être si sûre de ce que vous avancez, madame, vous avez donc aussi un démon familier qui vous rend compte de mes actions ?

ANNE, sans répondre.

Et cet inconnu... car c'est un inconnu, sans doute ?

LE ROI

Pour tout le monde, excepté pour moi.

ANNE

Et cet inconnu est déjà retourné d'où il était venu ?

LE ROI

Non, madame, à partir d'aujourd'hui, il reste où je suis.

ANNE

Et quel place occupera-t-il à la cour?

LE ROI

Aucune qui soit remplie, madame; celle de mon ami.

ANNE

Cest un gentilhomme, je présume?

LE ROI

Peu importe, madame ! il n'a la prétention ni d'être présenté, ni de monter dans mes carrosses.

ANNE

Prenez garde ! vous allez soulever bien des susceptibilités, donner lieu à bien des réclamations !

LE ROI

Quelles susceptibilités peut soulever un homme qui désire rester invisible ? A quelles réclamations peut donner lieu un inconnu dont la première condition de dévouement est qu'on ne lui offrira jamais ni place, ni faveur, ni argent ?

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