ACTE II
! LE ROI
! Aussi suis-je heureux que vous m'ayez fourni l'occasion de vous remercier comme je le fais, loin de l'étiquette, seul à seul, votre bras appuyé sur le mien, et dans une intimité si rare entre ces pauvres déshérités d'amour qu'on appelle les rois de la terre.
ANNE
Vous me remerciez, Louis, et je cherche en quoi j%i mérité ce remercîment.
LE ROI
Voyons, avouez-le franchement, ma bonne mère, il y a une chose qui vous préoccupe en ce moment, et c'était pour vous expliquer de cette chose avec moi que vous m'avez demandé cet entretien.
ANNE
De quelle chose voulez-vous parler?
LE ROI
De certain sentiment que vous craignez de voir devenir trop tendre...
ANNE
Vous avez raison; seulement, je ,ne crains pas de le voir devenir trop tendre, je crains de le voir devenir trop sérieux.
LE ROI
Soit; mais, enfin, je ne me suis pas trompé.
ANNE
Non. Eh bien?
LE ROI
Eh bien, n'est-ce pas dans cette préoccupation, qui indique, à tout prendre, votre profonde tendresse pour moi, et votre suprême sollicitude pour ma renommée, que vous avez eu l'idée d'inviter votre belle-sœur matame Christine de Savoie à venir en France, sous le simple prétexte d'une de ces visites que Ton se rend entre proches, et surtout à amener avec elle la princesse Marguerite, afin que le charme de ses yeux noirs pût combattre la désastreuse influence des yeux bleus de mademoiselle de Mancini ?
ANNE
Comment! vous savez?...
LE ROI
Je sais, madame, que la princesse Marguerite est la digne petite-fUle du roi Henri IV : pieuse, bienfaisante, éclairée ; en outre, une charmante personne aux grands yeux mélancoliques, au nez droit, aux dents blanches, au teint un peu olivâtre peut-être pour nous autres princes de race blonde... toutes choses, d'ailleurs, dont je pourrai juger au retour de la chasse.
ANNE
Au retour de la chasse ?