SCÈNE V
ANNE D'AUTRICHE, MAZARIN, LE ROI, au fond;
BERINGHEN, donnant au piqueur l'ordre de retourner au château.
MAZARIN
Il paraît, madame, que nos doux voyazouses sont arrivées.
ANNE
Oui. (Montrant le roi.) Vous lui avez tout dit, monsieur.
MAZARIN
D'abord, Mazesté, ze ne dis zamais tout.
ANNE
Et, cependant, il n'ignore rien.
Ze tous zoure, madame, que ze ne sais point de qui vous voulez parler.
ANNE
Je veux parler du roi, monsieur, et je vous répète qu'il sait tout. ^
MAZARIN
Qu'appelez-vous tout savoir, cère Mazesté?
ANNE
11 sait que je me défie de son nouvel amour; il sait
mon projet d'union entre lui et la princesse Marguerite; il sait, enfin, ce que je ne savais pas moi-même, c'est que les deux princesses sont arrivées.
MAZARIN
Peccatol 11 sait tout cela, Mâzesté! Et qui a pou le loui dire?
ANNE
Alors, monsieur le cardinal, pardonnez-moi cette mauvaise pensée, si elle est fausse, mais je me suis imaginé que, comme vous étiez plus intéressé que personne à ce que le mariage ne se fît point, c'était vous qui, pour le faire manquer, aviez tout dit au roi !
MAZARIN
Plous intéressé que personne!... Ze ne comprends pas Votre Mazesté.
Sans doute! le roi...
MAZARIN
Le roi?
ANNE
Le roi n'aime-t-il pas votre nièce ?
MAZARIN
Vous croyez? oh!...
ANNE. x
Je vous en apprends la nouvelle, n'e3t-ce pas, mon. sieur le cardinal?