ACTE II
dinal? Elle regagne sa voiture toute grondante comme une tempête !
MAZARIN
Eh! sire, qui sait zamais ce qu'a oune femme, sourtout quand cette femme elle est reine ? #
LE ROI
Ce n'est point contre moi qu'elle est fâchée, je l'espère, n'est-ce pas, monsieur de Mazarin?
MAZARIN
Non.
LE ROI
Au reste, comme j'ai quelque chose à demander, c'est vrai, mais point à elle, peu m'importe sa bonne ou sa mauvaise humeur.^
MAZARIN, caressant.
Vous avez quelque çose à demander à quelqu'oun, mon cer roi?
LE ROI
Oui.
A qui?
A vous.
MAZARIN
LE ROI
Demande, mon cer enfant! demande!... Oh! pardon, pardon, sire ! voilà que ze parle à Votre Mazesté comme dou temps où la reine mère était rézente, et où le roi Louis était oun petit garçon pas plous haut que cela.
LE ROI
Eh! n'avez- vous pas toujours le droit de me parler ainsi, mon cher cardinal? Qui m'a élevé? vous! Qui m'a suivi dans l'exil? vous! Qui m'a défendu? vous!... Qui, par d'habiles négociations, a maintenu la paix à l'étranger, et éteint les 'troubles à l'intérieur? vous ! toujours vous! Si je suis roi de France, enfin, n'est-ce point par vous que je le suis, et si, après Dieu, je dois mon royaume à quelqu'un, n'est-ce point à vous que je le dois?
MAZARIN
Ètes-vous bien convaincou de ce que vous me dites là, mon cer Louis?
Mais c'est de l'histoire, monsieur dé Mazarin !
MAZARIN
Oh! l'histoire! elle est parfois si mentouseT... Et vous m'annonciez donc, mon cer enfant, que vous aviez quelque çose à me demander. Voyons, quoi? dites.
LE ROI
Oui ; mais, avant de vous faire cette demande, je veux vous adresser une question.
MAZARIN
Laquelle?
LE ROI
Ètes-vous dans un moment de bonne humeur, mon cher cardinal?