ACTE II
MAZARIN
Auzourd'houi?
LE ROI
Oui, aujourd'hui.
MAZARIN
Auzourd'houi, ze souis d'oune houmour carmante!
(Il sourit tendrement an roi, qui passe son bras sons le bras de Mazarin. Contre-partie de la scène avec Anne d'Autriche.)
LE ROI
Eh bien, mon cher cardinal, j'ai besoin d'argent.
MAZARIN, se redressant.
D'agent?
LE ROI
Oui, d'argent.
MAZARIN
Pardon, sire, z'espérais avoir mal entendou... D'arzent! et pourquoi faire voulez-vous de l'arzent?
LE ROI
Mais pour donner des bals, des fêtes, des spectacles ; pour m'amuser, enfin.
MAZARIN
Vous amouzer, sire ! Est-ce que vous croyez qu'un est roi pour s'amouzer?
LE ROI
Mon cher cardinal, on est roi pour s'amuser ou pour
régner : or, du moment que c'est vous et ma mère qui régnez, il faut que je m'amuse, moi, ou sinon prenez garde ! je m'apercevrai que je ne règne pas !
MAZARIN, à part.
Ouais 1 que dit-il donc là?
LE ROI
Voilà pourquoi je demande de l'argent.
MAZARIN
De l'arzent! de l'arzent! on dirait, ma parole d'honnour! que le vocaboulaire royal se compose de ces doux motsrlà : De l'arzent ! La reine elle en demande avec sa voix aigre : « De l'arzent, monsou le cardinal ! » monsou d'Anzou il en demande avec sa voix douce : a Monsou le cardinal, de l'arzent ! » Le roi il en demande... Mais*, sire, il n'y en a plous, d'arzent ! Z'ai mis tout ce que nous en avions à cette fête; ze viens d'en faire le calcoul avec le mazordome, elle coûte cinq cents pistoles !
LE ROI
Eh bien, alors, mon cher monsieur de Mazarin, comme
je m'ennuie beaucoup, et qu'il n'y a point d'argent, à ce
qu'il paraît...
mazarin.
11 n'y en a pas, non, sire !
le roi.
Il faudra donc que, pour me distraire, je me mêle des