ACTE II
LE ROI
Eh bien, mon cher cardinal, en attendant que l'argent rentre, ne pourriez-vous pas me prêter ce million, vous ?
MAZARIN
Madonnaî
LE ROI
Vous le reprendrez sur les premiers impôts qui seront versés au trésor.
MAZARIN
Moi, sire, moi vous prêter oun million ?
LE ROI
Mais oui; rien ne vous est plus facile.
Buon Dio! et où voulez-vous que ze le prenne ce million?
LE ROI
Mais, par exemple, attendez, mon cher cardinal... tenez, sur les trois millions neuf cent mille livres de Lyon... ou sur les sept millions de Bordeaux... ou bien "encore sur les quatre millions de Madrid...
MAZARIN
Zésou!
LE ROI
Ou bien, si vous hésitez à retirer de l'argent avanta-
geusement placé, ce qui est concevable, empruntez la somme que je vous demande sur vos neuf millions de propriétés : je payerai les intérêts au denier dix.
MAZARIN
Ze souis volé, trahi, rouiné!
LE ROI
Ou bien ne pourriez-yous pas encore distraire ce million de vos sept millions de rentrées générales? Que sais-je, moi? Enfin, il me semble, mon cher cardinal, qu'un ministre qui possède, tant en argent qu'en propriétés et en billets de caisse, trente-neuf millions deux cent soixante mille livres peut bien prêter cent mille pistôles à son roi.
MAZARIN
11 n'y a que ce coquin de Bernouin qui ait pou me trahir... Zèle çacerai, ze l'enverrai aux galères, zèle ferai pendre sans miséricorde !
Et vous aurez tort, mon cher cardinal, car je vous jure, foi de gentilhomme, que le pauvre Bernouin est bien innocent de tout cela.
MAZARIN
Mais qui vous a dit... qui a pou vous dire ?...
LE ROI
La même personne qui m'a appris le voyage en France