ACTE II Ifct
affaires d'État... Ce n'est point amusant, mais, enfin, c'est toujours une distraction. Vous direz donc, demain, je vous prie, à M. Foucraet, à M. Lyonne et à M. le Tellier de venir travailler avec moi, au lieu d'aller travailler avec vous; vous vous reposerez pendant ce temps-là, vous, mon cher cardinal. Après trente ans de votre vie consacrés à la France, vous devez, certes, avoir autant besoin de repos qu'après six ans d'inaction, moi, je dois avoir besoin de travail.
MAZARIN, se grattant l'oreille.
Et il vous faudrait beaucoup d'arzent, mon cer roi ? •
LE ROI
Non.
ii MAZAR1N.
Oh ! alors, si c'est oune petite somme, il y a moyen de s'entendre. -
LE ROI
Une petite somme... pour un roi, surtout quand ce roi voit autour de lui des ministres si riches !
MAZARIN
Oh ! oui, monsou Fouquet... c'est oun scandale! Mais voyons le ciffre de la somme... Vous comprenez, tout dépend dou ciffre.
LE ROI
Mais je crois qu'avec un million...
MAZARIN, bondimnt.
Oun million?
LE ROI
Oui, je passeraisla saison des chasses.
MAZARIN
Oun million, mon cer Zésou!
LE ROI
Trouvez-vous que ce soit trop peu pour un roi de France?
* MAZARIN
Mais ze trouve que ce serait trop pour oun roi d'Orient qui aurait les trésors de Salomon et de Sardanapale à dépenser? Oun million, mon cer enfant ! et où voulez-vous que ze prenne oun million ?
LE ROI
Mais il me semblait, monsieur, que, du moment où j'avais fait enregistrer les édits du parlement...
MAZARIN
Eh ! sire ! avant qu'ils soient promoulgués, poubliés, mis à essécoution, et, par conséquent, avant que Tarzent il rentre, il se passera plous d'oun an, plous de doux ans; il ne rentrera peut-être même zamais, ce coquin d'arzentî Le malhouroux peuple il est si misérable, si rouiné, pauvre peuple!.... Ah 1