‹ Le docteur ServansChapitre 87 sur 201 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

Marie ! j'ai besoin d'être seul un instant avec vous, d'entendre votre douce voix isolée des autres voix, de voir votre charmant visage dans un miroir qui ne reflète que 'lui ! Vous êtes comme ces bonnes fées qui, d'un coup de leurs baguettes d'or, chassent les spectres, et font disparaître les mauvais génies.

(Le vent commence à siffler, et le temps à s'obscurcir.) MARIE.

Oh! sire, la belle place que Votre Majesté me donne auprès du roi !

LE ROI

Marie, en connaîtriez- vous une plus douce que celle d'une femme qui ferait oublier à un roi les préoccupations de la royauté?

MARIE

Mais, avant toute chose, il faudrait que cette femme fût aimée, et surtout fût certaine de l'être.

LÉ ROI

Et quelle chose devrait donc faire ce prince pour lui prouver son amour?

Une des premières serait, quand elle est à la chasse, de suivre la chasse, au lieu de l'envoyer à l'autre bout de la forêt, pour rester seul... Dans quel but? Dieu le sait!

LE ROI

Aurais-je ce grand bonheur, par hasard, que vous fussiez jalouse, chère Marie ?

MARIE

Si c'était un grand bonheur pour vous, sire, ce serait un grand malheur pour moi !

LE ROI

Pourquoi cela? et comment mon bonheur, à moi, pourrait-il faire^ votre malheur, à vous? Vous êtes toujours à me parler de mon pouvoir, de mon sceptre, de ma cowmnne. Hélas! c'est là le côté triste et amer de ma vie, et c'est contre ce côté-là que j'appelle la fée à la baguette d'or ! La seule couronne vraiment royale que Dieu mette au front de ses élus, c'est celle de l'amour ; toutes les autres rident ou brûlent les fronts qui les portent : celle-là seule les éclaire et les rajeunit !

MARIE

Eh bien, sire, qui vous dit que, si vous demandiez franchement, et à haute voix, cette couronne à la femme qui peut vous la donner, qui vous dit qu'elle vous la refuserait?

LE ROI

Oui, mais qui me dit aussi que ce serait bien véritablement à l'amant, et non pas au r,oi, que cette couronne Serait donnée? (La plaie tombe; le roi, abritant Marie avec son chapeau, la conduit sous le chêne de Saint-Louis. Les autres chasseurs réparassent au Tond ; mais, apercevant le roi cl Marie, ils n'osent regagner les fli e vaux et les voitures, et se groupent peu à peu pendant toat le

reste de la sernr.) Qui me dit qu'un amour ambitieux ne sa-

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