‹ Le docteur ServansChapitre 88 sur 201 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

crifiera point quelque amour tendre, caché, obscur, plus enviable dans son obscurité, dans son mystère, dans s jjpndresse, que "celui qui se produira au grand jour? 11 y a des moments où je voudrais être pauvre, malheureux; des moments où, au lieu d'être né sur le trône, je voudrais être né le dernier de mes sujets; car, alors, si une jeune et belle bouche comme la vôtre me disait : «Louis, je t'aime!» ah! je serais bien sûr d'être aimé !

MARIE

, Eh ! croyez-vous donc, sire, que la femme qui vous aimera ne sera point, de son côté, tourmentée des mêmes craintes qui vous tourmentent? Si vous étiez le dernier de vos sujets, si vous étiez malheureux, si vous étiez pauvre, celle qui s'offrirait à partager votre pauvreté et votre malheur saurait que son dévouement peut être récompensé; qu'elle a et l'espoir et le droit d'être aimée; qu'un ministre ne viendra pas crier : a Sire, la raison d'État! » qu'une mère ne viendra pas dire : «Mon fils, l'orgueil du sang ! » Aimer un homme ordinaire, sire, c'est être la compagne de toute sa vie; aimer un roi, c'est être la maîtresse d'un jour, la fantaisie d'une heure, le caprice d'un moment; c'est faire ce que nous faisons tous deux, ici, sous ce chêne que la foudre peut frapper; c'est oublier le temps qui s'assombrit, le tonnerre qui gronde, la pluie qui tombe, pour jouir d'un bonheur qui ne durera peut-être que ce que dure cet éclair qui passe!... Oh ! la femme qui se sentirait disposée à aimer un roi, un

roi jeune, beau, puissant comme vous; cette femme, si elle avait une lueur de raison dans l'esprit, une apparence de dignité dans l'âme, cette femme devrait, plutôt que de laisser grandir son amour, plutôt que de se laisser dominer par lui, l'aller chercher au plus profond de son cœur, et l'y étouffer impitoyablement de ses deux mains!

(Matarin apparaît dans la grotte, et écoute.) LE ROI.

Et qui vous dit, Marie, que, si le roi était sûr de cet amour, il lui importerait en quelque chose que la femme qui le lui apporte ne fût pas une princesse, une fille de roi, une sœur de reine? Est-il absolument nécessaire, pour maintenir la grandeur d'un État, pour sauvegarder la dignité de la couronne, que le cœur se sacrifie éternellement aux exigences de la politique ? Qu'importe à la prospérité de la France que j'épouse quelque pauvre princesse de Savoie, de Portugal, d'Allemagne, ou la femme que j'aime? que je sois malheureux dans ma majesté ou heureux dans mon amour ?.., Écoutez bien ceci, Marie. Je suis roi, résolument décidé à dire, à quiconque tentera désormais d'entraver mes desseins, ce que j'ai dit ce matin au parlement : «Je veux! » Je suis roi, disje, et ministre, mère, France, Europe, plieront devant ma volonté immuable et souveraine! Oh! que l'on m'aime, que l'on m'aime seulement ! que je sente que cet amour est puissant, profond, éternel; que la femme qui m'aimera d'un amour égal au mien soit pure, jeune,

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belle; que cette femme soit comme vous, enfin, Marie, et je dirai à cette femme : «Voilà mon cœur!» et je dirai à la France : « Voilà la reine ! »

MARIE

Oh ! sire! sire! si Ton croyait à une pareille promesse, ce serait à rendre folle la femme qui vous aimerait! Mais non, non 2 Madame de Fontenac vous a aimé!

LE ROI

Elle avait un mari!

Ma sœur Olympe vous a aimé !

LE ROI

J'étais un enfant !

MARIE

Mademoiselle de la Motte vous a aimé !

LE ROI

Je ne l'aimais pas !

MARIE

Mais moi, mais moi, sire... Oh ! mon Dieu! mon Dieu!

LE ROI

Vous, Marie! vous, c'est autre chose! (Éclat de tonnerre.) Vous, je vous aime !

(il tombe .à genoux.) MARIE, avec joie, el comme éblouie.

Ah ! (Revenant à elle, et regardant vers le fond.) Sire, au nom

du ciel, relevez-vous ! taisez-vous ! on nous regarde, on nous écoute, on nous entend !

LE ROI

Eh ! qu'importe ! prenez mon bras, Marie, et relevez la tête!

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