ACTE III m
MAZARIN
Sais-tou une çose, Marie? c'est que, de toutes mes nièces, — et, Diou merci ! ze n'en manque pas ! — c'est que, de toutes mes nièces, tou es celle que z'aime le mioux.
MARIE
Vraiment, mon oncle?... Mais pourquoi m'a voir caché ce secret-là pendant dix-sept ans?
MAZARIN
Ze ne voulais pas faire de zalouses.
MARIE
Eh bien, mon oncle, moi, je devinais cette tendresse, si bien cache'e qu'elle fût, et je vous aimais, de mon côté, comme si. vous m'eussiez fait part de la préférence.
MAZARIN
Et pouis ze ne voulais pas te donner trop d'orguoil, en te laissant voir tout le bien que ze pensais de toi. Voistou, petite, l'orgouil il est ouri pécé mortel! aussi ze me disais touzours en regardant tes sours grandir, flourir : «Faites les coquettes; c'est ma petite Marie qui sera l'honnour et la gloire de la maison ! »
MARIE
Et vous croyez que l'heure de la prédiction est arrivée, mon oncle?
lift LA JEUNESSE DE LOUIS XIV
MAZAR1N.
Ze crois qu'elle approce ! Ce matin encore, ze parlais de loi avec Bernouin, et ze loui disais : « Les autres, elles ont épousé des comtes, des douques, des princes dou sang, et ze ne serai content que quand ze L'aurai mariée à oun roi. »
MÀiUE.
A un roi?
MAZARIN
Oui... Ze ne sais pas auquel encore; ma ze ne serai content, ze te le répète, que quand ze t'aurai mariée à oun roi.
MARIE
Savez-vous que votre prévention en ma faveur vous rend bien ambitieux, mon oncle?
MAZAR1N.
Pourquoi? N'es-tou pas belle comme oune princesse royale? et, s'il y avait autour de ce cou-là oun oollier de diamants, à ces oreilles-là des pendeloques de diamants, et sour ce front-là oun diadème de diamants, n'auraistou pas bien autrement l'âir d'oune reine que cette petite perrouce de Savoie que l'on vout faire épouser au roi Louis XIV?
MARIE
Oui, mon oncle, s'il y avait!... Mais à ce cou, à ces