ACTE
oreilles, à ce front, il n'y a que les simples grâces dont la nature les a parés; grâces que mon oncle, dans sa prévention en ma faveur, a toujours trouvées suffisantes.
MAZARIN
Eh bien, mademoiselle de Mancini, ze vais vous prouver, moi, que vous êtes oune ingrate. (Appelant.) Bernouin ! Bernouin !
BERNOUIN, paraissant.
Monseigneur?
MAZARIN
Donne-moi la petite cassette que ze t'ai çarzé d'apporter de Paris, et que ze destinais... A qui la destinais-ze, Bernouin ?
BERNOUIN
A mademoiselle Marie de Mancini.
MAZARIN
Va, Bernouin! va! (Bernouin sort.) Là! tou vois, ze ne le loui fais pas dire. Ce cer Bernouin ! il trahit ma faiblesse, mais c'est à oune bonne intention.
BERNOUIN, entrant avec la cassette.
Voici, monseigneur.
MAZARIN, la tenant dans ses mains.
Tou sais, ma petite Marie, z'ai touzours aimé les pierres préciouses, ma paiticoulièrcment ze préféré le dia-
mant; d'aïllours, le diamant, c'est la pierre la plous cère et la plous rare, la soûle où il y ait véritablement oun rayon de soleil, (n tire les diamants de la cassette.) Ces diamants, c'est mon soleil, à moi, pauvre forçat de la politique qui, depouis seize ans, traîne à ma zambe oun royaume pour boulet ! Ces diamants, souvent, le soir, quand la zournée a été roude, ou, le matin, quand la nouit elle a été mauvaise, eh bien, ze me les fais apporter dans mon lit; zèles éparpille sour la courte-pointe de velours ; ze les regarde, ze les frotte, ze les brosse, et ils me rézouissent la voue et le cour ! Eh bien, ces diamants, çaque fois que ze les vois, ze me dis : « Ces diamants-là ils seront, oun zour, pour ma petite Marie ! »
MARIE
Vraiment, mon oncle, vous vous dites cela?
MAZARIN
Oui, et tou les aurais dézà, si cela ne me taisait pas tant de peine de m'en séparer.
MARIE
Ce qui veut dire que vous aimez encore mieux vos diamants que moi?
MAZARIN
Oh!
MARIE
Voyons, avouez-le.