‹ Le Doctorat en Médecine: De l'emploi du Phosphate de ChauxChapitre 10 sur 13 · OBSERVATION · texte numérisé non relu

OBSERVATION

Il y a deux mois, entrait à l'hôpital Saint-Antoine, un homme arrivé au dernier terme de la phthisie, tant sous le rapport de l’état local que de l’état général.

Le lendemain de son arrivée, ce malade me priait de bien

vouloir lui prescrire un médicament qui arrêtait chez lui

les sueurs très abondantes, et il nous présentait une ordon-

nance de phosphate de chaux et de sucre à parties égales. Il en prenait, disait-il, une pincée plusieurs fois par jour. Ne voyant aucun inconvénient à déférer à la demande de ce malade, je lui prescrivis le phosphate de chaux. L’effet fut tel, que le voisin, en convalescence d’un rhumatisme articulaire aigu, avec complications cardiaques et endo-péricardiques, nous pria de lui donner du phosphate de chaux pour le débarrasser de sueurs qui le fatiguaient beaucoup depuis le début de sa maladie. Chez ce malade, le phosphaie de chaux eut le même succès.

J'avais en ce moment dans mon service une femme qui avait, depuis plusieurs mois, des sueurs très abondantes, contre lesquelles avaient échoué toutes les médications : agaric, plomb, tannin, sulfate de quinine, eau très chaude sur tout le corps, toniques de toutes espèces.

Ces sueurs avaient précédé l’éclosion de tubercules pulmonaires, qui longtemps soupçonnés, se révélaient aujourd’hu avec.des signes non douteux. |

Le phosphate de chaux triompha des sueurs qui reparui= rent bientôt, mais avec une bien moindre abondance.

Je ne saurais vous dire combien de fois j'ai expérimenté le phosphate de chaux; mais je puis vous assurer que je lai donné à tous les phthisiques qui avaient des transpirations. Chez les uns, l’insuccès a été complet, il m’a semblé que s'était le plus petit nombre. Chez les autres, il y a eu disparition ou diminution des sueurs. J’ai pu, dans un nombre de cas à volonté, pour ainsi dire, rendre ou supprimer la transpiration, par la sunpression ou l'administration du phosphate de chaux. Les doses ont varié de deux à six grammes par jour sans que j'aie obtenu le plus léger inconvénient.

Telles sont les conclusions du mémoire de M. le D' Guyot. Ce n’était pas cependant la première men-

y TE

— 30 — + . tion faite des propriétés antisudorales du phosphate de chaux, et en 1852, le professeur Stone (1) publiait un cas de phthisie qu'il avait traitée par le phosphate

de chaux et l’huile de foie de morue, etindiquait tout

le bien qu'il en avait retiré au point de vue de la suppression de la transpiration cutanée. Mais l’association des deux médicaments, phosphate de chaux et huile de foie de morue, laissait évidemment un doute sur l’action isolée de l’un ou l’autre de ces médicaments pris exclusivement l’un sans l’autre. L’on peut dire que la propriété antisudorale du phosphate de chaux était complètement oubliée lorsque M. Guyot la remit en lumière.

Quelque temps après, M. le professeur Potain expérimenta dans son service l’action de ce médicament, et le résultat s’est montré des plus encourageants. C’est ainsi que, dès 1872, Legougeux dans son excellente thèse, rapporta différentes observations prises dans le service de M. le professeur Potain, où sont discutées et analysées les propriétés de cet agent thérapeutique.

Nous ne pouvons, pour ne pas rééditer ce qui à été écrit, que renvoyer à la lecture de cette thèse (2). Cest encore pour défendre les mêmes idées que le D° Dony soutint sa thèse sur ce sujet, et il rapporta sept observations nouvelles.

Les faits que nous avons observés, de notre côté, réunis à ceux de nos confrères, constituent un volu=-

(1) Bull. de Thérapeutique, 1852.

(2) Legougeux. Loc. cit, p. 53, obs. XXIV à XXXII.

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à. Le mineux dossier d'observations, presque toutes prises dans le service de M. le professeur Potain, à l'hôpital Necker. Ce nombre est suffisant, pour que nos étudiions le phosphate de chaux à un autre point de vue que celui auquel se sont placés nos devanciers et que nous puissions, sur des faits, établir exactement quel est le mode d'emploi de cet agent thérapeutique.

Les questions qui se présentent à nous dans cette étude sont multiples.

1° Le phosphate de chaux est-il efffeate ?

2° S'il l’est, l’est-il toujours dans tous les cas ?

Si non, dans quelles conditions son influence estelle réelle ou nulle ?

8° Quelles sont les doses, les manières d’administrer ce médicament ?

4 Quelle est la durée de son action ; et la rapidité de manifestation de son influence ?

5° Comment agit-il ?

Le phosphate de chaux a-t-il une influence sur les sueurs des phthisiques ?

Nous ne nons arrêterons pas longtemps à discuter gi lephosphate de chaux est efficace contre les sueurs des tuberculeux.

Ceüx qui nous ont précédé dans cette étude, les observations que nous pouvons joindre aux leurs, le démontrent surabondammeñt, Que lisons-nous, en effet, dans les observations de M. Guyot, des D Legougeux et Dony? Ne peut-on pas enregistrer fréquemment des phrases comme celle-ci : « une femme avait des sueurs abondantes contre lesquelles avaien

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échoué toutes les médications, agaric, plomb, tannin arsenic, eau chaude sur tout le corps, toniques de toutes espèces. le phosphate de chaux triompha de cette transpiration... » (Mémoire de M. Guyot).

Tantôt on fait suivre les observations des mots : « sueurs diminuées rapidement »... « suppression des sueurs »; enfin, dans le plus grand nombre des cas, l'efficacité du phosphate de chaux est constatée.

Et même, certains faits acquièrent toute la valeur d'une expérience de laboratoire, et comme le disait M. Guyot, dans certains cas, on pouvait à volonté rendre ou supprimer les sueurs suivant que l’on supprimait ou rendait le phosphate de chaux.

Ces cas sont de trop grande importance pour qu’on ne nous permette pas de les relater ici.

OBSERVATION IX (Thèse de Dony).

M°° C..., malade depuis trois ans, époque à laquelle elle eut une bronchite. Depuis, elle n’a pas cessé de tousser. À eu des hémoptysies à cinq ou six reprises différentes. Elle a eu des sueurs plusieurs fois; il y a quelque temps, celles-ci avaient disparu, lorsque, il y a quinze jours, elles se montrèrent de nouveau. Voici dans quel état nous la trouvons :

26 juin. Amaigrissement considérable, ongles hippocratiques, toux intense, vomissements aqueux, abondants, sans

diarrhée; perte de l’appétit, peu de fièvre. (PI, 84, t. 37, 3.)

Submatité dans la fosse sus-épineuse gauche; à droite, matité dans la fosse sous-épineuse. À gauche, expiration prolongée; à droite, craquement sous la clavicule, respiration rude, toux amphorique. (2 gr. phosphate de chaux en poudre.)

ADO Le 27. Sueurs beaucoup diminuées. Pas de fièvre. Même

traitement.

Le 30. Sueurs complètement disparues. L'état général est toujours le même. Vomissements au moment de la toux, pas d’appétlit. Suppression du phosphate de chaux.

2 juillet. Les sueurs se montrent de nouveau, mais moins abondantes (4 gr. phosphate de chaux).

Le‘ 4. Plus de sueurs. Supression du phosphate de chaux.

Le 7. De nouvelies sueurs apparaissent (4 gr. phosphate, de chaux).

Le 9. Plus de sueurs, pas de fièvre, pas de diarrhée.

Le 12. La disparition des sueurs se maintient. Même état général.

Ce qu’il importe de remarquer chez cette malade, ajoute avec raison le D' Dony, c’est, d’une part, la disparition de la sudation sous l'influence du médicament, dans un temps assez court; d’autre part la réapparition de l’accident dès que la médication est suspendue. Il est inutile d’insister plus longuement sur la valeur de ce fait. |

L'observation suivante n’est pas de moindre valear.

OBSERVATION (personnelle).

(Recueillie dans le service de M. le professeur Polain, hôpital Necker, saile Sainte-Adélaïde, n° 10.)

Andry (Apolline), 30 ans, ménagère, entrée à l'hôpital Necker le 20 juillet 1886. Cette femme a toujours eu une Rebory. 3

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santé assez délicate, elle a eu souvent des bronchites pendant l'hiver. Sa mère est morle tuberculeuse, son père est bien portant. Elle fut atteinte, l’année dernière, d’une fièvre typhoïde grave, soignée à l’Hôtel-Dieu par M. le D’ Brocq. Trois enfants. Deux grossesses très rapprochées . La dernière, il y a environ dix-huit mois, à la suite de laquelle les règles ne sont plus revenues. C'est à cette époque que la malade a été prise d’une toux d’abord sèche et rare, mais quiest bientôt devenue très intense et accompagnée d’une expectoration abondante. Cette toux coïncidait avec un amaigrissement rapide et considérable, de l’anorexie, des vomissements alimentaires’ une perte absolue des forces, des sueurs nocturnes profuses. Pas de diarrhée, constipation habituelle; jamais d’hémoptysie.

Dès le mois de mars 1885, la malade n’a pu continuer de vaquer à ses occupations et elle a été obligée de s’aliter. Actuellement, toux intense, expectoration purulente, douleurs musculaires dans tous les membres, œdème des pieds et des jambes, d’origine cachectique. Céphalalgie; dans le jour, somnolence durant laquelle la malade est inondée de sueurs. Pouls fréquent, 90 pulsations, température entre 38 et 390.

Percussion et auscultation. Sous la clavicule droite matilé, craquements humides, respiration soufflante. A gauche, les signes sont plus accentués ; la matité envahit la région sousépineuse; en avant, la matité est absolue. Gargouillement manifeste. Signes de tuberculose dans presque toute l’étendue du poumon. Rien au cœur.

48 août. Sueurs très abondantes. M. Potain prescrit 4 grammes de poudre de phosphate de chaux à prendre le soir au commencement du repas dans la première cuillerée de potage.

La nuit suivante, les sueurs ont notablement diminué, la malade a bien dormi.

Le 19. Pouls 108. T. m. 37,8. T.s. 38. Pr. art. 9. Prescription : phosphale de chaux, 4 grammes.

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Le 20. P. 108. T. 37,4; 37,8. Pas de sueurs, nuit excellente. Même prescription.

Le 21. T. 37,5 ; 88. Pas de sueurs. Suppression du phosphate de chaux. (

Le 22. Retour des sueurs.

Le 23. Phosphate de chaux, 6 grammes.

Le 25. Pouls 123. Pr. art. 13 1/2. T. 37,5; 38.

La malade a bien reposé. Pas de transpiration.

Du 25 au 31. 6 grammes de phosphate de chaux tous les jours. Arrêt complet de la transpiration.

Le 1° septembre, on supprime de nouveau le phosphate de : chaux. Jusqu'au 15 septembre, pas la moindre sueur.

Le 16. Réapparition de sueurs abondantes. Phosphate de chaux, 4 grammes.

Dans la nuit du 16 au 17, transpiration très légère limitée à la tête.

Du 16 au 25, tous les jours phosphate de chaux 4 grammes. Les sueurs ont entièrement disparu.

Le 25. Suppression du phosphate de chaux.

Plus d’un mois après, absence complète des sueurs, pas de diarrhée. La température a oscillé entre 38 et 39. Plus d’une fois cependant, elle a atteint 40. Etat général favorablement modifié pendant un certain temps. à

Le 16 novembre, la malade est dans le marasme et sur le point de succomber.

Fièvre hectique, la transpiration est revenue, mais modérée, OEdème douloureux des membres inférieurs de plus en plus accentué.

En résumé, chez cette malade, le phosphate a fait preuve d’une puissance immédiate et longtemps soutenue.

Ne pouvons-nous pas admettre comme conclusion forcée de ces deux observations que l'efficacité du

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phosphate de chaux est incontestable et démontrée.

Ce premier point établi, il nous reste à nous

demander si le phosphate de chaux est toujours actif.

Comme nous devons nous y attendre, c’est par la négative qu'il faut répondre à cette question.

Malheureusement non, ie phosphate de chaux n’est pas toujours actif, Nous trouvons peu d’insuccès dans les observations publiées, cela se comprend d’ailleurs.

Les auteurs qui nous ont précédé avaient surtout à démontrer l’efficacité du médicament, à la prouver, à l'établir par des faits indiscutables, et leur but était non pas de recueillir les insuccès, mais au contraire de rechercher et d'enregistrer les succès.

Notre but, à nous, dernier venu, est d’aller plus loin. Nous devons avouer que le phosphate de chaux n’est pas toujours actif; mais, comme le disait déjà M. Guyot, c’est dans la minorité des cas.

Voici quelques faits où cette inaction du médicament a été relevée.

OBSERVATION XXXI (empruntée à la thèse de Legougeux).

Paul (Jean-Baptiste), 22 ans, déménageur, entre le 21 décembre 1871, à l'hôpital Necker, au n° 11 de la salle Saint- Louis.

Ce jeune homme dit qu'il y a trois mois, à la suite de fatigues exagérées et d’excès alcooliques, il fut pris de toux et de crachements de sang qui se sont répétés à plusieurs reprises. Depuis cette époque, sa santé ne s’est pas rétablie; la toux a

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persisté et s’est accompagnée d’expectoration abondante ; il a des douleurs dans la poitrine, de la fièvre la nuit, des sveurs le matin pendant le sommeil.

Le malade a beaucoup maigri et a perdu ses forces très rapidement, bien que son appélit ait persisté jusque dans ces derniers temps, qu’il n'ait jamais eu de diarrhée et qu'il n'ait de vomissements que depuis deux ou trois jours.

Matté sous la clavicule droite, dans la fosse sus épineuse

et dans une partie de la fosse sous-épineuse du même côté, Du côté gauche : bruit de pot félé sous la clavicule ; matité en arrière dans une étendue considérable de la région scapulaire. Souffle caverneux aux deux sommets; gargouillement ; soufffe presque amphorique sous la clavicule gauche; craquements humides dans la partie moyenne des deux poumons ; plus bas, râles sous-crépitants.

P. 100; T, 38, 2. (Tisane de gomme ; julep avec sirop de Tolu et sirop diacode 8â 29 grammes ; teinture de noix vomique, X gouttes ; vin de quinquina.)

24 décembre. Même état, beaucoup de toux ; crachats purulents très abondants, quelques-uns striés de sang. Tranpiration excessive le matin, au moment où le malade s'endort. Il n’y a plus de vomissements.

Le 25. Pas de changement notable, Même transpiration. (Phosphate de chaux, 4 grammes.)

Le 27. Persistance de la transpiration. P. 96. T. 38, 6. (Julep avec teinture de digitale, 2 grammes; sirop diacode, de Tolu ââ 20 grammes. On continue le phosphate de chaux).

Le 29. Les sueurs n’ont pas diminué. P. 84, T. 38. (Ph. chaux 8 gr.)

Le 30, Un peu moins de transpiration. Toujours de la fièvre. Même prescription.

Le 31. Depuis hier soir, point de côté très douloureux à gauche. Fièvre (40° hier soir. 37, 8 ce matin). Sueurs très abondantes.

DE

Pas de signes stéthoscopiques nouveaux. (Sinapismes, onctions avec le baume tranquille Zoco dolenti.)

1e janvier 1872. Le malade souffre toujours du côté gauche,

Transpiration très abondante pendant le sommeil, moins abondante pourtant, au dire du malade, qu'elle ne l'était huit jours auparavant. |

Le 3. Pas de changement ; sueurs toujours aussi abondantes. Phosphate de chaux, 12 grammes.

Le 4. Pas de transpiration, bien que le malade ait un peu dormi.

Le 5. Transpiration plus abondante.

Le 6. Transpiration très peu abondante ; le maladen’a pas dormi à cause de sa toux.

Le 7. Peu de sommeil et beaucoup de sueurs.

Le 8. Le malade n'a presque pas dormi et le peu de sommeil a été accompagné de sueur.

Le 9, Transpiration abondante ; le malade a dormi davantage,

Le 10. Transpiration moins abondante, bien que le sommeil ait été aussi long que la nuit précédente, Le muiade se trouve mieux ce matin,

Le 12. La transpiration a augmenté ces deux dernières nuits, bien que modérée encore,

Le 15, Transpiration abondante, Phosphate de chaux 12 grammes.

Le 16. Beaucoup de toux celle nuit ; peu de sommeil ac compagné de transpiralion abondante,

Le 18. Transpiration toujours abondante.

Le 19. Transpiration moindre, bien que le malade ait dormi.

Le 20. Transpiration plus abondant:, mais peu de sommeil. Le malade n’a pas pris de phosphale de chaux.

Le 21, Transpiration peu abondante, mais le malade a dormi davantage.

Le 22. Mêmes sueurs, Le malade prend maintenant le phosphate de chaux assez irrégulièrement. Il ne remarque pas de changement appréciable dans la transpiration qui, ditil, accompagne toujours le sommeil et se montre plus ou moins abordante suivant qu’il dort plus où moins.

Le 23. Le malade a été pris subitement hier soir d’une violente douleur de côté avec accès de suffocation, et on constate chez lui l'existence d’une pneumothorax à gauche.

Pas de sommeil, transpiration à peu près nulle.

Le 24. Le malade est moins opressé. Nuit sans sommeil; pas de transpiration notable,

Le 26. Le sommeil est revenu, et avec lui la transpiration telle qu’elle était il y a quelques jours.

Du ?7 au 31, pas de changement.

À côté de ce fait, nous publions le suivant que nous avons observé dans le service de M. le professeur Potain.

OBSERVATION (personnelle),

(Recueillie dans le service de M. le professeur Potain, salla Saint-Luc, n° 29),

Donzel (Joseph), 82 ans, teinturier, entré à Necker le 7 o0tobre,

Père mort luberculeux, mère morte d'un cancer au sein,

Sa femme et ses deux enfants sont bien portants. Il a eu la rougeole dans son enfance.

Aucune autre maladie antérieure.

Santé habituelle excellente.

Au mois de juin dernier, diminution soudaine des forces, qui s’est accentuée de plus en plus.

En même temps, se sont déclarées des sueurs nocturnes d’une abondance excessive, traversant jusqu'au matelas et

Po Pi:

rendant le sommeil presque impossible. Le 15 septembre dernier, le malade était tellement débilité qu’il a dû abandonner son travail. Il vient uniquement à l'hôpital pour qu’on le débarrasse de ses sueurs.

Presque pas de toux, expectoration insignifiante et sans caractères, jamais d'hémoptysie, pas de diarrhée, pas de vomissements, conservation de l’appétit, amaigrissemient peu prononcé. Température normale 37, pouls peu fréquent, 70 pulsations.

Percussion. — Diminution de la sonorité aux sommets, en avant et en arrière.

Auscultation. — Faiblesse très grande du murmure vésicujaire dans la partie supérieure dela poitrine; expiration prolongée dans la fosse sus-épineuse droite. Pas de craquements. Rien au cœur.

9 novembre. Sueurs extrêmement abondantes. M. Potain ordonne 4 grammes de poudre de phosphate de chaux.

Le 10. Les sueurs n'ont pas diminué. Phosphate de chaux, 4 grammes.

Le 11. Même état. Phosphate de chaux, 6 grammes.

Le 12. Sueurs légérement diminuées. Phosphate de chaux, 8 grammes.

+ Les 13, 14, 15. Phosphate de chaux, 8 grammes, sueurs atténuées mais toujours abondantes.

Le 16. Suppression du phosphate de chaux qu’on remplace par la poudre d’agaric blanc, à la dose de O0 gr. 50.

Le 17. Les sueurs ont augmenté.

Les 18 et 19. Poudre d’agaric 0,50. Les sueurs sont plus fortes que jamais.

Le 20. Suppression de l'agaric. On donne de nouveau : phosphate de chaux, 8 grammes.

Le 21. Même élat. Pnosphate de chaux, 18 grammes, plus acide chlorhydrique 4 gouttes par jour.

Le 22. Les sueurs ont sensiblement diminué, mais sont encore intenses.

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Les 23, 24, 25. Sueurs moins fortes, mais persistantes.

Le 26. Pas de phosphate de chaux. Tannin, 1gr.

Le 27. Les sueurs ont augmenté.

Le 28. Tannin, 1 gr. 50.

Les 29, 30. Même état. Tannin 1 gr. 50.

Les jours suivants jusqu’au 14 novembre on a donné le sulfate d’atropine, 1/2 milligr. matin et soir, qui a légèrement diminué, mais non aboli la transpiration. Le malade sort de l'hôpital le 15 novembre.

Son état général est bon. Sa transpiration est un peu moins abondante.

Chez ce malade les sueurs ont résisté au phosphate de chaux qui a été donné jusqu’à la dose de 12 grammes par jour; à l’agaric donné à la dose de 0,50, au tannin donné aux doses de 1 gr. et 1 gr. 50; au sulfate d’atropine, 1/2 milligramme matin et soir. Le phosphate de chaux et le sulfate d'atropine ont seuls atténué sensiblement les sueurs sans les supprimer.

OBSERVATION (personnelle)

Recueillie à l’hôpital Necker, salle Sainte-Adélaïde n° 22 dans le service de M. le professeur Potain,.

Breton, Marguerite, 21 ans, domestique, entrée le 4 septembre à l’hôpital Necker.

Aucun antécédent héréditaire.

Pas de maladie antérieure; sujette seulement à s’enrhumer pendant l'hiver. Menstruation habituellement régulière. A accouché, il y a neuf mois, et a nourri son enfant jusqu’à présent.

Depuis le mois d'avril 1886, toux de plus en plus fréquente et pénible, expectoration assez abondante et maintenant puri-

—— forme, amaigrissement considérable, perte de l'appétit et des forces, anhélation au moindre mouvement, sueurs nocturnes abondautes {obligée de changer de linge chaque nuit).

Pas de diarrhée, jamais d'hémoptysie, seulement quelques rares crachats striés de sang ; de Lemps en temps des vomissemenis à la suite des quintes de toux.

OEdème des membres inférieurs, le jour de l’entrée à l’hôpital. Cet œdème s’est bientôt dissipé sous l'influence du repos. État cachectique. Température entre 38, 39 et 40. Pouls, 96 pulsations.

Matité sous les deux clavicules ainsi que dans les fosses sus et sous-épineuses. Respiration amphorique aux deux sommets enavant et en arrière. Craquements humides en arrière dans les 2/3 inférieurs de chaque côté.

Le 5 septembre. Sueurs abondantes.

Prescription : Phosphate de chaux 4 grammes, T, 38,5, 39.

La nuit suivante, les sueurs ont diminué, bien qu'elles soient encore abondantes.

Jusqu'au 10. Phosphate de chaux, 4 gr. par jour.

Les sueurs sont mains fortes, mais elles persistent.

Du 10 au 15. Phosphate de chaux, 6 grammes. Même état ; sueur notablement alténuée,

Le 15, Phosphate de chaux, 10 grammes par jour jusqu'au 24,

Les sueurs on! disparu complètement.

Le 24, Phosphate de chaux, 4 gr. au lieu de 10, Même prescription jusqu'au 80, La transpiralion n'élant pas revenue, on supprime le phosphate de chaux.

Le 2 octobre. Retour des sueurs. Température oscillant, depuis plusieurs jours, entre 39,5 et 40°. Pouls, 120.

Le phosphate de chaux administré de nouveau reste sans résultat. M. Potain ordonne la poudre d’agarie blanc à la dose de 0 gr.20.

Les sueurs diminuent aussitôt, puis disparaissent au bout de deux ou trois jours, avec li poudre d’agaric. Plus tard, la

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malade transpire ou ne transpire pas suivant qu’elle ne prend pas ou qu’elle prend l’agaric.

Cette observation est intéressante à plus d’un titre. Après nous avoir montré le phosphate de chaux efficace pendant une période et supprimant complètement les sueurs, l'observation nous fait voir que, tout à coup, ce médicament devient inutile, qu’il n’agit plus sur les sueurs et que c’est à l’agaric qu'on doit s'adresser pour obtenir un bon résultat. Comment se fait-il que le médicament actif à un certain moment, devient chez le même malade inactif à un autre moment ? En un mot, quelles peuvent être les causes de cette inactivité du phosphate de chaux?

Ces causes sont multiples. Dans certains cas, la sueur est une sueur fébrile, comme l'appelle M. le professeur Peter, et alors le phosphate de chaux est avantageusement remplacé par le sulfate de quinine. Voiei un fait que nous empruntons au D' Legougeux et que nous reproduisons dans son entier, à cause de son importance.

Opservarion XVIII (Empruntée à la thèse de Legougeux).

B..., Catherine, 57 ans, couturière, entre, le 15 décembre 1871, à l'hôpital Necker, au n° 12 de la salle Saint-Anne.

Cette temme est malade depuis trois mois.

À cette époque, elle a été prise d’hémoptysies assez abondantes,et depuis, elle n’a pas cessé de tousser ; elle éprouve en même temps de la douleur dans le côté droit.

Depuis quelque temps, elle a de la fièvre toutes.les nuits

et des sueurs assez abondantes. Elle a beaucoup maigri, et les forces ont considérablement décliné.

Sous la clavicule droite et dans la partie supérieure de la région scapulaire du même côté, on trouve de la matité, des souffles, des craquements humides, des râles sous-crépitants dans une grande étendue. Au sommet gauche, on constate également de la matité dans la fosse sus-épineuse, de la respiration soufflante, des râles sous-crépitants. La peau est un peu chaude, le pouls est fréquent.

Lichen, julep avec sirop de Tolu, 20 grammes; Kermès, 15 centigrammes, vin de Bordeaux, badigeonnage avec la teinture d’iode.

Au bout de quelques jours, la toux s’est amendée et l’expectoration a diminué, mais il reste toujours un peu de fièvre et des sueurs très abondantes,

Le 27 décembre. On prescrit 4 grammes de phosphate de chaux.

Le 29. La transpiration n’a pas diminué, c’est le symptôme qui incommode le plus la malade,

Le 30. Transpiration aussi abondante. (Phosphate de chaux, 6 grammes).

Le 31. Transpiration un peu moindre.

Le 2 janvier. Transpiration plus abondante.

Le 3. Transpiration de nouveau diminuée.

Le 4. Transpiration modérément abondante.

Le 5. Transpiration très abondante. Chez cette malade le mouvement fébrile éprouve, tous les soirs, une exacerbation très marquée. (On lui prescrit, en place du phosphatede chaux, 30 centigrammes de sulfate de quinine.

Le 7. La fièvre est moindre, et les sueurs considérablement diminuées.

Le 8. Il y a toujours un peu de Gèvre ; la transpiration est tout à fait abondante,

Le 10. Même situation.

Le 12. La transpiration continue d’être modérée ; il existe

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toujours un peu de fièvre. On cesse l’usage du sulfate de quinine.

Le 14. Pas de changement.

Le 15 et le 16. La fièvre a été plus forte et la transpiration plus abondante.

Le 17. Mème fièvre, transpiration modérée.

Le 18. Transpiration plus abondante; toujours la fièvre. On reprend le sulfate de quinine.

Le 20. La fièvre a été de nouveau modérée ainsi que Ja transpiralion.

Le 21 et le 22. Très peu de transpiration.

Le 24. Un peu plus de transpiration la dernière nuit.

Le 26. Transpiration modérée : la fièvre est un peu plus forte.

Le 28. La fièvre et la transpiration ont été plus intenses ces deux nuits, malgré la continuation du sulfate de quinine.

Le 30. Toujours de la fièvre ; un peu moins de transpiration.

Le 31. Transpiration modérée.

Dans d’autres cas, l’inactivité du médicament tient à ce que les doses ont été trop faibles.

11 est, en effet, souvent nécessaire d'augmenter progressivement les doses du phosphate de chaux.

Voici des faits où cette cause est nettement constatée :

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