‹ Le Doctorat en Médecine: De l'emploi du Phosphate de ChauxChapitre 3 sur 13 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Nous ne sommes plus au temps où l’on considérait les sueurs des phthisiques comme un mal salutaire, nécessaire à l’évolution de la maladie, et constituant pour l'organisme malade une des voies d'élimination destinées à le débarrasser des produits morbides plus ou moins dangereux qui le minent et le détériorent.

Loin de constituer un accident utile, favorable au malade, les sueurs sont pour le tuberculeux une cause nouvelle d’affaiblissement, d’insomnie, cause qui, jointe à tant d’autres, contribue à précipiter le fatal dénouement. Il faut donc traiter les sueurs des phthisiques comme on traile leur diarrhée, comme on traite leurs hémoptysies ; en un mot il faut traiter les sueurs comme tous les symptômes de la tuber-

Dre Le culose pulmonaire, de quelque ordre et de quelque nature qu’ils puissent être.

Et d'abord, l'infection tuberculeuse étant {a cause première des sueurs, il est certain que toute médication dirigée contre la tuberculose elle-même est, par cela même, un des meilleurs traitements à préconiser contre les différents symptômes de cette redoutable affection. Par cela même qu'ils s'adressent à la cause, ils doivent être, par-dessus tout, recommandés et utilisés.

Mais, malheureusement, le traitementde l'infection tuberculeuse elle-même n’est encore qu’à ses premiers essais, et, si l’on doit espérer que l'avenir trouvera pour la tuberculose un spécifique efficace, il n’en est pas moins vrai, qu'à l’heure actuelle le traitement de la tuberculose pulmonaire n’est encore qu’un traitement des différents symptômes présentés par la maladie. Les toniques luttent contre l’anémie, l’inanition, la faiblesse générale du tuberculeux ; la créosote (1) quoique pouvant peut-être agir sur le bacille lui-même n’est surtout, et le plus souvent, qu'un modificateur de la sécrétion bronchique. L'opium lutte contre l'insomnie, la diarrhée, les quintes de toux, etc.

Nous n’en finirions pas si nous voulions énumérer tous les agents thérapeutiques mis en œuvre contre la tuberculose pulmonaire. Si nous nous sommes un instant arrêtés à cette énumération, c'est pour mieux

(1) Bouchard et Gimbert. Emploi de la créosote vraie, dans la guberculose pulmonaire. (Archives de physiologie, 1875).

ne. |.

ne en

prouver que, actuellement, la thérapeutique de la phthisie pulmonaire n’est encore qu’une thérapeutique de symptômes,

Lorsqu'un malade est atteint de tuberculose pulmonaire il se passe les phénomènes que voici : d’une part, envahissement plus ou moins rapide de l’infection bacillaire qui progresse soit sur place par extension, soit en se diffusant dans les différents systèmes ; d'autre part résistance de l'organisme qui lutte contre l’envahissement et qui oppose toutes ses forces vives à la progression du mal,

C'est du résultat de cette lutte entre ces deux facteurs que dépendra la guérison ou la mort du malade. Si l’organisme est débilité, affaibli, incapable de résister, ou bien si l’envahissement bacillaire est soudain, diffus, généralisé, l'organisme est rapidement vaincu et le malade est voué à une mort plus ou moins prompte; mais si, au contraire, l'intoxication est partielle, locale, peu intense, si l’organisme est vaillant, robuste et vigoureux, le malade, atteint accidentellement de cette intoxication, peut lutter et vaincre et la guérison est possible.

A défaut d’un agent tuant sûrement le parasite de la tuberculose, le but du médecin est donc de donner à l’organisme atteint les armes nécessaires à la lutte pour qu'il puisse efficacement combattre l'extension du mal et en triompher d’une façon définitive.

Or, si tel est le but actuel de la thérapeutique dirigée contre la phthisie, tous les agents qui diminuent ou réduisent à néant les différents symptômes

AY

de l'affection, apporteront une œuvre utile au traitement généra! de la tuberculose. Ce n’est certainement qu’un pis-aller; mais c'est ce que nous possédons de mieux et c’est à ce titre que nous venons soutenir l'urgence de combattre les sueurs chez les tuberculeux.

Pour remplir ce programme, nous diviserons notre travail de la façon suivante :

Dans un premier paragraphe nous étudierons non pas les sueurs des phthisiques, mais seulement ce que ces sueurs présentent de particulier au point de vue du traitement qu'elles réclament.

Ces indications posées, dans un deuxième chapitre, nous passerons rapidement en revue les différents agents utilisés pour combattre les sueurs et nous verrons si tous répondent au but qu’on leur demande, s'ils sont toujours recommandables, et dans quel cas ils le sont plus particulièrement.

Enfin, nous terminerons en démontrant que le traitement par le phosphate de chaux est, en général, celui qui remplit le mieux les indications, qui peut se continuer le plus longtemps et le plus facilement et que, dans le plus grand nombre des cas, il donne les plus favorables résultats.

Un court résumé nous servira de conclusions.

C'est avec reconnaissance que nous inscrivons ici le nom de M. le professeur Potain. Qu'il nous soit permis de le remercier publiquement des conseils qu'il a bien voulu nous donner pour l'édification de

cette thèse dont l'idée est entièrement sienne, et pour avoir daigné en accepter la présidence.

Page 1