‹ Le Doctorat en Médecine: De l'emploi du Phosphate de ChauxChapitre 4 sur 13 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Comme nous l'avons établi dans notre avant-propos, les sueurs constituent, chez les phthisiques, un accident pénible, qu’il est indispensable de combattre par une médication active et raisonnée.

Mais, pour pouvoir combattre efficacement ce symptôme, il est logique d'étudier ce qu’il peut présenter de spécial dans sa marche, dans son évolution, dans sa manière d’être. Ce préambule est indispensable pour pouvoir diriger à coup sûr l’action des agents thérapeutiques.

Notre but n’est donc pas d'étudier ici en détail « Les sueurs des phthisiques »; cette étude a maintes fois été faite et nous ne saurions ajouter rien de nouveau à ce qui a été écrit à ce sujet (1). Notre inten-

(4) Laennec. Traité de l’auscultation, t. II.

Andral. Clinique médicale, 3° édit., t. IV.

Louis. Recherches sur la phthisie.

Hérard et Cornil. De la phthisie pulmonaire, Paris 1868.

Pidoux. Etudes générales et pratiques sur la phthisie, 1874.

Peter. Leçons de clinique médicale, t. II, 1879.

Fonssagrives. Thérapeutique de la phthisie pulmonaire, Paris,

Hanot. Art, phthisie. Dict. de méd. et de chir. pratiques, t. XXVIIT.

Bouveret, Des sueurs morbides. Thèse d’agrég. 1881.

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tion est seulement de voir ce que présentent de particulier ces sueurs au point de vue des indications . thérapeutiques qu’elles réclament. C'est, en effet, là le meilleur guide pour diriger le médecin qui entreprend la cure d’une affection. sb

Peu de chose, malheureusement, se dégage de l'étude clinique des sueurs chez les phtisiques. Ce n’est point, en effet, dans leur mode d'apparition qu'on trouvera leur psthogénie, qui serait cependant . si utile à connaître pour le thérapeute. Tantôt, en effet; elles sontun symptôme de début de la maladie et souvent alors qu’il n’existe pas de toux, pas d’expectoration, pas de signes physiques de tuberculose, le médecin devra redouter cette affection, si le malade qu'il examine présente comme symplôme, des sueurs persistantes accompagnées d’affaiblissement général, de malaise et d'amaigrissement. Dans d’autres cas, les sueurs surviennent avec les phénomènes de début, elles constituent l’uri des symptômes ajoutés à beaucoup d’autres ; elles évoluent sans cesser de tourmenter le malheureux phthisique, du commencemen! à la fin de sa maladie,

Quelquefois enfin, on ne les voit survenir qu'à la fin, à la période des cavernes, alors que cachectiques, ayant les poumons creusés de vastes cavités suppurantes, les malades arrivent au terme ultime de leur affection. Dans ces cas, peut-être, pourrait on dire que ce sont des sueurs dues à la cachexie, mais cette hypothèse ne saurait nous arrêter longtemps. Le cancéreux, avec sa cachexie profonde, a la peau

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en général sèche et rugueuse ; rarement il est troublé par des sueurs et, d’ailleurs, combien de tuberculeux n’ont plus de sueurs à leur dernière période, alors qu’ils en ont présenté au début de leur intoxicaton. Nous ne saurions d’ailleurs mieux faire que de répéter ici les paroles d'Andral (1).

« J’ai rencontré plus d’un malade dont le poumon était creusé de cavernes, et qui, jusqu’à sa mort, n'avait présenté aueune augmentation de l’exhalation cutanée, » — Mais quelle est donc la cause de cette transpiration? — Nous empruntons à l’excellente thèse du D' Legougeux la réponse que comporte cette question (2).

On a dit : « Lorsque le poumon désorganisé ne suffit plus à l’hématose, il est indispensable que le sang subisse des pertes considérables par la perspiration cutanée et que celle-ci supplée à la diminution de la perspiration pulmonaire, d’où l’augmentation de la sueur (3). »

« Cette explication, qui rendrait la transpiration

des phthisiques tout à fait respectable, peut séduire au premier abord, mais pour peu qu'on y réfléchisse, on arrive bien vile à reconnaître qu'elle ne saurait être vraie.

(1) Laennec. ‘Traité de l’auscultation, t, IT, p. 230, Note d'Andral.

(2) Legougeux, Des sueurs profuses, chez les phthisiques. Th Paris, 187240. 141:

(3) Journal général de Médecine française el étrangère, 1823, t, LXXXII.

2e Série, XV, p. 382, art. de M. Boisséau.

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« Les sueurs, avons-nous dit, apparaissent souvent dès le début de la tuberculisation. Croit-on qu'alors les fonctions du poumori soient gravement compromises par la présence de quelques granulations à l’un des sommets ?

«D'autre part, on rencontre des individus indemnes de ce symptôme, alors qu'ils ‘portent de larges cavernes et que leur tissu pulmonaire est induré dans une vaste étendue. »

Dans deux cas que rapporte le D' Legougeux, l’un de tuberculose généralisée aux deux poumons, l’autre de pyopneumothorax d’un côté avec tuberculisation du second, il n'existait pas de sueur, « c'était pourtant là, dit-il, des cas où il doit y avoir gêne de la respiration et diminution de la perspiration pulmonaire et où la fonction cutanée supplémentaire trouverait une belle occasion d’entrer en activité. »

M. Fonssagrives fait remarquer que les sueurs se montrent aussi sous l'influence de la génération des tubercules, soit dans le mésentère, soit dans les méninges, alors que les poumons étaient peu ou point intéressés.

De sorte que si l’on veut rechercher la pathogénie de ces sueurs morbides, il faut y renoncer et revenir à cette vieille opinion de Louis, qui accusait « le génie de la maladie. » C'est ce que pense dans sa thèse le D° Mignot (1) quand il traduit dans un langage plus moderne la parole imagée de Louis. « La

(1) Mignot. Des sueurs des phthisiques. Leur traitement par ’ergot de seigle, Paris, 1886, p. 10.

RÉ sueur dés phthisiques est due à une action cachée, mais certaine des germes tuberculeux eux-mêmes. »

Cependant, en poussant l'étude un peu plus loin, il est possible de recueillir certains renseignements utiles. En effet, ftousles tuberculeux ne suent pas, et ceux qui suent n'ont pas toujours leurs sueurs de la même facon. Voyons si dans cette diversité clinique, ne surgira pas quelque chose dont la thérapeutique puisse tirer parti.

Tout d’aborû, il est un fait facile à constater que les tuberculeux qui suent et surtout ceux qui suent de bonne heure sont des tuberculeux plus affaiblis, plus abatlus que les autres.

Leur système nerveux est plus impressionnable, plus irritable, et malgré le peu de lésions que l’auscultation permet de constater, il y a en général une perte des forces complète absolue, une incapacité totale de travail. Le malade a un sentiment d’anéantissement profond.

Bien que cette règle soit sujette à de nombreuses exceptions et que bien des tuberculeux cachectiques et épuisés ne soient pas tourmentés par des sueurs, elle est l'expression générale de la vérité. Des sueurs profuses indiquent, en général, une marche envahissante de la tuberculose, un état actif de la maladie et non pas une lésion éteinte, sans progression, sans tendance envahissante.

D'autre part, bien qu’il soit hors de doute que c'est à la lésion tuberculeuse elle-même qu’il faille attribuer l’origine même des sueurs, il n’en est pas

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7 re moins vrai qu’il faut que cette lésion évolue dans certaines conditions déterminées, parce que tous les tuberculeux n'ont pas de sueurs.

N'est-il pas vrai que les tuberculoses locales, nôn viscérales si étendues qu’elles puissent être, sont le plus souvent exemptes de sueurs ? Or, justement, ces tuberculoses locales ne déterminent pas autant de débilité, attaquent peu l'organisme, sont généralement curables et compatibles avec le bon fonctionnement des autres organes restés sains.

Dans ces conditions, il nous semblerait assez logique d'admettre que la sueur chez un tuberculeux serait d’un pronostic mauvais, qu’elle annoncerait une évolution active de la maladie, en d’autres termes, la présence des sueurs chez un phthisique indiquerait que, dans la lutte de l’organisation contre la tuberculose, c’est cette dernière qui l'emporte.

Cependant, ces sueurs chez lestuberculeux, avonsnous dit, ne procèdent pas toutes de la même manière. Leur apparition, leur durée, leur abondance sont variables, et en cela nous trouverons quelques utiles indications.

On sait que les sueurs des phthisiques apparaissent généralement la nuit, et dans la description qu’Arétée faisait des symptômes de la phthisie, on lit cette phrase restée vraie (1) : « Le soir, quelques frissons suivis d’une, fièvre qui dure jusqu'au matin. Il

(1) Arétée, Des signes et des causes des maladies chroniques. Liv, 1. Ch. VIII. Traduct. Renaud, p. 104.

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