IV. LES LETTRES DE SAINT IGNACE D'ANTIOCHE
L'évêque d'Antioche, saint Ignace, a été arrêté dans sa ville épiscopale, pour être conduit à Rome et livré aux bêtes
1. Zacharie, xni, 7 ; cf. Matth., xxvi, 31. — 2. Psaume xxi, 21, 17. — 3. Isaïfe, L, 6.
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dans le cirque. Il reçoit des diverses communautés ehré^ tiennes, dans les différentes villes qu'il traverse, l'accueil le plus charitable. Aussi profite-t-il de quelques escales pour adresser à ces Églises des lettres de remerciement et d'exhorr tation. Sept lettres nous ont été conservées, adressées aux chrétiens d*Êphèse, de Magnésie, de Tralles, de Rome, de Philadelphie, de Smyrne. Elles insistent principalement sur les erreurs doctrinales, qui menaçaient en diverses communautés la pureté de la foi et le respect dû à l'autorité légitime. Contre ces erreurs l'évêque martyr proteste avec une grande énergie dont on jugera par les passages suivants ; saint Ignace a dû mourir en 107, les lettres sont donc des toutes premières années du ii« siècle, ^
Réalité de la nature humaine en Jésus.
(Smyrn., i-iv.)
Je rends gloire à Jésus-Christ notre Dieu, qui vous a inspiré une telle sagesse : j'ai pu constater en effet que vous êtes unis dans une foi inébranlable, cloués, pour ainsi dire, corps et âmes, à la croix du Seigneur Jésus- Christ, et affermis dans la charité par le sang du Christ. Vous avez la ferme conviction que notre Seigneur est bien réellement descendant de David selon la chair, fils de Dieu par la volonté et la puissance divines^ qu'il est véritablement né d'une vierge, qu'il a reçu le baptême des mains de Jean pour accomplir toute justice, qu'il a été réellement percé de clous pour nous en sa chair, sous Ponce-Pilate et Hérode le tétrarque : c'est au fruit de sa croix, à sa sainte et divine passion, que nous devons la vie... C'est pour nous, en effet, c'est pour notre salut qu'il a enduré toutes ces souffrances; et c'est réellement qu'il a souffert, comme c'est réellement qu'il s'est ressuscité lui-même ; sa passion n'a pas été une simpla apparence, comme le prétendent certains incrédules, qui ne sont eux-mêmes qu'une apparence» et éônt la des-
tinée sera d'être, conformément à leurs opinions, sans corps et semblables aux démons.
Pour moi, je sais et je crois que, même après sa résurrection, Jésus-Christ avait un corps. Quand il s'approcha de Pierre et de ses compagnons, il lenr dit ; « Touchezmoi^ palpez-moi, et voyez que je ne suis pas un esprit sans corps. » ^ Aussitôt ils le touchèrent, et au contact intime de sa chair et de son esprit, ils crurent. Et c'est pourquoi ils méprisèrent la mort, et se trouvèrent supérieurs à la mort. Après sa résurrection, Jésus mangea et but avec ses disciples comme un être corporel, bien que spirituellement uni au Père.
Je vous adresse ces conseils, mes bien-aimés, tout en sachant que ce sont là aussi vos sentiments. Mais je veux vous prémunir contre les bêtes féroces à face humaine, que non seulement vous ne devez pas accueillir, mais dont vous devez même, si c'est possible, éviter la rencontre, vous contentant de prier pour leur conversion, chose d'ailleurs bien difficile, mais possible pourtant à Jésus-Christ, notre véritable vie. En effet, si c'est seulement en apparence que Notre-Seigneur a fait ces (différentes actions), ce n'est aussi qu'en apparence que je suis chargé de fers. Alors pourquoi me suis-je voué à la mort, par le feu, le glaive, les bêtes ? Mais être près du glaive, c'est être près de Dieu ; être au miheu des bêtes, c'est être avec Dieu, pourvu qu'on souffre tout cela pour lo nom de Jésus-Christ. C'est pour m'associer à sa passion que j'endure tout, et c'est lui qui m'en donne la force, lui qui s'est fait complètement homme.
L'Eucharistie. (Smyrn., vu.)
Les docètes s'abstiennent de l'Eucharistie, et de la prière, parce qu'ils ne veulent pas reconnaître, dans
ï. Luii, XXtV, 89.