Luc, XXIV
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sacré l'ouvrage capital de Clément. Il se divise en trois parties : la première, V Exhortation aux Grecs doit mener du paganisme à la foi chrétienne ; le Pédagogue conduit le converti de la croyance à la règle de vie ; les Stromates enfin (un mot grec qui signifie mélanges) amènent le disciple à la connaissance véritable : seul l'Évangile satisfait tous les désirs de l'homme et fait l'unité de son savoir. Un autre ouvrage, où Clément exposait ses explications sur l'Ancien et le Nouveau Testament, a presque entièrement disparu.
Le passage qui suit est em.prunté à un charmant opuscule de Clément, intitulé : Quel riche peut être sauvé ?
La vertu du repentir. [Quis dives sahetur^ 42.)
Afin d'accroître encore la confiance que je vous engage à mettre dans le repentir, afin de vous assurer que, si vous vous repentez sincèrement, vos espérances de salut ne seront point vaines, écoutez un récit sur l'apôtre saint Jean ; ce n'est point une fable, mais une histoire véritable, religieusement transmise et confiée à la mémoire des fidèles.
Cet apôtre, après la mort du tyran (Domitien), revenu de l'Ile de Patmos à Éphèse, fut prié de visiter les églises voisines pour y établir des évoques, pour en régler et réformer la discipline, pour choisir et ordonner prêtres ceux que l'Esprit Saint lui désignerait. Parmi les églises qu'il visita, il s'en trouvait une voisine d'Éphèse, dont plusieurs rapportent le nom. Tandis qu'il consolait les frères par sa présence et ses discours, Jean y distingua un jeune homme, aussi remarquable par l'élégance de son corps, et la beauté de son visage que par la force de son caractère et la vivacité de son esprit. Se tournant aussitôt vers l'évêque du lieu : « Je prends, lui dit-il, cette Église et le Christ à témoins, que je vous recommande ce jeune homme de tout mon pouvoir. » L'évêque le reçut de ses mains ; et tandis que Jean redoublait ses
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recommandations et ses instances, il promit de veiller fidèlement à l'instruction et à la conduite du jeune homme. L'apôtre cependant revint à Éphèse, et l'évêque ouvrit sa maison au jeune homme qui lui avait été confié ; il l'éleva, l'instruisit, l'éclaira, lui administra finalement le baptême. Mais alors s'imaginant sans doute que ces eaux saintes qui l'avaient marqué du sceau de Dieu, lui étaient une sauvegarde assurée, et éloignaient de lui tout danger, il se relâcha de ses soins, et son attention sur la conduite de son élève devint moins vive et moins sévère.
Cette liberté prématurée fut fatale à ce jeune homme, qui se mêla à des jeunes gens de son âge, oisifs, dissolus, vicieux. Les joies de la table, des festins somptueux l'entraînèrent d'abord ; bientôt avec ses compagnons il descendit dans la rue pour y dépouiller le? passants. De là il s'abandonna à des projets encore plus affreux. Semblable à un cheval jeune et \4goureux, qui n'a point de bouche et que le mors ne peut retenir., plus ce jeune homme avait de force et de grandeur dans le caractère, plus il se lançait avec emportement dans la carrière qu'il s'était ouverte. Désespérant de son salut, et ne pouvant plus aller à la grandeur par la vertu, il y voulut aller par le crime, content, puisqu'il était perdu, de périr avec les autres. Il réunit donc les compagnons de ses débauches, en forma une bande de voleurs, et, s'en faisant déclarer le chef, il se distingua entre tous par la violence de sa conduite et l'atrocité de ses crimes.
Cependant de nouveaux soins rappellent saint Jean dans cette ville. Il y vint donc, et après avoir réglé les affaires que l'y avaient amené, il dit à l'évêque : « Rendez-nous maintenant le dépôt que Jésus-Christ et moi, nous vous avons confié en présence de cette église dont vous êtes le chef, et que nous avons appelée en témoignage. » L'évêque, pensant d'abord qu'on lui redeman-
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dait à tort un argent qu'il n'avait point reçu, demeurait surpris et interdit, ne pouvant croire qu'il eût en sa possession ce qu'il savait bien ne pas avoir, et n'osant pas non plus contredire saint Jean. Mais lui : « Je vous redemande, dit-il, le jeune homme que je vous ai confié ; je vous redemande l'âme de mon frère. » Alors le visage du vieillard se couvrit de larmes, et, poussant un profond soupir, il s'écria : « Il est mort. » — « Comment ? reprit saint Jean, et de quel genre de mort ?» — « Il est mort à Dieu, repartit l'évêque ; il s'est corrompu et perverti, et, ce qui est le comble du crime, il s'est fait voleur, et de l'église qu'il habitait, il est passé dans la montagne voisine, où il commande une troupe d'assassins et de brigands, comme lui. » L'apôtre, à ce discours, déchira ses vêtements, et, se frappant la tête avec de grands cris : « Ah ! certes, dit-il, en vous choisissant, j'avais choisi un bon gardien pour l'âme de mon frère I Qu'on m'amène à l'instant un cheval et un guide ! »
Il part aussitôt, tel qu'il est, de l'église, il presse son cheval. Arrivé sur la montagne, et saisi par les sentinelles des voleurs, il ne cherche point à prendre la fuite, il ne demande point qu'on l'épargne : « Saisissez-vous de moi, s'écrie-t-il ; c'est pour cela que je suis venu ; conduisez-moi à votre chef. » Ce chef l'attendait tout armé, mais il n'eut pas plutôt reconnu saint Jean qui s'approchait, que la honte le mit en fuite. Mais Jean, oubliant son grand âge, le poursuivait de toutes ses forces, et s'écriait en le poursuivant : « Mon fils, pourquoi me fuis-tu, moi ton père, vieux et désarmé ? Aie pitié de moi, mon fils, ne crains point ; ni ton salut, ni ta vie ne sont encore désespérés. Je paierai ta rançon au Christ. Je donnerai, s'il le faut, ma vie pour la tienne, comme Jésus-Christ a donné la sienne pour nous tous. Arrête seulement, et prends confiance. C'est le Christ naeme qui m'envoie. » Le jeune homme s'arrête enfin,
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le visage baissé vers la terre, et jetant ses armes loin de lui, tremblant de tous ses membres, pleure amèrement. Il embrasse le vieillard qui vient de le rejoindre ; il expie, autant qu'il le peut, ses crimes par ses sanglots ; ses péchés, il les lave dans l'eau de ses larmes comme dans les eaux d'un second baptême ; seulement il cacho encore sa main droite. Alors l'apôtre, l'assurant et lui protestant que le Sauveur le reçoit en grâce, le prie luimême et se jette à ses pieds.. Il cherche sa main, toute rouge encore du sang qu'elle a versé tant de fois, il la prend, il la baise, comme si déjà elle était purifiée par la pénitence, et ramène enfin un fils à l'Eglise. Là por des prières ardentes et continuelles, par des jeûnes austères qu'il partage tous avec le coupable, combattant le courroux de Dieu et implorant sa miséricorde, il rassure cette âme effrayée, il la persuade, il la console par mille discours tendres et touchants, et ne la laisse point qu'il ne l'ait réconciliée avec elle-même, rendue à l'Église, pleine de force et de confiance.
Grand exemple d'une pénitence sincère, admirable enseignement pour les générations à venir, trophée acquis au mystère de la résurrection future, lorsque, à la consommation des siècles, les anges amèneront dans les habitations célestes ceux qui se seront sincèreraent repertis pendant leur vie. Quel spectacle I D'un côté les esprits célestes se réjouissant de leur gloire, chantant leurs louanges, leur ouvrant le ciel, de l'autre, et avant tous, le Sauveur lui-même s'avançant au-devant d'eux, et les recevant avec une ineffable douceur ; répandant sur eux cette lumière que les ténèbres n'obscurcissent point, et qui dure autant que l'éternité, les conduisant enfin dans le sein de son Père, dans la vie éternelle, dans la possession du royaume des cieux. Celuiqui croit aux promesses divines, et partageant la foi des disciples de Dieu, s'assure et se confie dans les paroles des prophètes,
des évangélistcs et des saints ; qui, réglant pa vie sur leur doctrine, leur prêtant une oreille attentive et fidèle, conforme à cette doctrine sacrée sa conduite et ses œuvres, en verra à la fin l'accomplissement, et la vérité brillera sans voile à ses yeux. Oui, si vous ouvrez votre cœur à l'ange de la pénitence, si vous l'y recevez avec joie, si vous ne l'en banissez plus, votre âme, en se séparant du corps, ne devra plus rien à la justice divine, et lorsque le Sauveur, environné de l'armée céleste, apparaîtra au monde près de finir dans tout l'éclat de sa majesté, vous n'éprouverez aucune confusion des péchés que vous aurez expiés, aucune crainte des feuxdel'enfer. Mais si, au contraire, vous demeurez dans vos vices, si vous vous y plaisez, si vous vous y enfoncez chaque jour davantage, si vous repoussez avec dureté le pardon que le Sauveur vous offre avec indulgence, n'accusez personne de votre perte, n'en accusez ni Dieu, ni vos richesses ; c'est votre âme qui s'est perdue et qui vous a perdus elle-même. Tournez vos regards et vos soins vers le salut, désirez-le ardemment, dem^andez avec sollicitude que la force divine \'ienne en aide à votre faiblesse ; votre Père qui est dans les cieux, vous inspirera un vrai repentir et vous donnera la vie éternelle. A lui donc, par son Fils Jésus-Christ, Seigneur des vivants et des morts, et par le Saint-Esprit, gloire, honneur, puissance, éternelle majesté, maintenant et toujours dans les générations des générations, et dans les siècles des siècles. Amen.
Origène est, sans contredit, l'homme le plus représentatif de l'école d'Alexandrie. Aux qualités les plus admirables de l'esprit, il ajoute une foi profonde, et un enthousiasme mystique qui fera de lui un martyr. — Né à Alexandrie d'un
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père chrétien, Origène n'est pas encore un homme, quand son père meurt victime de la foi. A peine âgé de dix-sept ans, Origène se jette dans la lutte, relève de ses ruines l'école catéchétique dispersée par la persécution, convertit les païens, les conduit au martyre. Quand les violences cessent, il continue à Técole d'Alexandrie un enseignement que tous les témoignages nous présentent comme extrêmement brillant. Vers 215, il se transporte à Césarée de Palestine où il devient prêtre et fonde une célèbre bibliothèque. La fm de sa vie fut attristée par de regrettables démêlés avec son évêque d'origine. Après avoir échappé à la persécution de Maximin (235-237), Origène est mis en prison durant celle de Dèce (250-251). Soumis à de cruelles tortures, qu'il endura sans défaillance, il meurt à Tyr en 253 des suites de ses blessures.
Origène est le plus grand savant de son temps : les sciences profanes qu'il a cultivées avec ardeur sont pour lui une préparation nécessaire à la science des choses divines ; et cette science des choses divines, il est le premier à la constituer dans ses diverses parties. Critique, il s'est efforcé d'améliorer par un travail gigantesque le texte des Saintes Écritures ; commentateur, il a expliqué à plusieurs reprises et selon des méthodes différentes à peu près tous les livres de la Bible ; apologiste, il a donné dans son livre contre Celse la meilleure et la plus compréhensive défense de la foi chrétienne qui nous soit venue du temps des Pères ; prédicateur, il a laissé un très grand nombre de sermons sur les diverses parties de l'Écriture ; écrivain spirituel, il a rédigé à l'usage de ses disciples une Exhortation au Martyre toute débordante d'enthousiasme, et un traité Sur la prière qui est la perle de son œuvre ; théologien enfin, et des plus grands, il a essayé de réaliser dans son livre des Principes la première synthèse de la doctrine chrétienne. S'il a proposé dans ses livres, et surtout dans le dernier, plusieurs doctrines qui n'ont pas obtenu par la suite l'approbation de l'Église, c'est que, sur la plupart des points que nous avons signalés, il a frayé la voie. D'ailleurs, jamais, de son vivant, sa doctrine ne fut l'objet d'une réprobation officielle..
Préface du Traité des Principes.
Les fidèles, persuadés que la grâce et la vérité dérivent de Jésus-Christ, et qu'il est la vérité même, selon son affirmation formelle : Je suis la vérité^ ne cherchent pas la science de la vertu et du bonheur ailleurs que dans les paroles et dans la doctrine du Christ. Par là nous n'entendons pas seulement les paroles proférées par lui comme homme, durant sa vie mortelle ; car le Christ, Verbe de Dieu, était auparavant dans Moïse et dans les prophètes. Comment, en effet, sans le Verbe de Dieu auraient-ils pu prophétiser le Christ ? Pour le prouver, il ne serait pas difficile de montrer par les di\dnes Écritures que c'est sous l'inspiration du Christ que Moïse et les prophètes ont parlé et agi en tout. Mais comme l'on a dessein de resserrer cet ouvrage dans les limites les plus étroites qu'il est possible, il suffira d'apporter ici le témoignage de saint Paul dans l'épître aux Hébreux. « Cest par la foi, dit-il, que Moïse devenu grand déclare qu'il n'était pas le fils de la fille de Pharaon, préférant être affligé avec le peuple de Dieu que de goûter pour un temps le plaisir du péché, estimant Vopprohre du Christ une richesse plus grande que les trésors des Égyptiens. » ^ D'autre part que le Christ après son ascension continue à parler dans les apôtres, c'est ce qu'indique saint Paul quand il dit : « Est-ce que vous voulez éprouver celui qui parle en moi, le Christ ? «^
Mais comme parmi ceux qui font profession de croire j en Jésus-Christ il y a des divergences d'opinions, non j seulement sur des points de détail, mais sur les plus I graves problèmes ; sur Dieu, sur le Seigneur Jésus-Christ, I sur le Saint-Esprit, et aussi sur les créatures, telles que ! les dominations et les vertus célestes, il a semblé néces-