‹ Le dogme catholique dans les pères de l'égliseChapitre 65 sur 150 · IV. SAINT HILAIRE DE POITIERS · texte numérisé non relu

IV. SAINT HILAIRE DE POITIERS

Hilaire, évêque de Poitiers depuis l'an 335 environ, a joué en Occident, et particulièrement dans les Gaules, un rôle comparable à celui qu'Athanase a rempli en Orient. Depuis 355 l'empereur Constance s'efforçait de rallier les Occidentaux trompés et circonvenus à quelqu'une des formules nonconsubstantialistes élaborées par les synodes officiels. Hilaire s'opposa de toutes ses forces à la politique impériale et mérita par là une sentence d'exil qui le relégua en Asie Mineure. Mais, loin de lui être défavorable, l'exil lui permit d'étudier de plus près cette controverse arienne dont les Occidentaux n'avaient jusque-là entendu que les échos. C'est en exil qu'il compose son ouvrage le plus important : les douze livres sur la Trinité. En 360, il revient d'Asie et fait en Gaule une rentrée sensationnelle. Son plus grand désir était de guérir les blessures que l'Arianisme avait faites aux Églises occidentales ; le concile de Paris en 361 rallia tous les évêques gaulois à l'orthodoxie nicéenne. L'Italie même éprouve tes heureux effets du zèle d' Hilaire ; un concile tenu à Milan en 364, et présidé par l' évêque de Poitiers, jugea l'évêque arien de cette ville, Auxence, qui ne dut qu'à l'intervention de l'empereur Valentinien de garder son siège épiscopal. Hilaire mourut peu de temps après en 366.

Les relations entre le Père et le Fils, (De Trinitate^ Hb. m,

cp. 1-9, pass.)

Plusieurs trouvent de l'obscurité dans cette parole

du Seigneur : Je suis dans le Père^ et le Père est en moi, ^ Et à juste titre, car riiumaine intelligence ne peut naturellement saisir la portée de ces mots. Il ne lui semble point possible que ce qui est dans un autre puisse en même temps exister en dehors de lui ; et puisqu'il faut que les êtres en question ne soient point isolés, mais qu'ils doivent, tout en conservant leur distinction et leur situation respective, se contenir mutuellement, il semble bien impossible que celui qui contient l'autre et qui par conséquent lui demeure extérieur soit à son tour contenu en lui et lui devienne intérieur. Cela la raison de l'homme ne saurait l'atteindre, et nulle comparaison humaine ne pourrait fournir d'exemple de ces mystères divins. Mais ce qui est ininteUigible à l'homme, est néanmoins possible à Dieu. Ce qui ne veut pas dire que pour comprendre cette parole il suffise d'alléguer l'autorité de Dieu qui l'a prononcée. Il faut donc s'apphquer à connaître et à comprendre ce que veulent dire ces mots : Je suis dans le Père et le Père est en moi^ si toutefois nous pouvons les comprendre complètement.

Pour nous faciliter la solution de ce problème très ardu, apprenons d'abord à connaître le Père et le Fils selon la doctrine des divines Écritures, afin de dégager un peu la discussion. L'éternité du Père, comme nous l'avons montré au livre précédent, dépasse les lieux, les temps, les espaces et tout ce que peut concevoir l'intelligence humaine. Il est en dehors de tout et en tous, contenant tout, n'étant contenu par rien, tel qu'on ne peut ni s'en approcher ni s'en éloigner ; mais il est invisible, incompréhensible, plein, parfait, éternel, ne recevant rien d'ailleurs, se suffisant à lui-même dans sa permanence sans fin.

Ce Père inengendré engendre avant tous les temps son Fils; il le produit de lui-même et non de quelque

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