I. APHRAATES
On a découvert et publié en 1869 le texte syriaque de 23 homélies ou plutôt de 23 dissertations dogmatiques et morales, rédigées entre 336 et 345 par Jacques Aphraates, surnommé « le sage Perse ». L'auteur était à ce moment Abbé du couvent de Saint-Matthieu, non loin de Mossoul, dans l'Empire Perse ; ii était revêtu en même temps de la dignité et de la juridiction épiscopales, suivant un usage assez fréquent en Orient, et il paraît même avoir occupé une situation prépondérante parmi les évêques de Mésopotamie. L'Abbé d'un couvent voisin, Grégoire, lui avait demandé une explication des principaux mystères de la religion et des règles générales de la morale évangéUque. Aphraates lui envoya le recueil des 23 dissertations qui nous sont conservées et qui sont fort intéressantes, en ce qu'elles nous renseignent au mieux sur les idées et les pratiques de l'Église syrienne au début du ive siècle. La théologie est encore loin d'y avoir les précisions que les spéculations dogmatiques lui ont données en Occident, le symbole de la foi a une saveur très antique, la discipline pascale diffère tout autant de la discipline romaine que de celle de l'Asie. Bref les homélies d'Aphraates nous découvrent une Église dont l'évolution s'est faite tout à fait en dehors des influences de l'Occident grec ou latin.
APHRAATES 209
L'Esprit- Saint et le Christ. {Démonstration vi, 12-14.)
Je veux encore te rappeler mon, très cher, ce que nous dit l'Écriture. Nous y lisons que. Moïse ayant trouvé pénible de conduire à lui tout seul l'armée (israélite), le Seigneur lui dit : « Je prendrai de V esprit qui est sur toi, et je le mettrai sur les soixante-dix hommes, vieillards d'Israël.))^ Or quand Dieu eut ainsi pris de l'esprit de Moïse, et que les soixante-dix hommes en furent rempHs, Moïse fut-il en rien diminué, ou son esprit fut-il reconnu tel qu'on put en enlever quelque chose ? Et le bienheureux apôtre dit aussi : « Dieu a pris une part de l'esprit du Christ et l'a envoyée dans les prophètes. » Pourtant le Christ n'a point subi de diminution, « car Dieu ne lui a point donné V esprit avec m.esuro). ^ Cette preuve te montrera clairement que le Christ habite dans les fidèles, et pourtant il ne subit nulle diminution alors qu'il se partage entre plusieurs. Les prophètes ont reçu une part de l'Esprit du Christ, chacun selon sa capacité. Et maintenant encore, l'Esprit du Christ se répand sur toute chair et tous se mettent à prophétiser : les fils et les filles, les vieillards et les jeunes gens, les esclaves et les servantes. Il y a en vous quelque chose du Christ, et pourtant le Christ est au ciel, à la droite de son Père. Le Christ lui n'a point reçu l'Esprit avec mesure, mais le Père l'a aimé, lui a tout remis entre les mains et l'a préposé à tous ses trésors. Jean dit en effet : « Le Fils n''a point donné au Père son Esprit avec mesure, et il lui a tout remis entre les mains. » Et le Seigneur luimême dit : « Tout m^a été livré par mon Père » et encore : « Le Père ne juge personne, mais il a remis au Fils le pouvoir de juger » ^ Et l'Apôtre dit : « Tout est soumis au Christ, excepté le Père, qui lui a soumis toutes choses.