I Corinthiens, xv
APHRAATES
ossementf* d'Elisée, un mort ressuscita, quand le Sauveur descendit au séjour des morts, il en fit revivre et en ressuscita plusieurs. Bref l'Esprit du Christ, auquel avaient participé les prophètes, opéra des miracles plus nombreux ^.
Pénitence et Confession. (Dém. vu.)
Parmi tous ceux qui sont venus au monde, et ont revêtu un corps, un seul est parfaitement innocent, Notre-Seigneur Jésus-Christ, comme il en témoigne luimême. Il dit en effet : « 7'ai vaincu le monde. » ^ Et le prophète dit aussi de lui : « Il n'a point commis V iniquité, et il ne s'est point trouvé de mensonge dans sa bouche. » ' Et le bienheureux Apôtre dit aussi : « Celui qui ne connaissait pas le péché, il Va fait péché à cause de nous. » * Et comment l'a-t-il fait péché, sinon parce qu'il a pris sur lui le péché qu'il n'avait pas commis, et l'a attaché à la croix. Et l'Apôtre dit encore : « Plusieurs courent dans le stade, mais un seul reçoit la couronne. » ^ Oui, il n'y a point d'autre homme que le Sauveur qui descende dans le stade, sans être frappé et blessé. Depuis le temps où Adam transgressa le précepte de Dieu, le péché règne dans le monde. Plusieurs hommes l'avaient combattu, mais il en avait blessé beaucoup, il en avait tué beaucoup et nul n'était parvenu à le tuer, jusqu'à l'avènement de notre Sauveur, qui l'emporta et le cloua à la croix. Néanmoins, bien que le péché ait été cloué à la croix, son aiguillon reste, et il blessera beaucoup d'hommes encore jusqu'à la fin du monde. Alors cet aiguillon sera brisé
1. Cette démonstration de la divinité du Christ par le fait qu'il a reçu avec plus d'abondance que les prophètes l'Esprit de Dieu est extrêmement faible ; elle montre que les spéculations théologiques étaient encore complètement étrangleras à l'Église syrienne. — 2. Jean, xvi, 33. — 3. Isaïe, lui, 9. — 4. II Corinthiens, v, 21. — 5" I Corinthiens, ix, 24.
Pour toutes les maladies, il y a des remèdes capables de les guérir, quand ils sont mis en œuvre par un médecin prudent. Ceux qui sont blessés dans ce combat spirituel ont pour remède la pénitence ; s'ils l'appliquent sur leurs plaies, ils peuvent guérir. 0 vous, médecins des âmes, élèves de notre sage médecin, administrez donc ce remède qui peut guérir les plaies des malades. Quand le médecin rencontre des guerriers, blessés par celui contre qui ils ont combattu, il cherche aussitôt à leur porter remède. Et quand il a réussi à guérir un homme blessé dans le combat, il reçoit du roi des dons et des honneurs. De même, mon très cher, il convient qu'à l'homme blessé dans notre combat, nous apportions le remède de la pénitence, quand cette âme blessée a ressenti une grande douleur. Car Dieu ne rejette point l'homme qui se repent, car, ainsi que le dit le prophète Ezéchiel : « Je ne me réjouis point dans la mort du pécheur, mais je veux qu'il revienne de sa voie mauvaise et quHl vive,» ^
L'homme blessé dans un combat n'a point honte de se remettre entre les mains d'un sage médecin, parce qu'il a été vaincu et blessé dans la lutte. Quand il est guéri, le roi ne le repousse point et l'inscrit à nouveau sur les contrôles de l'armée. De même celui qui a été frappé par Satan, ne doit pas avoir honte de confesser sa faute, de l'abandonner, et de demander comme remède la pénitence. Celui qui rougit de montrer sa blessure, la gangrène le prendra, et tout son corps sera bientôt en danger. Mais celui qui ne craint point de faire connaître sa blessure, celui-là sera guéri, et pourra bientôt retourner au combat ; tandis que l'homme pris par la gangrène ne pourra jamais ni recouvrer la santé, ni endosser l'armure qu'il a été forcé de quitter. Eh bien, de même pour celui qui a été blessé dans le combat spi*
APHRAATES 2 13
rituel, il ne reste plus qu'un moyen de recouvrer la santé, qu'il dise : J'ai péché, et qu'il demande la pénitence. Si quelqu'un éprouve de la honte il ne pourra guérir parce qu'il ne montre point ses blessures au médecin, qui a reçu deux deniers pour venir en aide à tous ceux qui sont blessés.
Et vous, médecins, élèves de notre illustre Maître, vous ne devez refuser le remède à nul de ceux qui ont besoin de vos soins. Ceux qui vous découvrent leurs blessures, imposez-leur le remède de la pénitence. Quant à celui qui rougit de manifester ses misères, exhortez-le à ne vous rien celer. Et quand il vous aura révélé ses fautes, gardez-vous d'en rien publier, de peur qu'à cause de lui des innocents ne soient accusés par nos ennemis, par ceux qui nous haïssent. Une armée où succombe beaucoup de monde, est méprisée comme trop faible par les ennemis. Mais quand les blessés restent au milieu de leurs compagnons d'armes, on guérit leurs plaies, sans les déclarer à l'ennemi. Autrement, toute l'armée aura mauvaise réputation ; le roi, le chef des troupes, s'irritera contre ceux qui trahissent ainsi son armée, et il les accablera de coups plus douloureux que tous ceux qu'ils ont reçus dans la mêlée.
L'institution de l'Eucharistie. (Dém. xii: sur la fête
pascale.)
Tu as bien compris, mon très cher, ce que j'ai dit touchant cette fête de Pâques, dont le peuple israélite avait reçu la figure mystérieuse, et dont nous célébrons aujourd'hui parmi les nations la véritable réahté. Les simples, les gens peu instruits se préoccupent beaucoup de la manière dont il faut célébrer cette grande solennité. Or l'agneau véritable c'est Notre Sauveur, agneau d'un iui) agneau sans tache, comme h dit de lui le prophète»
« Il rCy a point en lui d'iniquité^ et il ne s'est point trouvé de mensonge en sa bouche^ et pourtant il a plu à Dieu de le broyer dans la douleur, de le livrer à la passion. w^Et il est aussi l'agneau d'un an, car il est, comme l'enfant, parfaitement exempt de péché. Luimême ne disait-il pas à ses disciples : « Si vous ne vous convertissez, et si vous ne devenez comme ces petits enfants, vous n^ entrerez pas dans le royaume des deux. » ^
Donc notre Sauveur a mangé la Pâque avec ses disciples dans la nuit sacrée du quatorzième jour (de la lune du printemps) et, avec ses disciples, il a réalisé en vérité ce que signifiait la Pâque ancienne. En effet, quand Juda fut parti, Jésus prit du pain, le bénit et le donna à ses disciples en disant : a Ceci est mon corps, prenez et mangez-en tous. » De même sur le vin il prononça également les paroles de bénédiction et il leur dit : « Ceci est mon sang, nouvelle alliance, qui sera répandu pour beaucoup pour la rémission des péchés. Agissez semblablement, en mémoire de moi, quand vous vous réunirez. » Or à ce moment le Seigneur n'avait pas encore été arrêté. Cela dit, il se leva de l'endroit où il avait célébré la Pâque, donné son Corps en nourriture et son sang en breuvage, et il alla avec ses disciples à l'endroit où il fut arrêté. Mais celui qui a mangé son propre corps et bu son propre sang, doit être compté avec les morts ^. Or le Seigneur a donné de ses propres mains son Corps à manger, et avant même que d'être crucifié, il a donné son sang à boire...
Et maintenant écoute, mon très cher, comment le Dieu très saint a ordonné que l'on mangeât l'agneau pascal. Dans une seule demeure, non dans plusieurs
1. Isaïe, LUI, 9-10. — 2. Matthieu, xviii, 3. — 3. Aphraates veut prouver que Jésus est ressuscité vraiment le troisième jour après sa mort. Il compte donc comme rtiort du Sauveur le jour de l'institution de rEuchàrislie.
maisons. Or cette maison unique, c'est l'Église de Dieu. Il est dit aussi : « Les mercenaires et les étrangers n'en mangeront point. » ^ Qui sont ces mercenaires, ces étrangers ? sinon les sectateurs des enseignements diaboliques, à qui il n'est point permis de manger la Pâque. C'est d'eux que le Sauveur a dit : « Le mercenaire, à qui les brebis n' appartietinent points dès qu'il voit venir le loup, abandonne les brebis et s'enfuit. » ^ Le texte sacré dit encore : « Voici comme vous mangerez Vagneau : Vous aurez les reins ceints, les souliers aux pieds, le bâton à la main.n^ Mystérieux enseignement et singulièrement élevé. Celui qui veut participer à l'agneau véritable, au Christ, qu'il ceigne ses reins de la foi, qu'il chausse ses pieds pour être prêt à annoncer l'Évangile, qu'il prenne en main le glaive de l'Esprit, qui est le Verbe de Dieu... Et l'Écriture dit aussi : « V esclave acheté à prix d'argent, s'il est circoncis, mangera la Pâque avec vous. » * Cet esclave acheté à prix d'argent, c'est le pécheur, qui se repent et est racheté par le sang du Christ. Quand il a circoncis son cœur des œuvres mauvaises, il se présente au baptême, qui est la vraie circoncision. Il s'unit au peuple de Dieu, il participe au Corps et au Sang du Christ. Et ce qui est encore dit dans le texte : « Mangez rapidement », l'ÉgHse de Dieu le pratique. On mange l'agneau à la hâte, dans la crainte et le tremblement, debout ; on se hâte de manger la vie, ce don de l'Esprit que l'on a reçu.
Saint Éphrem est le plus considérable des écrivains ecclésiastiques qui aient illustré la langue syriaque, mais il s*en faut que sa personne et son œuvre soient aussi connues qu'elles le mériteraient. Parmi les renseignements qui le
1. Exode, xu, 45. — 2. Jean, x, 12. — 3. Exode, xii, 11. — 4. Exode, XII, 44.
concernent, il est bien difficile de distinguer la légende de la vérité. Né à Nisibe vers l'an 306, Éphrem semble avoir mené de bonne heure la vie érémitique, peut-être a-t-il assisté au Concile de Nicée aux côtés de son évêque Jacques de Nisibe. De retour dans sa ville natale, il y a dirigé une école célèbre. Quand Nisibe fut cédée aux Perses, Éphrem se retira en territoire romain, à Édesse ; c'est là que, vivant dans le retraite, il composa ses principaux écrits. Une tradition qui semble assez solide le met en rapport avec saint Basile, qui lui aurait conféré le diaconat. Il ne s'éleva pas plus haut dans la hiérarchie ecclésiastique ; il était encore diacre quand il mourut en 373.
Son activité littéraire fut grande ; et des restes importants de ses œuvres nous sont parvenus, tant en syriaque que dans des traductions grecques, arméniennes, coptes, arabes, éthiopiennes. Exégète, Éphrem a commenté toute l'Écriture Sainte, dans une manière simple, littérale, qui évite l'allégorie si chère aux Alexandrins ; il ne s'est conservé- d'ailleurs qu'une partie bien minime de ces commentaires. Mais ce qui rendit Éphrem particulièrement célèbre, ce furent ses poésies. Exhortations à la pénitence, discussions avec les hérétiques, sentiments qu'excitent dans l'âme les fêtes du Seigneur, ou les événements divers de la vie, tels sont les principaux sujets qu'a traités saint Éphrem. Ajoutons qu'il est le premier à avoir célébré les louanges de la Vierge Marie. A ces divers titres, l'œuvre littéraire du « Prophète des Syriens », que le Pape Benoît XV vient d'élever au rang de Docteur de l'église, méritait d'être mentionnée.
La crainte du Jugement de Dieu. {Hymnes funèbres, 21.)
C^est un dialogue entre le prêtre qui va mourir et les amis réunis autour de lui. Cette poésie est encore en usage aujourd'hui dans V Église syrienne aux funérailles des clercs.
Vénérable p^re ; te voici sur ton départ. Nous te souhaitons bonheur et prospérité, et nous avons la confiance que le Seigneur te comblera de félicité et de biens.
J'entreprends une route longue et périlleuse ; mes frères, assistez-moi. Accompagnez de vos prières, ce voyage que je commence, qu'il puisse réussir 1
Ne crains point le danger, Père, au point d'oublier les bonnes actions qui te précèdent en la présence du Dieu, vers qui tu te hâtes.
Mes actions, hélas, sont connues du Seigneur, que j'ai offensé. Oh combien je redoute le châtiment que peut infliger le souverain Juge !
Mais le Seigneur connaît aussi tous les secrets de ton cœur ; ton amour pour lui, qui t'a conquis son amour, à toi qui si parfaitement exécutas ses ordres.
Non, jamais mon âme ne pourra se ressaisir, déposer la crainte du jugement ; persuadée qu'il n'y a point à ce tribunal de pardon pour les impies, de rémission pour les péchés.
Quoi donc, bienheureux Père, le Seigneur te réserve le royaume promis aux justes ; il récompensera ton zèle pour lui ; aie confiance, il te fait passer à une nouvelle vie.
Voici donc qu'exilé, dépouillé, pauvre, je dis adieu à la lumière. A quoi m'a-t-il servi de vivre ? la vie ne m'a rien laissé que mes péchés.
Mais non. Père, tranquillise-toi ; calme et paisible, comme un autre Moïse, tu quittes cette vie. Un seul souci doit te rester, c'est de ne point cesser de prier pour notre peuple.
Hélas c'est la vérité qui m'angoisse ; elle n'est point vaine la frayeur qu'excite en moi la pensée de ce juge, qui ne juge point par complaisance, mais avec une juste sévérité.
Augure de tels malheurs de celui qui a renié sa foi et renoncé au Christ; mais, pour toi, nous devons te proclamer bienheureux, et te prédire toutes sortes de. bonheur, à toi qui as gardé les lois de Dieu et ses droits.
Pardonnez-moi, mes frères, d'avoir de telles craintes ;
mais c'est qu'à mes oreilles retentit la terrible trompette, dont le son ébranle l'univers.
Nous demandons mieux pour toi et nous avons confiance qiie cela arrivera. Que les Anges de la résurrection générale te transportent à la droite du Juge. C'est ce que nous persuadent ta vie sans péché et sans tache, ton abstinence^ ta piété, ta religion, et les bienfaits que tu as répandus sur les pauvres. Telle est la raison pour laquelle nous regrettons ta perte, et nous pleurons ton trépas, ô Père vénérable, chaque fois que ton nom revient à notre souvenir. Autrement nous n'aurions point de raison de pleurer ta mort. Le juste acquiert une félicité qui durera toujours ; quand il aura repris son corps il mènera une vie bienheureuse, occupé sans cesse à chanter les louanges de Dieu. Le Seigneur, ô Père, en qui tu t'es confié, dans les lois de qui tu as toujours vécu, usera de miséricorde envers toi, qu'il avait fait le pasteur et le chef de son troupeau.
Bon Jésus, mon refuge et mon secours, délivrez-moi des peines que j'ai méritées, et réjouissez-moi par la clarté de votre lumière.
Certes Jésus exaucera tes vœux. A toi qui l'as aimé, qui as obéi à ses commandements, il te donnera au centuple la récompense de tes labeurs. La récompense est préparée à ceux qui ont vécu dans la chasteté, la couronne de gloire que les justes placeront sur leur front, en chantant l'hymne de louange au Dieu qui récompense, lorsqu'ils auront repris leur corps. Aie donc confiance, Père, la récompense est réservée à tes labeurs ; n'en doute point, dans la société des justes tu vas mener pour toute l'éternité la vie la plus heureuse.
Que Dieu vous entende et exauce vos vœux. En attendant, je vous supplie, pères et frères bien-aimés, de toujours garder dans les prières communes, un souvenir pour moi.
Sermon pour le Jeudi- Saint,
Simon^ a enfin obéi à Jésus, il lui a présenté les pieds, il a été lavé ; le Seigneur reprend ses vêtements et continuant le souper se met à table. Et à tous ceux qui sont assis avec lui, Jésus déclare : « Je veux que vous sachiez, pourquoi je viens d'agir ainsi. Si je n'explique point moi-même les mystères, qui pourra les comprendre ? Si je ne montre point l'accomplissement des figures, qui connaîtra ma volonté ? Il faut que j'accomplisse tout ce que les prophètes ont dit de moi, il convient que je devienne pour vous le maître de la sagesse. Simon, mon disciples, je t'ai établi comme le fondement de mon Église sainte ; je t'ai, jadis, appelé Pierre, parce que tu soutiendras tout mon édifice ; tu es le surveillant (l'évêque) de ceux qui édifient mon ÉgUse sur la terre ; s'ils voulaient édifier quelque chose de mal, toi qui es le fondement, tu devrais les en empêcher; tu es la source où l'on puise ma doctrine, tu es le chef de mes disciples ; par toi les nations seront désaltérées ; à toi appartient cette suave doctrine de vie que je répands ; je t'ai choisi, pour que, dans cette Église que j'institue, tu sois comme le premier-né et l'héritier de mes trésors ; je t'ai donné les clefs de mon royaume. Je t'ai constitué prince sur tous mes trésors. »
« Écoute maintenant et comprends le sens des mystères que tu as vus. Je me suis fait votre serviteur et je vous ai rendu honneur. Voici que, sous vos yeux, je me suis humilié au point de vous laver les pieds ; penché devant vous je les ai essuyés d'un linge, comme si j'étais votre esclave. Vous m'appelez Maître et Seigneur, et je le suis en effet. Tous les gens sensés m'appellent le Seigneur et me disent votre maître. Et pourtant je ne mens pas, ce n'est point seulement en paroles, mais en toute