‹ Le dogme de la RédemptionChapitre 1 sur 183 · E. ADAM · texte numérisé non relu

E. ADAM

A SA (iRANI)KUK M^^ iMIGNOT

ARCHRVKQUK d'aLBI

nommage dr /ilial attacliement

et de religieuse vénération

.CIIEVKCIII-:

D'ALIU

All)i. !<• .S jaiivi.T l!UI.

Mon cher abbé,

Vous me demandez quelques lignes de préface pour votre belle étude sur la Rédemption. Il me serait à la fois agréable et facile de vous faire plaisir, s'il ne s'agissait d'un sujet aussi élevé; mais, en face de ce mystère auguste, je ne puis que redire les paroles de saint Paul : « 0 allitudo diviiiarum sapientiae et scientiae Dei : quaiii incomprehenslbilia sunt iudicia eius et ins^estigahiles vicie eiusl » ou encore celles que l'Eglise met sur les lèvres des prêtres le samedi saint : « O mira circa nos tuae pietatis di^ gnatio ! 0 inaestimabUis dilectio caritatis : ut servu tu redimeresy Filium tradidistil »

Laissée à elle-même, la raison s'arrête au seuil de ce mystère de miséricordieux amour. Elle resterait des siècles entiers devant la croix rédemptrice sans en comprendre le sens, si la Foi ne venait à son secours. Elle Ta fait dès l'origine; car le monde païen lui-même, comme vous le montrez, a toujours senti un besoin intense, quoique imprécis, de Rédemption.

A la vérité, la révélation divine s'est obscurcie; mais Dieu, dans le cours des âges, a fait plus d\me fois briller sa lumière. Pour jalonner la route, éclairer la raison, empêcher l'humanité de se perdre dans

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vin

les ténèbres, il a placé de loin en loin ses Prophètes, comme on dresse des pliares de distance en distance sur les rivages de l'Océan. Puis enfin il nous a parlé par son Fils.

Alors la raison, insuffisante par elle-même, mais éclairée par la révélation évangélique, s'est mise à Fœuvre et a essayé, non sans succès, de montrer combien ce dogme, inaccessible par lui-même, répond à tous nos besoins, à tous nos désirs, aux efforts d'une nature qui, malgré sa déchéance, a à cœur de remonter jusqu'à Dieu : « surgere qui curât populo... »

Mais la raison, même éclairée par la foi, n'épuise pas le mystère; car il lui faudrait pour cela épuiser la vie même de Dieu et connaître des voies que saint Paul déclare incompréhensibles. La vérité totale nous échappera tant que nous ne la verrons pas dans la plénitude de la lumière : « in lumine tuo s>idebitnus lumen ». Nous ne la voyons que morcelée et parcellaire. 11 n'est donc pas surprenant que chacun, en dehors de l'enseignement précis de l'Eglise, contemple de préférence le rayon qui s'adapte mieux à sa vue, le reflet d'amour divin qui va mieux à son cœur.

Ne vous étonnez pas si, dans ce domaine si spécial, vous rencontrez des divergences d'appréciation, des jugements différents des vôtres : cela est inévitable et inhérent à l'esprit humain. Si les théologiens, tous d'accord sur la nature de l'Incarnation, ne sont plus du même avis quand il s'agit d'en établir le mode, le pourquoi et le comment — de savoir, par exemple, si Notre-Seignour se serait incarné même dans l'hypothèse d'une humanité restée inno-

cente — il (^st assez naturel ([u ils ii'eiivisa{^(3nt pas du inèine point d<' vu(^ tous les aspects de la Kédeinption, qu'il y ait (|uelques divergences sur le pourquoi et le comment, sur la nature d(î la satisfaction due à la justice de Dieu, sur la raison d'imc rançon si cruelle, alors qu'une seule <^oultc de sanjç, un simple soupir de Notre-Seigneur aurait sulli à racheter le monde :

(!iiius im.i, slilla sahiiiii lïicon'

roluin niunduni (|uit al) onini scelere.

Ces questions, vous les avez déjà traitées du point de vue historique et je n'ai point perdu le souvenir de votre thèse de doctorat, qui vous a valu des félicitations si méritées. Vous les reprenez aujourd'hui avec plus d'ampleur et d'érudition au point de vue de la synthèse théologique. Je suis persuadé que les juges vraiment compétents, même ceux dont la pensée pourrait différer de la vôtre sur quelques détails, seront unanimes à reconnaître la valeur objective de votre étude et à constater qu'elle est une des meilleures qui aient été écrites sur ce sublime mais difficile sujet.

J'ai hâte d'ajouter que ce ne sont pas les applaudissements humains que vous avez cherchés dans vos longues et patientes recherches; vous avez voulu réaliser pour votre part la parole du divin Maître : « ut cognoscant Te, solum Deum \>erum^ et qiietn misisti lesiim Chvistum ».

Cet ouvrage, en raison de son caractère spécial,

ne sera pas le vade-mecum des âmes simplement

pieuses, des chrétiens peu habitués à ces sortes de

méditations; mais il éclairera, guidera, fortifiera

tous les fidèles intelligents qui ont pour devise : Vides quaerens i nielle cliun .

Je vous renouvelle l'assurance de mes sentiments aJïectueusement dévoués.

+ EUDOXE InÉNÉE.

Archevêque d'Albi.

ÂVAJNT-I>U()IM)S

Huit ans déjà sont passés de|)uis (jiiil nous lïit donné d'écrire un Essai d*étude liisLorique sur le dogme de la Rédemption, auquel le public compétent a l'ait un accueil trop favorable pour ne pas imposer à l'auteur une charge : celle de continuer son œuvre.

A partir de ce moment, ce lut donc notre désir de compléter cette étude d'histoire par un exposé théologique du mystère. Sans doute la complexité du sujet était bien faite pour retenir, en cas de besoin, une ardeur trop impatiente; mais la noblesse et l'importance de la tache étaient, d'autre part, une perpétuelle sollicitation.

Il nous paraissait, en eflet, que notre littérature catholique manque sur ce point d'un ouvrage intermédiaire entre les traités didactiques de l'école et les expositions oratoires ou pieuses, celles-ci étant le plus souvent trop légères de doctrine, ceux-là demeurant peu accessibles au commun des lecteurs à cause de leur langue et de leurs allures techniques. Cette conviction se

Xir AVANT-PROPOS.

fortifiait dans notre esprit en voyant la multitude de publications que les protestants de toutes nuances, tant en France qu'à l'étranger, ont consacrées à ce dogme. Ainsi le plan se dessinait peu à peu d'un ouvrage, à la fois simple et doctrinal, qui fit passer dans les milieux non spécialistes la substance de renseignement théologique sur la Rédemption.

Dans l'intervalle, d'autres auteurs se laissaient tenter par la réalisation d'un semblable projet — ce qui, pour le dire en passant, en prouve le bienfondé. A peu de distance l'un de l'autre, pour ne citer que les théologiens de langue française, le R. P. Edouard Hugon, professeur au collège pontifical « angélique » de Rome, et M. le chanoine Jacques Laminne, professeur à TUniversité catholique de Louvain, publiaient chacun une étude dogmatique de la Rédemption à l'usage du grand public ^ Ces deux petits volumes ne poursuivent qu'un but de vulgarisation et ils sont, avec des qualités diverses, excellents à ce point de vue ; mais, par le fait même, ils laissent place à un travail plus synthétique et plus complet.

Voilà toute la genèse du présent ouvrage, que des instances amicales, jointes à de lointaines méditations, nous décident enfin à publier. C'est

I. U. p. lùlouard Hugox, Le Mystère de la Rédemption, in-10 de vii-271 pages, Paris, Téqiii, 1910. — Jacques Laminne, La Rédemption. Étude dogmatique, iii-16 de 2'i9 pages, Bruxelles, librnirio de rAcfion cnfholi([ue. et Paris, Gabalda, (P.Ml).

WANT-PKOPOS. Mil

à nos hîctours (ju'il nppailieiidi'a dr dirr si, dans ce champ d(î Tapostolat dorliiiial où (Tautros Font précédé, il a encore son l'ole utile à r(;niplir. Kn tout cas, la lillérature du sujet n'est pas tellement riche qu'une nouvelle publication puisse être entièrement supculhuv

Notre objectif essentiel est de faire connaître ce que signifie la doctrine de la Rédemption dans le système chrétien du salut. Comme il ne s'agit pas ici de conceptions humaines ou de créations a priori, c'est l'autorité surtout qui devait nous servir de guide : d'où une première partie, de caractère dogmatique, qui expose la foi catholique dont l'Eglise est l'interprète infaillible et développe, d'après les sources de la révélation, les preuves qui en garantissent la certitude. Sur ce point l'accord existe entre tous les croyants; mais il fallait donner à cette démonstration l'ampleur et la rigueur que requièrent les méthodes modernes d'investio-ation relioneuse.

11 n'est cependant pas une vérité de foi qui n'ait besoin d'être expliquée et qui ne l'ait été de diverses façons. Plus que tous, le dogme complexe de la Rédemption a favorisé l'éclosion des systèmes, parmi lesquels la pensée catholique, au terme de son développement, présente une physionomie très caractérisée. Une seconde partie fera connaître cette systématisation théologique, élevée par l'effort des siècles et le concours des meilleurs esprits sur le fondement dogmatique

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