Prael. theoL, 15, p
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mais c/est cil vn-lu (l'une ('(|nivo(|m'. I.a seiilr justici* ([ui soit iininiiablcMMi I)i(Mi. c'est Tamonr ind/'f^ctiblc* (lu Ww/n, c'est-à-dire sa parfaite saint(;té ; quant à la jusiicc vindicative, (dl(î est nn |)ur cITcl de sa volonU'î libre. Au contraire, s'il (ist un attribut divin (jue l'Keriture nietle on évid(;nce, c'est celui de bonté et dcî miséricorde '.
Non seulement Dieu pouvait se ])asser de satisfa<tion; mais il Ta voulu. Dans l'Ancien Testament, Dieu offre son pardon au ])échcur, pourvu seulement qu'il veuille se repentir : ne serait-il pas invraisemblable que cette économie de la miséricorde divine fut changée sous la Loi nouvelle V h^lîectivement. Jean- Haptisle d'abord, puis Jésus lui-même, promettent le pardon sans autre condition que la repentance. A travers tout l'Evangile, il s'agit de rémission, de condonation des péchés; et ceci s'oppose à toute idée de satisfaction. Car la satisfaction impliquant le paiement d'une dette rend impossible toute libéralité. On dira que la miséricorde consiste ici en ce que notre dette est payée par un autre. Qu'importe? Et puisqu'il y a un paiement effectué devant la justice divine, comment le pardon pourrait-il être gratuit? Donc la doctrine de la satisfaction aboutit nécessairement à dépouiller Dieu de sa libéralité et par là elle fausse tout le mystère de Tlncarnation, que la foi a toujours considéré comme le bienfait divin par excellence -.
Il y a plus, et la prétendue satisfaction est absolument impossible. L'orthodoxie protestante faisait entrer dans le schéma de la satisfaction intégrale l'obéissance, soit active soit passive, du Christ ; la
1. Ibid., 10, p. 565. Cl. De Cliristo servatore. i. 1 ; t. II. p. 121-1-24 et III, 1, p. 186-188.
2. Prael. theol, 17, p. 566-570. Cf. De Christo servatore, ii, -2, p. 188-
dialectique implacable de Socin la pourchasse dans ce double domaine.
Si Ton envisage la dette pénale contractée par l'humanité et si Ton veut quelle soit payée selon toutes les rigueurs du droit, la justice réclame la mort éternelle qui est le châtiment du péché ; plus que cela, autant de morts éternelles qu'il y a de pécheurs. Il est évident que ces conditions sont telles que personne ne les peut remplir à notre place. Et si c'était possible, ne serait-il pas souverainement injuste que l'innocent fût puni pour les coupables:" De même, la dette d'obéissance est chose éminemment personnelle dans laquelle personne ne peut nous remplacer.
Voilà pour la question de droit. En fait, du reste, il est certain que le Christ n'a pas rempli les conditions requises.
De ipsius lesu Christi persona privatim videndum est atque ostendendum Ipsum nihil singulare nec in se habuisse, nec fecisse, nec passum esse, ex quo intelligi possit eum satisfactionem istam vel peregisse, vel peragere ulla ratione potuisse.
En effet, il n'a pas souffert la mort éternelle, et « malheur à nous, ajoute Socin, s'il l'avait soufferte »; car, dans ce cas, nous n'en serions pas délivrés. Tout au plus aurait-il pu la subir une fois, tandis que le nombre des coupables soumis à la même peine était incalculable : « et ridiculum sane censeri débet eius solutione quod iiîius débet pro infinitis satisfieri qui idem omnes debeant ».
On invoque sans doute la dignité de sa personne: mais cette considération est hors de propos dans le cas de la justice vindicative, qui ne peut être satisfaite que par l'équivalent quantitatif de la peine. Du moins faudrait-il quelque proportion entre les souf-
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Iraïuîos du suhsIiluL ol ((îIIcîs des coupables; or, tandis (|iio nous nuTilions un cliAtimont (Herud, riotrr Sauveur a soulTcrl moins une peine j)ropreinent dite (pTune epriMive suivie des plus nia^nilicpies récompenses. Qu'on ne recoure pas davanta^'-e à la vertu de sa divinité; caria satisfaction devait être humaine et J)ieu ne saurait se payer lui-même. I)(î même, 1(^ ('lirist n'a pu satisfaire à notre place par son olx'issance active, pour cette raison cpi'il était lui-même soumis à la loi; ici d'ailleurs, comme dans le cas précédent, tout au plus aurait-il pu satisfaire pour un d'entre nous, mais jamais pour tous les hommes.
Il résulte de ces diverses raisons que la satisfaction stricte ne saurait être fournie que par chacun des coupables en proportion de sa faute. C'est précisément le titre que Socin donne à son chapitre : <( nullo modo iustitiae dwinac sahis Jiobis pro pcccatis nostf'/s sa lis fie ri potuisse, ne ab ipso Christo ijaideni ' ».
Ailleurs, Socin attaque la doctrine de la satisfaction dans une des conséquences essentielles qu'elle entraîne pour la dogmatique orthodoxe : savoir la justification par la simple imputation extrinsèque des satisfactions du Sauveur. Dénuée de fondement scripturaire, cette conception lui paraît, au surplus, peu rationnelle : si le Christ a payé toutes nos dettes d'une manière objective et absolument adéquate, à quoi bon imaginer encore cette procédure d'imputation? Prise dans toute sa rigueur, cette doctrine est surtout désavouée par la conscience morale ; car elle aboutit à dire que nous sommes justifiés, c'est-
1. Prael. theoL, 18, p. 570. Cf. De Christo servatore, iir, 3 : « Nobis non pereuntibus divinae iustitiae pro peccatis nostris nnllo modo satislieri posse. « Les trois chapitres suivants (cli. 3-6, t. n, p.- i9o--20()i sont employés à démontrer la thèse, qui dans les Praelcctiones est résumée eu quelques pages (t. T, p. 570-573).
à-dire agréables à Dieu, sans la sainteté réelle. Or, comme il est certain que nous devons reproduire la sainteté dont Jésus est le principe, il s'ensuit également que le Christ n'a pas satisfait à notre place '.
Cependant les orthodoxes invoquent à l'appui de leur doctrine nombre de textes scripturaires. Erreur et méprise complète, au dire de Socin, qui déploie à ruiner le fondement biblique de la satisfaction la même ardeur quil a mise à en montrer l'inconsistance rationnelle. Pour cela, il ramène à quatre grandes catégories les textes cités et, par une exégèse subtile qui saisit les ensembles sans négliger les détails, il s'applique à leur restituer leur véritable sens, dénaturé par les partisans de la satisfaction^.
La première classe comprend les passages où il est parlé d'une rançon payée ou d'un rachat opéré par le Christ. Ce sont là des termes métaphoriques qui ne sauraient exprimer à la lettre l'œuvre de notre salut; on n'en peut retenir que l'idée générale de délivrance. Le Christ est dit notre Rédempteur parce qu'il nous arrache à la chaîne du péché, tout comme Moïse arracha son peuple au joug du Pharaon. Et lorsqu'il est écrit que son sang est le prix de notre salut, c'est encore une figure, à moins que l'on ne veuille dire que ce sang précieux a été remis au démon qui nous retenait captifs^.
En second lieu, Socin examine les textes où il est dit que le Christ est mort à cause de nos péchés, qu'il a été livré et mis à mort pour nous. Par où il faut