‹ Le dogme de la RédemptionChapitre 85 sur 183 · Ar.M.i.vni).. Hiji^i. \ : P. L., CLXXVUI, col · texte numérisé non relu

Ar.M.i.vni).. Hiji^i. \ : P. L., CLXXVUI, col

MUIITS IM NnSJIiHK. 331

injure», il oiivrr h; preinitîr les voitîK à un ac(V)inniodement, il soutirnt mon corj)s tlcchissant sous \r. poids de ma croix. (^Miand il va, pour .linsi dire», au delà de ses forces, afin (rrtrndrc sa charité au |)lus ^^rand nombre j)ossil)!(\ il soulage mrs memhres douloureus(»m(înt <Hendus sui' rarhrc de la croix. Si, j)our prcvenir un péché, il hravc hvs licini^s et les reproches, il se montre reconnaissant de la mort (jue j'ai soulVerte ])Our le salut des homin(\s. (,)uand il répond avec humilité aux reproches qu'on lui adresse, il semble, en (pielquc^ sorte, me descendre de la croix. Vax préférant son prochain à hn'méme, ou le jugc^int plus digne que lui des honnc^urs et des biens, il rend honnnage à ma sépulture'.

Voilà quelques ni)ert^'us et (|uelques textes entre bien d'autres sur la portée morale de la Passion du Christ, (les considérations et toutes autres qu'il serait facile à chacun de développer sont, en tout cas, la conséquence de la doctrine catholique. 11 ne faudrait pas laisser s'accréditer la légende qu'elles sont étrangères à notre théologie, sous le prétexte que celle-ci, retenue par le coté spéculatif du problème, porte de préférence son attention sur de plus contestées.

Kn plus de cette influence plutôt extérieure, la mort du Christ en exerce une plus intime et plus profonde sur qui la considère, à la lumière de la foi, comme la réparation de nos péchés. C'est ici l'aspect propre au dogme catholique et il n'en est pas. si on

i. cité dans W. KAP.tu. Tout pour Jésus, trad. F. de BruMiAnoT, Paris, 1910. p. loi. Parmi les opuscules modernes qui développent ce thème moral, voir Monsahri:, LUme de Jésu.s dans sa passion, Paris, 1903.

sait bien le comprendre, qui fasse mieux ressortir le caractère bienfaisant du mystère.

Il faut seulement supposer pour cela une âme qui a le sentiment de sonpéchô. Pour superficiel que soit le commun des bommes. il en est encore heureusement, par la grâce de Dieu et pour l'honneur de l'humanité, un certain nombre, au moins dans le christianisme, qui ont assez l'amour de Dieu pour comprendre qu'il n'est pas de plus grand mal que de l'avoir offensé et de responsabilité plus redoutable que d'avoir encouru sa justice. Tandis que la foule des inconscients (f boit l'iniquité comme leau :», suivant l'énergique parole de l'Ecriture, l'élite des âmes délicates pourrait s'approprier le mot du Psalmiste : « Pcc^ catum meum contra me est semper ». Entre ces deux extrêmes se trouve la moyenne des hommes ordinaires, que vient effleurer par moments l'inquiétude de leur destinée, dont par exemple la perspective d'une sanction vient réveiller la conscience endormie, cependant que cet optimisme instinctif des âmes médiocres ne parvient pas toujours à les rassurer sur les suites de leurs fautes.

Dans tous les cas, un seul remède s oiïre au pécheur : repentir et réparation. Ce que le cœur sent comme par intuition, la raison le développe et le justifie : nous avons établi plus haut le bien-fondé et analysé les conditions de ce que l'on pourrait appeler la pénitence naturelle. Telle serait, sans l'Incarnation, la situation de l'humanité au point de vue spirituel, et c'est là que l'on peut mesurer comme d'expérience le surplus que l'œuvre rédemptrice du Christ vient apporter à l'âme religieuse.

Nous lui devons d'abord de nouvelles lumières sur le péché. Elles se dégagent assurément des enseignementset des exemples de sa vie sainte; mais n'est-il pas vrai que, plus que tout, la prédication

imicltc (l<î \ii croix ikhis rrvùlc la natuir < t |;i j^ravité du mal iiioraly (les douleurs qui l>risr;nt hou corps, ces angoisses (|ui <léehirout sou Auie, depuis la uuit souihrc de I a<;-o?nc juscpi^au calvaire, toul cola c'est l^euvir du pcclic, [d'uvrc de liiuniaiue maliee, uolre uuivre par cousc(|ucnt. « rraditiis est propter dc/irfd noslia -, disait saint Paul [Ham., VIII, 24), faisant ccho à la «grande [)arole d'Isaïe : « I uhiet'ddis est proptcr itu(jniiiitcs nosti'ns^ ait.f itiis est propfcr scc/cni nostia,.. : Doniinus posnit in co iuiquitalcni onim'iini nasiriirn >» (Isaïe. lui, 5-G). Dans une de ses hymnes, ri\<rlisc nous fait clianteiencore :

('Ulpis satae mortaliuin

T(\ ('hrist(\ s{)inac vulncrant "...

C'est pourquoi, dans la pédagogie catiiolique, il nest pas de moyen ])lus elïicace de conversion et de repentance que la prédication de la croix.

Un rationaliste nous suivrait sans doute jusque-là. Aussi bien ne sommes-nous encore qu'à la surface du mystère; car, en môme temps qu'une source dc^ lumière, la croix est une force de relèvement, une garantie de pardon. C'est l'espoir et le besoin de l'àme repentante.

Quando culpis provocamus

Ultionem iudicis.

Tune loquentis protegamur

Sanguinis praesentia -.

La révélation nous assure que cette espérance n'est pas frustrée, u Jésus, enseigne saint Paul, nous délivre de la colère à venir » / Thess., i, 101. « Dieu

1. office de la sainte couronne d'épines, hymne des Vêpres. ^. Oftice du précieux sang, hymne des Matines.

.{34 EXPLlTATlOiN CATHOLIQUE DU MYSTÈRE.

prouve son amour envers nous en ce que, lorsque nous étions encore pécheurs, le Christ est mort pour nous. A plus forte raison, maintenant que nous sommes justifiés dans son sang, serons-nous sauvés par lui de la colère » Rom., v, 8-9). « Du moment que Dieu n'a pas épargné son propre Fils, mais la livré pour nous, comment avec lui ne nous donnerat-il pas aussi toutes choses y Qui s'élèvera contre k^s élus du Seigneur?... Le Christ Jésus est mort et, plus encore, il est ressuscité ; c'est lui qui siège à la droite de Dieu afin d'intercéder pour nous » ibid.y VIII, 32-34 . « Nous sommes justifiés généreusement par sa grâce, au moyen de la rédemption qui est dans le Christ Jésus » [ibid.y m, 24).

Voilà pourquoi « il n'y a plus de condamnation pour ceux qui sont dans le Christ Jésus » {ibid.y viii. 1) ; il leur a rendu l'accès libre et confiant auprès du Père {Eph.f ii, 18, et m, 12). « x\pprochons-nous donc avec assurance du trône de la grâce afin d'obtenir miséricorde » [Hebr,, iv, 16). Car « le Christ, parce qu'il demeure éternellement, possède un sacerdoce sans fin. Par suite, il peut sauver à jamais ceux qui par lui s'approchent de Dieu, étant toujours vivant pour plaider leur cause » [ibid.y vu, 24-25. Cl", x. 19-23).

Toutes les âmes chrétiennes ont ressenti et traduit à leur façon cette confiance que les mérites du Christ Sauveur inspirent à notre misère. A titre d'exemple, on nous permettra de citer quelques fragments d'une méditation (le saint Anselme.

Lors([ue je prends garde aux fautes que j'ai commises et que je pense aux peines que je dois subir en conséquence, je suis saisi d une immense crainte. Aussi, l'âme -inxieuse et coiume assuré de ma ])erte, je cherche linéique part un i)eu do consolation. Mais, hélas! je n*«'ii trouvp point, ('ai- ce» n'est pas seulement mon <Téateur

iHDirs DU MvsTKiu:. 3ar»

o'osilii création tout rnliri'»'<jiicjr suisKÙr d'avoir oll'rnMée. Mon rrôatour (Iimh" avec toutrs s(î8 riTaturcîK, oiïensr par iiirs j)ô(îlios, iiio coïKliiiniio : ma i-onscicncc charger tl'»ruvri\s mauvaises nraccusc (Ir toutes jiarts. Donc pas <lr consolation, ni aucun moyen d'en trouver. Que l'aire? Oii ino touiMKU* dans cette détr(\sse, au milieu de la malice dr mes pùchéscjui m'envii'onn(^?Si je v(M1x uhî retourner vers celui ([ui lit mon .imc droite et supplier sa bonté de me faire miséricorde, j'ai li«'U de cr.iindrtî <jue C(îtte audace n'émeuve plutôt sa colère et ne le «léterminc à se venger de tous les crim(»s <|ue j'ai accîumulés contre son amour. Quoi donc? Demeurerai-je dans cette sorte de désespoir, s.nis conseil, snns assistance? Mon créateur cependant me laisse» vivre encore et il continue à m'accorder tous les biens nécessaires pour ccda. Connue j'en fais l'expérience, mes ])écbés ne i)euvent vaincre son amour...

.l'ai appris, et c'est la vérité, qu'il t^st une source dr jniséricord(\ qui a jailli ave<- ji» commencement du monde et ne C(^ss(* de couler (Micore. Il fut exti'èmement miséricordieux et bon à Téiiartl de notre j)r(îmier père Adam... Dans la suite, il envoya les patriarches et les prophètes... Mais, comuK^ ni les c;)nseils ni les épreuves n'arrivaient à les convertir, sa bonté ne put se contenir davantai^e. Quittant le sein du Pèr(\ il prit une Inimanité véritable, avec toute les api)arences d'un ])écheur, et se mit à. les inviter doucemcMit à la pénitence... 11 était venu pour leur salut, pour les arracher au désespoir... Aussi les pécheurs, témoins de cette bonté, se précipitaient à Tenvi à la fontaine de miséricorde pour s'y laver de leurs péchés.

Kntin, l'heure venue de souffrir pour la rédemption des pécheurs,... il se laissa crucitier, et jusque sur la croix il priait son Père pour ses bourreaux... Quel est le cœur si dur, le cœur de pierre, qui ne se laisserait attendrir par tant d'amour?... Donc que le pécheur ne désespère pas, quand même son àme se serait prostituée à de nombreux amants ; car cette source de miséricorde et de bonté qu'est Jésus-Christ n'est épuisée par aucune faute ni souillée par aucun crime; mais toujours abondante et i^ure. elle est prét(^ à rectnoir les malades qui viennent

:u\G EXPLTCATIOIN CATIIOLIQIE DU MYSTERE.

vers elle et à les laver de leurs souillures. Pour que tous es pécheurs fussent assurés de leur pardon, s'ils ont soin de renoncer à leurs péchés et d'en faire pénitence^ à raison de son amour pour nous il a livré son corps à la croix. De la sorte, ceux qui étaient morts par le péché et ne pouvaient revenir à la vie qu'au prix de son sang ne doivent plus désespérer à la vue de la rançon qui a été donnée pour leurs fautes...

Souffrez donc, ù Seigneur Jésus, que je regarde votre amour ineffable et que je chante vos miséricordes... Lorsque j'envisage mes fautes, si vous voulez me juger suivant mon mérite, je me sens perdu; mais lorsque je considère la mort que vous avez soufferte pour le salut des pécheurs, je me reprends à l'espérance.. . Je vous vois mourir pour notre rédemption, vos mains et vos pieds percés de clous, votre côté ouvert par la lance : comment pourrais-je désespérer? Il n'y a qu une chose que vous réclamez, sans laquelle aucun pécheur ne se sauve : c'est que nous ayons le repentir de nos fautes et que nous prenions soin de les réparer dans la mesure du possible. Dans ces conditions, nous n'avons rien à craindre^.

Un poète, d'ailleurs obscur, de notre xvii^ siècle exprimait de semblables sentiments dans un sonnet qui jouit à son époque d un certain succès. Nous le reproduisons ici, moins à cause de son mérite littéraire, que pour le sens chrétien qui s'y traduit avec bonheur sous la pompe conventionnelle des images.

Grand Dieu, tes jugements sont remplis d'équité ; Tu prends toujours plaisir à nous être propice. Mais j'ai tant fait de mal que jamais ta bonté Ne me pardonnera sans blesser ta justice.

Oui, Seigneur, la grandeur de mon impiété

Ne laisse à ton pouvoir qu(^ \r choix du supplice,

Ta justice s'oppose à ma félicité

Kt ta clémence même attend que je périsse.

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