Ibid,, qu. 49, art. 4, ad 1"'" et ad
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32<; l'XPLICAïION CATHOLIQUE DU MYSTÈRE.
Parce qu'elle est un acte éminemment moral, la mort de Jésus-Christ notre Sauveur devient tout d'abord une source féconde de la plus haute moralité.
« Exeinpla trahunî », dit le proverbe; et à quel moment de sa vie le Christ nous a-t-il donné une plus parfaite leçon de vertu, une plus saisissante manifestation de son esprit? « Il n'y a pas, disait-iL de plus grande preuve d'amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime » (Jean, xv, 13i ; il n'y a pas non plus de meilleur moyen pour conquérir leur cœur. Si égoïste que soit notre nature, quelque chose en elle est encore sensible à la salutaire contagion du sacrifice et la vue de l'héroïsme suscite dans le plus médiocre d'entre nous un élan au moins momentané d'émulation. C'est pourquoi l'exemple du FiJs de Dieu, tidèle et dévoué jusqu'à la mort, patient devant les injures et doux comme l'agneau, soumis en tout à la volonté du Père jusqu'à la plus cruelle immolation, fut toujours le ferment le plus actif de vie chrétienne.
D'ordinaire, les écrivains rationalistes revendiquent une sorte de monopole sur ces considérations morales, par où ils pallient la pauvreté de leur dogmatique. Et, de fait, nos théologiens laissent le plus souvent aux prédicateurs ou aux mystiques le soin de faire valoir ces conséquences pratiques de notre foi. Jl n'est pas douteux cependant qu'elles n'appartiennent à la doctrine la plus traditionnelle, où elles ont leur point d'attache et leur plus sûr fondement.
Si nous écoutons les premiers témoins du christianisme, nous recueillons sur leurs lèvres des déclarations significatives et d'un accent incomparable.
MU ITS DIT MYSTIJIK Tr
l.r Clirist a soulloil jxMir vous, érrit siiiiit V'wvvr aux clirtUions jXTsrcuU's, vous laissant nu oxeriiplr qui vous invilr à uiarclMM* sur ses traces. Il n'a pas conriuiis de |)ÛcIkî et le ineusonj^tî n'a pas rte trouva* tlans sa houehe. Maudit, il nr niaudissîiil pas; souffrant, il lie MKHiaçait pas; mais il sahandonnait a celui (jui jiii;(* selon la justice. Il a porté nos pecliés dans son corps sur la croix, afin (puî, morts au péché, nous vivions pour la justice » / l\'fr., ii, 21-2^» . Saint l*aul voit dans le mystère du (lalvaire la plus i^rande preuve de Tamour divin {/{o//f., v. 8, (!t mii, ^2 et il invite ses lilèles ii une semblable abnégation : « La charité du Christ nous presse... Car le Christ est mort pour tous, afin qu(^ ceux qui vivent ne vivent plus désormais pour eux-mêmes, mais |)our celui-là qui est mort et ressuscité pour eux >» // Cor. y V, 14-15). De ce mysticisme l'Apotre luimême est le vivant exemple : « Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi; si je vis encore dans la chair, je vis dans la foi du Fils de Dieu, qui m'a aimé et s'est livré pour moi » i^aJ., ii, 20 .
La première et principale marque de cette vir sainte, c'est de ne plus commettre le péché. « Marchez dans la crainte durant les jours de votre exil, dit saint Pierre, sachant que vous n'avez pas été rachetés à prix d'or ou d'argent, matières corruptibles, mais par le sang précieux de l'agneau sans tache qui est le Christ » [Il Petr., i, 17-19. Cf. iv. 1-2 . On connaît la belle doctrine de saint Paul sur la vie chrétienne. De même que le Christ est mort et ressuscité pour toujours, le chrétien, qui est mort avec le Christ par le baptême, doit vivre avec lui d'une vie toute nouvelle, exempte dépêché Rotn.^w, 1-11 . La souillure de la chair est particulièrement déplacée dans une àme rachetée à si grands frais I Cor., vi, 20 . Partout le chrétien doit u porter la mortitication de Jésus »
328 l:\plication catholique du mystkue.
[Il Cor. y IV, 10^, de manière à faire de son corps « une hostie vivante, sainte, agréable à Dieu » \Roni,y XII, 1 .
Mais l'amour de Jésus doit aussi nous exciter à l'amour de nos frères. « Prenez garde, disait saint Paul, de ne pas scandaliser par votre nourriture celui pour qui lo Christ est mort » Roni,^ xiv, 15 . (( Au lieu de se rechercher soi-même, il faut que chacun de nous recherche son prochain pour son bien et son édification » à l'exemple du Christ [Rom. y xv, 1-3 . Mais c'est encore saint Jean, l'apôtre de l'amour, qui a dit à cet égard les paroles définitives : <( Nous avons expérimenté son amour en ce qu'il a livré son âme pour nous ; à notre tour, nous devons livrer nos âmes pour nos frères ^> I loaii.y m, 16). « Ce qui a manifesté l'amour de Dieu pour nous, c'est qu'il a envoyé son Fils unique dans le monde afin que nous vivions par lui. En quoi apparaît sa tendresse : ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu, c'est lui qui nous a aimés jusqu'à envoyer son Fils pour l'expiation de nos péchés. Mes très chers, du moment que Dieu nous a aimés de la sorte, nous devons nous aussi nous aimer les uns les autres >) [ibid,, IV, 9-11).
Voilà pourquoi, au point de vue du salut individuel, le chrétien se félicite, suivant l'invitation de saint Pierre, u de participer aux souffrances du Christ » (/ Peu. y IV, 13 . Mais il sait aussi que ses sacrifices ont une utilité générale, et chacun peut dire avec saint Paul : « Je me réjouis d'avoir à souffrir pour vous et j'achève dans ma chair ce qui manque aux souffrances du Christ pour son corps qui est l'Eglise » [Col. y I, 24).
A la piété chrétienne de tous les âges la pensée de la I^assion a inspiré de semblables sentiments. Il serait facile d'en multiplier les preuves, qu'on peut
Munrs iM MVMKiu: r»
trouver à soulmil «laiis les livres d'jiscélisnie; nous citc^roiis seulrmcnl ec |);iss;ip;'(* prn connu d'une lettre d Abt'lard h II chu se.
Mst-ee (ju'il ne t'invite j)as aux larmes et an repentir, l. ImIs {[r Dieu innoecnt, (jni, ponr toi rt pour nous tous, lut arrrtr par les nirchants. Im»u.scuI<'', llagellé, railU'î, sDUi'flett', couvert de crachats, couronné d'«'pincs, et enfin suspendu entre deux larrons sur h» Lribet ignominieux de la croix, pour y subir la mort la |)lns horrible et la plus honteuse? l.v voilà, ma sœur, ton véritable époux et celui (le toute ri']glis(^; ne cesse pas de te le remettre devant les yeux, de le porter devant ton cœur. \ ois-le sortant atin d'être crucifié pour toi et portant sa croix lui-même. Sois du peuple tidéle et (i(vs femmes qui gémissaient et pleuraient sur lui...
Il souIVre volontairement pour te racheter : offre- lui ta compassion; il est crucifié {)0ur toi : remplis ton connde componction... Avec les saintes femmes, prépare des parfums pour sa sépulture, mais de spirituels, bien autrement meilleurs que les corporels : ce sont les seuls ([u'il réclame... Lui-même invite ses fidèles à cette compassion et componction, lorsqu'il dit par Jérémie : 0 vous qui pas,<('z sur le chrmhi, voyi':. s'il e^i unr douleur st^mblablc à l(f mienne; c'est-à-dire si aucun patient mérite une semblable compassion, puisque moi qui étais seul sans péché je porte le poids des pécliés dautrui. Il est la voie qui mène les fidèles de Texil à la patrie: de la croix où il crie de la sorte il nous fait une échelle à cette fin. C'est là que le Fils de Dieu a été mis à mort pour toi, qu'il s'est offert parce qu'il l'a voulu. Avec lui souffre et com patis; réalise ce que Zacharie prédisait des âmes dévotes : On le pleurera comnif on pleure un fils unique^ on s'affligera comme à la mort d'un premier-né. Vois, ma sœur, quel est le deuil de ceux qui aiment le roi à la mort de son fils uni([ue ou premier-né. Considère la dou leur de la famille, la tristesse de la cour, et, lorsque tu seras parvenue à l'épouse du mort, tu ne pourras sup porter ses hurlements douloureux. Que cette douleur soit la tienne, 6 ma sœur, que ces i^émissements soient
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les tiens, ô toi qui as contracté avec ce divin époux un si heureux mariage. 11 t'a achetée, non pas avec ses biens, mais avec sa personne : c'est avec son propre sang qu'il t'a achetée et raclietée. Vois donc quels droits il a sur ton cœur et considère combien tu es précieuse à ses yeux... Tu es plus grande que le ciel, plus grande que le monde, toi dont le créateur même du monde est devenu la rançon. Qu'a-t-il donc vu en toi, lui qui n'a besoin de rien, pour que le désir de te posséder lui ait fait affronter les combats d'une mort si cruelle et si honteuse? Que cherche-t-il en toi, si ce n'est toi-même? C'est l'ami véritable qui désire ton âme et non tes biens; l'ami véritable qui, à la veille de mourir pour toi, disait : // n'y a pas de plus grand amour que de mourir pour ceux qv'on aime ' .
Saint Bernard lui-même a-t-il jamais parlé plus touchant langage? Ce qui prouve que le déficit de sa théologie n'empêchait pas* chez Abélard, la vigueur du sens chrétien. Que si Ton veut apprécier cependant comment ce mysticisme se traduit en œuvres effectives, il n'est besoin que de relire cette page des révélations que sainte Gertrude reçut de Notre-Seigneur.
Quand un homme poursuit les intérêts d'un autre de préférence aux siens, il me dédommage de la captivité que j'ai soufferte le matin de ma Passion, quand je fus pris, garrotté et cruellement tourmenté pour le salut du monde. Quand il se reconnaît humblement coupable de quelque faute, il me console du jugement que jo subis au point du jour, quand je fus accusé par de faux témoins et condamné à mort. Quand il refuse à ses sens les jouissances qu'ils demandent, il me dédommage de la flagellation que je souffris vers la troisième heure. En obéissant à un supérieur rigoureux, il adoucit les douleurs de ma couronne d'épines. Quand, après avoir essuyé une