‹ Le dogme de la RédemptionChapitre 87 sur 183 · Ansfim.. Oratio II: P. L., CIAHI.ccl. StU-SlKi · texte numérisé non relu

Ansfim.. Oratio II: P. L., CIAHI.ccl. StU-SlKi

Bien entendu, cette économie providentielle du pardon requiert notre libre concours. Seul le pécheur peut et doit se repentir, et, si sa contrition est sincère, elle se traduira par un commencement de satisfaction. La Passion du Christ, comme dit sainl Tliomas, nous a obtenu la rémission de nos péchés à la façon d'une cause générale; mais encore est-il nécessaire que chacun s'en fasse à lui-même l'application. C'est le rôle de la foi, qui doit devenir le principe d'œuvres effectives ^

Ainsi le pécheur n'est dispensé de rien : au Dieu ({u'il a offensé il doit offrir tout ce que son amour lui suggère de réparations. Mais il a la certitude, quand il a fait son possible, qu'à ses œuvres personnelles toujours déficientes s'ajoutent les mérites miinis de notre Sauveur-. Et c'est ici qu'apparaît dans toute sa splendeur l'efficacité dernière de la Rédemption. Non seulement le Christ a satisfait à Dieu pour nous; mais il nous a rendus capables de satisfaire à notre tour. Entre lui et nous, comme entre les membres d'une même famille, tout est commun. C est-à-dire que, du dehors, si l'on peut ainsi dire, nous pouvons présenter à Dieu ses mérites comme une caution puissante pour nos péchés; et c'est ce qui fait, quel que soit le déficit de sa conduite personnelle, l'humble sécurité du chrétien. Plus encore, son esprit et sa vie deviennent les n('>tres; par une mystérieuse solidarité qui va jusqu'à l'identification, le Christ agit en nous et par nous, restituant devant Dieu sa valeur à notre àme régé-

1. Xnm. Ih., pars 3', qu. '<!), ml. I. < Ut sic passio Chrisli nobis applicetur, ikui soliim <]uaiitnm aJ iiitcUectum, sed eliain quantum ad etfectum. » Ifnd.. ad o'"".

-2. Sum. tli.^ Suppleni., qu. l.i, art. 4. Voir une très belle et pieuse application dans liossi ft, Ré/Je.vions sur Varjonie de Jcsus-t'lirlsl. (l'Jnvrrs rotitpli'trs. nesan( on, 183<), t. ili, p. :i;iî)-5'é3.

I iiurrs DU .MVsriRi:. m

iiéréo, la nîiidaiit ia|)al)l<' i\i' piMnluirc a noiivoau <les fruits (le salul sous la lonnr «rdMivrcs mrritoin's ol satisfactnirrs.

Devant CCS lurrvciilcs de 1 oidrr surnalurtd ainsi rclahli, on comprend (|U(' Tl^^lisc |)nisse s'écrier dans un saint cntlionsiasnic : « () /?l(.i cu1j}ti quar td/ent ac tiinluDi nn'nift Inihrrr Uodrni pturcfn

Il laul ajouter. |h)nr n'èlrc {)as trop incouiplet. que TuMiYrc rcdcniptricc du Christ ne se l)orn(; pas au cadre de la conscience indivi<luelle; par la fondation de rilglise, elle atteint Tordre social.

Qu'est-ce, en elfet, (jue TT^glise au regard delà foi, si ce n'est, dans toute la force du terme, le peuple de Dieu? C'est-à-dire rassemblée des saints: llsraël nouveau selon l'esprit, héritier des privilèges de Tancien: la famille des enfants de Dieu, qui en Jésus- Christ ont reçu la faveur de ladoption et le di^n de l'Esprit; le peuple chéri sur lequel Dieu ne cesse de jeter des regards de complaisance. En plus de cel aspect qu'on peut dire statique, l'Eglise est l'oracle de la vérité et la source delà vie spirituelle, un foyer toujours actif de vertus et une vaste puissance de sanctification, par où Dieu continue son œuvre dans le monde des âmes. C'est dans ce but que « le Christ s'est acquis son Église au prix de son sang » {Aci., \x, 28) ; car u il s'est livré pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité, et de se donner un peuple de choix, pur et fécond en bonnes œuvres ) (Tit,^ II, 14 .

Pour exprimer cette réalité si chère à sa foi. saint Paul a multiplié les images. Réconciliés en un seul peuple par le sang du Christ et rapprochés de Dieu.

les chrétiens lui apparaissent comme (( un édifice bâti sur le fondement des Apôtres et des Prophètes, dont le Christ lui-même forme la pierre angulaire. Sur lui s'appuie toute la construction, qui s'élève de manière à former un temple saint dans le Seigneur » [Eph.^ II, 20-21). Encore cette comparaison est-elle insuffisante à rendre le lien organique qui unit le Christ à ses fidèles; il faut prendre des exemples empruntés à la vie.

Dans le quatrième Evangile. Jésus-Christ se compare à un tronc de vigne dont ses disciples sont les sarments (Jean. xv. 1 et 5). Plus hardi, saint Paul voit dans l'Eglise le corps mystique du Christ, c'està-dire un organisme spirituel, qui tire de lui, comme notre corps de la tête, le principe de sa cohésion, de son activité, do sa croissance [Eph.^ iv, 15-16 . Un peu plus loin, l'Eglise est Tépouse du Christ : « Il l'a aimée et s'est livré pour elle, afin de la sanctifier et purifier dans le bain de vie, pour s'offrir à luimême une Eglise brillante, n'ayant ni tache ni ride, ni rien de semblaljle, mais sainte et sans souillure » [ibid.y V, 25-27). On ne dépasserait pas la portée de l'allégorie en ajoutant que l'épouse ainsi aimée doit achever son œuvre en donnant à son céleste époux des enfants nombreux et saints.

L'Ecriture nous fournit encore une analogie d'ordre liturgique: et nulle peut-être n'exprime mieux ce caractère à la fois mystique et pratique de société sainte qui appartient à l'Eglise. En voici l'esquisse dans l'Apocalypse : « Le Christ nous aime et nous a délivrés de nos péchés dans son sang; il a fait de nous un royaume, des prêtres pour Dieu son Père » [Apoc.y i, 5-0). (]ette idée convenait tout à fait aux lecteurs juifs del'l^^pître aux Hébreux. « Jésus a souffert en dehors de la porte pour sanctifier le peuple par son propre sang... Par lui donc offrons à Dieu

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s;ins coss(î un sud'ilnM' (hî loiunij^e, c est à-tJire le rriiil (le Irvrcs (pii ('onfcsscuit son îiom. I'!t n'oublioz pas de. l'aire .iuIimu' de vous l«» l»irn avrr ^r'nérositp : Dieu S(» (•omj)laîl dans dr Iris snrriliros » lllchr , Mil, 12-I(V.

Mais r'rsl à saint IMnrc (jiic noii^ (lcv(»ns ce d('»velopprrncnt (dassicpn : ■ A[)pi«»clM'zvous de cotte pierre vivante ipiest le Sei^rn'iir, écartée par les lumimes, mais choisie par Dieu. Comme des pierres \ivantes, à votre toui- lixez-Nous sur lui, pour que se bâtisse un édiliee spirituel en vue d'un sacerdoce >ainl, destiné à immoler d(»s victimes spirituelles, ag'réahles à Dieu par Jésus-Clhrist... Vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple di' choix, pour annoncei* les vertus de celui (pii vous appela des ténèbres à son admirable lumière » [I Petr., ii, 4-5 et \)].

Tel est le but poursuivi j)ar Dieu; tel est le résultat obtenu parfaitement, dans Tensemble, grâce à l'esprit toujours agissant de Notre-Seigneur Jésus- Christ. Mais, parla même qu'elle est sainte, TKglise devient une société sanctifiante. Ce n'est pas dans de vains sentiments ((u'elle cherche la gloire et le service de Dieu, mais dans la réalité des œuvres : dans la prédication de TKvangile, dans l'abnégation et la charité, dans la pratique de toutes les vertus.

En plus de cette inlluence extérieure sur les hommes , et sans oublier l'action intime de la grâce, Dieu a enrichi son Eglise de moyens spéciaux de sanctification par lui assurés d'un infaillible succès : savoir les sacrements. Par eux la vie surnaturelle est créée, développée, rétablie dans les âmes; par eux comme par autant de canaux, nous arrive cette « eau de la vie éternelle )^ dont les mérites du Christ sont l'intarissable source. Toute àme chrétienne peut ainsi devenir, suivant la parole du Psalmiste, c< comme un

ar])re planté près d'un courant d'eau, qui donne son fruit en sa saison et dont le i'euillage ne se flétrit point » [Ps. T, 3). Aussi l'Eglise, qui tout à la fois contient et produit ces plants précieux, forme-t-elle poui* son divin maître un vrai jardin de délices. Par la vertu du sang du Christ, la terre morale, qui fui maudite au jour de la chute non moins que la terre physique, a retrouvé la surnaturelle fécondité qui n'a pas été rendue à celle-ci.

Si donc Ton voulait avoir un aperçu complet de la Rédemption, il faudrait réunir en un faisceau toutes les prières, vertus et bonnes œuvres qui se sont épanouies dans l'Eglise comme autant de fleurs célestes, toutes celles aussi que le rayonnement visible ou invisible du soleil évangélique a suscitées même en terre infldèle '. Plus que cela, il faudrait remonter jusqu'aux origines de Thumanité; car toutes les grâces que Dieu accordait aux croyants de l'Ancien Testament et aux peuples païens étaient une application anticipée de l'œuvre rédemptrice. Dans l'ordre du bien comme dans l'ordre du vrai, tout est dû au Fils de Dieu : véritablement, < il n'est pas d'autre nom sur la terre qui soit donné aux ]iommes pour être sauvés » [Act.^ iv. 12). Toutes choses ont été faites en lui [CoL, i, 16) ; en lui également toutes ont été restaurées [Eph.j i, 10).

C'est de (luoi l'I^glise. consciente de ce mystère d'amour, ne cesse d'offrir à Dieu sa reconnaissance. Or il se trouve que sa plus solennelle action de grâces, l'acte suprême où s'expriment tous ses devoirs et tous ses besoins, n'est autre que le sacrifice du Calvaire reproduit sur l'autel eucharistique. Entre les mains de l'Eglise. Jésus-Christ renouveUe

1 Voii- .1. V. Uainnki, /Aurs de l'Eglise pas de salut », Paris, lîH.'i. '.. (Ai'F.r.vN, Lr salut des in/idrles. Es:soi historique^ et du même. Essai tfféologi(/ue, Paris. lîM-2.

son iiiiKjiit* ollraiiilr jxnii* l.i j^l«)irr<ir |)iru d !<• iMrn (le nos aines : « hhfisurn (jnod scinr/ in ci'nci' ptfr/erit non cessât minihiUtor npcrari^ ipse ofjrretts et ipno. ohlaiio. >' Aussi sera-(îe encore à la litnrf^ie de la Messe (jiic ïKMis (Mnpnniirpons la foriniilr i\\\\ nous paraît liî mieux synlhétiscîr la porltîu de Tceuvrc vv- (leniptrice consommée au (lalvaire : « Pcripsiun^ et ru ni ipso, et in ipso, est lihi, />er> l*<ifri ofnnipotmti, in unitato Spirift/s Sa m//, o/n/u's Inuior rt t^lorin . » Si Ton se rap|)elle (pie la mission essentielle de riiumanilt' etail de réaliser la plus grande gloire de Dieu, mais cpie la déeht'ance orif^inelle, suivie d'inn(unl)ral)l(*s l'anles. élai( sui'venue comme un invincibli* obstacle, on peut apj)r<';cier toute la grandeur et la portiMî de IVvuvre rédemptrice, telle que l'entend la doctrine catholi(|ue, puiscpfelle a précisément pour but (^t pour résultat de détruire l'obstacle et par là de rétablir le genre humain dans sa lin pmvidentielle.

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