‹ Le dogme de la RédemptionChapitre 88 sur 183 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

HAISON d'ÊTHL du MYSTERE,

Il ne suffit pas à notre esprit de constater les faits, s'il n'en perçoit en même temps la raison d'être. Ce même besoin, qui, dans Tordre profane, a donné naissance à toutes les recherches scientifiques et philosophiques, explique et justifie, s'il en était besoin, les respectueuses curiosités du théologien en présence des réalités sublimes que lui fournit la foi. Lui aussi, il veut — ou voudrait — scire per causas. Après avoir recueilli le dogme dans la tradition divine et l'enseignement de l'Kglise, après l'avoir analysé de son mieux, il éprouve le désir de le rattacher au reste des vérités connues, de l'encadrer, en un mot, dans l'ensemble de ce vaste système qu'est le monde surnaturel. 11 est a priori puissamment sollicité à cet effort de synthèse par la sincérité même de sa foi. Un croyant ne saurait douter que la révélation ne réponde à un plan d'admirable sagesse. Dès lors, etquoi qu'il en soit de certaines spéculations intempestives ou immodérées, ne faut-il point admettre que nos mystères obéissent à une logique supérieure, dont nous sommes autorisés, pour ne pas dire invités, à rechercher la trace?

C'est pourquoi les théologiens catholiques ont en-

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lro|)ris d'r\|)l(»r<'r \r « |Mmi<|ii()i .. ;mssi hirn (|u«* h; <( ooiintHMit » (le la h<'Ml('rn|)li<»r). Sjiinl Ansclnir se ])0S(^ iiai'diiiKMit celte (|iiesti()ii en|)italr, (|ui UiVinr le. litnî niùiiHî tl(î son Iraih' : ('//r /Jet/s /lonio :* Le; problème devient dt'sorrnais rlassi(|ne dans les Sommes du moyen Aj^c ol dans les manuels moderncîs. Mais on aurait tort de croire à unr inv("ntion (U\ la seolasti(|ue. Sous unr l'orinr sans doute moins ri<^oureuse, la même (pieslion sr icneonlnî chez tous les Pères depuis saint Irenér ', et de leurs réponses se déga<^*e un ensend)le d'idées convergentes (|uerKcole devait ensuite sysU'miatiser.

On dira (jue c'est une illusion bien pn'somptueuse (pie de spéculer sur un plan aussi mystérieux de la divine Providence, dont au surplus tant d'éléments nous écliappent; (pi'on s'expose au danger de compromettre la révélation en la soumettant aux exigences de notre raison, d(^ mettre une logi(iue rigide et un ordre absolu là où il faudrait reconnaître et adorer l'œuvre de Tamour. Tous ces griefs peuvent n'être pas entièrement cbimériques; mais ici encore l'abus ne doit pas faire condamner l'usage. La tradition du passé nous est, à cet égard, une garantie : et Ton verra sans doute qu'il peut y avoir une spéculation tbéologique légitime et bienfaisante, en même temps que respectueuse du mystère.

En tout cas. il ne faut point se dissimuler l'étendue immense et la difticulté du problème. C'est de la foi qu'on doit partir comme d'un fait pour en retrouver la raison. Or. le dogme catholique comporte les quatre chefs suivants : un décret initial de Rédemption ou restitution de Tordre surnaturel; restitution moyennant une satisfaction intégrale;

1. N'a-t-on pas dit qu'il y a dans le Contra haereses « un Cur Deus homo précoce " ? A. Pf.vu.le, De la Rédemption^ p. 19.

34(i EXPLICATION CATHOLIQUE DU MYSTÈRE.

satisfaction par rincarnation d'une personne divine ; Incarnation accompagnée de la souffrance et de la mort. Autant de théorèmes dont la théologie prend à charge de montrer Fenchaînement.

Deux écoles ou tendances extrêmes se manifestent à cet égard dans la pensée chrétienne : d'une part les spéculatifs qui prétendent tout démontrer; de Fautre. les mystiques pour qui tout est également impénétrable. Entre les deux s'étend la ^na média de la grande tradition catholique, oii la raison et la foi conservent chacune leur place et s'unissent dans un harmonieux concours.

Dieu tout d'abord a voulu racheter l'humanité aprè&^ sa chute et ce décret primordial est sous-jacent à toute l'économie postérieure du salut. Pourquoi donc cette volonté primitive de Rédemption, quel que doive être ensuite le mode choisi pour la réaliser? Si téméraire que puisse être cette question, c'est pourtant la première qui se pose à l'esprit du théologien.

Klle s'impose à lui d'autant plus que d'autres créatures sont tombées, sans que soit intervenue pour elles la même mesure de clémence. La môme foi qui nous apprend la chute des mauvais anges nous interdit d'espérer pour eux aucun pardon : l'Eglise a désavoué les rêveries d'Origène sur l'universelle apocatastasis^. Pourquoi donc cette différence à notre profit? Certains apologistes, pour pallier le

1, Voir,parmi los condamnations portées contre origéne et ratifiées par le pape VIkH*; (*i4:{). le canon 9. Denzincer. n" 211.

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sr.iii\i\i\\i' de lii cliiilr originelle, disriil vni<HilnTs (jiu' hicu m la prriiirUaiil piM'voyail .'mssi le reiiu'dc. Mais ii'(»st-co pas rnln'|)rciKJn» dMclairrr ohsrtiriim per ohscurins ? V.w (dTel, c'rst l'id^îc m<'^mc (l'une i'r|)ai*ati()n «►llVrtn ;i la deraillancc hiiniain< (pi'il s aj^it d\î\pli(pitT.

A cotte tentative il soinbln ail (jiio le srnstfs catliolicus doive opposeï* hmt aussitôt la question préalable : (M)înine s'il nous «lail IcHsiblo de scruter les secrets divins, connue suitout s'il elail |)erniis de supposer, à l'origine d(» notre salut, autre chose qu'un acte libre d'amour v{ de miséricorde! dépendant sans parler du pantliéisnie qui doit admeltiMî Tuniverselle nécessité, ni de certaine pliiloso|)liie tbeiste qui professe Toptiniisnie absolu, on constate à toutes les époques, cliez des croyants autbentirjues, une tendance à proclamer nécessaire cet acte initiateur de notre Rédemption.

D'où pourrait venir cette nécessité ? Ce n'est pas évidemment du coté de lliomme. lin elTet, outre que l'homme, étant une créature, n'a pas en luimême de droits qu'il puisse opj)Oser à Uieu, sa défaillance volontaire et gravement coupable ne lui permet d'attendre qu'un juste châtiment. 11 faut donc recourir aux seules exigences intimi^s de l'être divin et, de fait, successivement on a fait appel à tous les attributs de Dieu.

Le premier qui se présente à une rétlexion sommaire, c'est la bonté. Si l'humanité est coupable, Dieu est bon : notre immense détresse ne doit-ello pas incliner son cœur à la miséricorde? Mais cette considération est encore trop ub extrinseco pour être absolument topique. Aussi nos théologiens s'élèventils plus haut, jusqu'à invoquer les attributs proprement divins de toute-puissance, de sagesse, d'immutabilité. Dieu est tout-puissant : pourrait-il avoir

348 EXPLICATION CATllOLIQUK DU MYSTKUK.

Tair d'échouer devant la force du mal? Dieu est infiniment sage : doit-il laisser à jamais interrompu le plan qu'il avait conçu pour la manifestation de sa gloire et peut-il permettre dans l'univers moral le règne définitif du désordre?

Volontiers les anciens Pères dramatisaient ces idées sous la forme d'un duel entre Dieu et Satan : « Tout le plan du salut, écrit saint Irénée, était par la volonté divine disposé de telle sorte que Dieu ne fût pas vaincu et que sa prudence ne fût pas atteinte [ par le triomphe du démon] ^. » Sans négliger cette comparaison, saint Athanase s'attache davantage à la divine sagesse.

Il était inconvenant que des créatures douées de raison et admises à la participation du Verbe périssent et par la corruption retombassent dans le néant. Car il n'était pas digne de la bonté de-. Dieu que ses créatures fussent détruites par la fraude du démon à l'égard des hommes; il était inconvenant au suprême degré que l'œuvre de Dieu parmi les hommes cédât devant leur négligence ou la fourberie des démons... A ([uoi bon leur donner l'être au commencement? 11 fallait ne pas les créer plutôt que, une fois créés, de les abandonner à la ruine. C'est, en effet, la faiblesse plutôt que la bonté qui ressort de cette négligence, si Dieu laisse périr sou œuvre après Tavoir.faite, bien plus que s'il n'avait pas créé d'homme du tout. S'il n'avait pas créé l'homme, personne ne penserait à l'accuser de faiblesse ; du moment ({u'il l'a fait et créé pour être, il serait tout à fait absurde que ses œuvres périssent, et plus encore sous les yeux de leur auteur. Il ne fallait donc pas permettre (^ue les hommes fussent abandonnés à la corruption, parce que c'estchose indécente et indigne de l'excellence de Dieu-.

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