Lagrange, op. cit.. p. 237, 256-238, 261 et
5. Voir Chantepie de La Saussaye, p. 498, 606 et 608-609. Cf. E. Lehmann, dans TEncyclopédie déjà citée de Fr. M. Schiele, fasc. 30; col. 518- 519 et 523.
OU de grandes catastrophes, Toblation volontaire d'un chef à la mort était le suprême sacrifice qui détournait la colère des dieux ^ .
Maintenant de quelle manière le paganisme concevait-il refficacité de ces diverses offrandes? Le sacrifice agissait-il sur la divinité par délectation sensible ou par sollicitation morale? Avait-il le caractère d'une amende ou d'une mystérieuse translation de pénalité? Toutes ces conceptions sans doute ont existé au cours des âges, suivant la perfection diverse des doctrines et la culture des individus. Il faut donc se garder d'imposer à tous ces faits les limites étroites d'un système préconçu. Mais ce ne serait pas une moindre erreur de méconnaître le sentiment de culpabilité morale qui s'exprimait, au moins quelquefois, dans ces rites, et que les rites à leur tour, par une répercussion facile à comprendre, avaient pour rôle d'entretenir et de développer.
11 est même permis d'observer que cette conscience du péché semble devenir plus vivace et plus douloureuse à mesure que Ton approche de l'ère chrétienne. N'est-ce pas un fait où le croyant peut, à bon droit, voir un plan de Dieu, qui avivait dans les âmes la notion du mal afin de les disposer à mieux recevoir le remède?
Ces conceptions communes, ces désirs de purification, d'union à la divinité sont fondés sur la nature même de l'homme religieux. Par la seule raison, l'homme se connaît dépendant d'un être supérieur, avec lequel il peut entrer en relations. Par le seul témoignage de sa conscience, il peut connaître que cet être punira le mal et récompensera le bien. De là naissent dans l'homme, souvent terni de fautes ou de souillures, ces désirs d'expiation, de purification, qui lui concilieraient le pardon
1. Sur celle idée, voir Oiu(;knf,, Contra Cels., v, 31; P, G., XI^ col. 717-7-20.
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et la t'avcm* de cette puissance suprême. Ce sont là !e8 aspirations (1<; ITinie n^lit^ieusc, jaillissant natiirtîljcnient de cette conscience intéri(uire dont parle saint Aii/^'ustin, qui pousse les meilleurs des hoinuHîS à cliercluM- Dieu, et à 1(^ servir '.
Mt ce sont les moyens éf^alemcnt par où, jusque dans les ténèbres du paganisme, la Providence frayait les voies î\u divin Uédempteui*.
l^lus encore faut-il s'attendre à retrouver les traces de cette économie préparatoire dans le judaïsme, où brillait déjà la lumière de la révélation. Du reste, on n'oubliera pas que cette révélation demeura toujours imparfaite et que la lumière divine y fut progressivement distribuée. Les théologiens ne font pas difficulté de reconnaître le principe ; d'excellents exégètes catholiques se sont appliqués, dans ces derniers temps, avec toutes les ressources de la critique moderne, à vérifier dans les faits la réalisation de ce développement ^. Ces travaux, qui laissent d'ailleurs subsister beaucoup d'incertitudes, nous permettent de saisir les germes lointains de la Rédemption, dans l'idée qu'on se faisait en Israël du péché et des moyens d'en sortir.
Au premier rang de ses traditions, le peuple israélite garda toujours le souvenir de la chute et la promesse d'un libérateur mystérieux. Mais les formes primitives de sa religion nous sont imparfaitement connues. Toutefois, dès l'époque patriar-
l. Mautindale, dans Christus, p. 395.
-2. Voir spécialement les études de >I. Touzarë dans Biucout, Où en est Vhistoire des religions, t. II, p. 1-158, et de M. Nikel,dans Chrislus, p. 58G-681.
cale, le vrai Dieu était connu et déjà honoré par dos sacrifices, avec cette nuance spéciale d'intimité qui devait engendrer l'alliance tliéocratique '. De cette foi découlait une morale simple, qui embrassait à tout le moins les prescriptions de la loi naturelle; et ceci ouvre la porte à une notion morale du péché. On peut donc croire que ce sentiment entrait pour une part dans le rite religieux du sacrifice, au moins sous cette forme obscure et rudimentaire qu'on devine dans les cultes païens ; mais les documents bibliques ne nous ont laissé aucune information précise sur ce point. Sans doute c'est une sorte de dogme, chez les critiques rationalistes, que d'attribuer au sacrifice l'origine et la signification la plus grossière; M. Loisy affirme que c'est un « rite magique par sa nature et dans son idée première w'-^. Il suffira d'observer, non seulement que cette affirmation est dénuée de preuves, mais qu'elle se heurte à toutes les vraisemblances de la psychologie et de l'histoire. Rien, dès lors, ne nous autorise à mettre les patriarches au plus bas degré de l'humanité religieuse.
Nous avons plus de renseignements sur la révélation mosaïque. Bien que l'accord ne soit pas complet sur la critique des sources, on reconnaît communément que le peuple hébreu reçut de Moïse, en même temps que la consécration législative de son culte du Dieu spirituel et unicjue, les principes d'organisation religieuse et sociale qui devaient se développer au cours de son histoire. ^( Il est certain, a-t-on dit, que les lois promulguées par Moïse au Sinaï et pen-
1. Cl. T(jrzAni), ojj. cit., j). l(i, el >iiki:i., op. cil., p. GIO.
-2. A. KoisY, La religion d'Israël, CelTonds, 1908, |>. 103. I/auleur (lévcU»pi)« el accentue la même thèse dans un article sur «• la notion <lii sacrilice dans l'antiquilc israélite », Revue d'/usloirc cl de litlrrnlinc rrlit/ieusrs, Nouvelle série, l. I, lî)iO. |». 1-31.
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liant K'S j)t r< '^riiialions au dcscrl in' sont, pour ainsi dire, que le noyau d'où, par une évolution organi- <|ue, toute laléfi^islation du Prntatcuque a grandi *. »
Au luunhrr de» ces |)rrs(!ripti(m.s prlniitivns. comme rousccpionce (^sscntirllr de ralliance, il faut placer la loi morales lelh» <iu'elle est expiimée dans h* Décalogue -.
Par là. r'élail le service nn'me de Dieu (pii imjX)sait à risraélite une conduite pure. « Lois écrites et coutumes, lois relij^ieuses et lois civiles se présentent avant tout comme des volontés de Yahweh... Mlles réclament rohéissance, plus agréable à Dieu (pie les sacritices. Le |)écli('' qui en est la viola (ion apparaît comme une révolte*. » Tel était du moins ridéal; mais l'application en fut plus d'une fois contrariée par les mœurs encore barbares et le concept môme de Dieu, trop souvent obscurci , dans ces consciences rudimentaires, par rintluence des antiques superstitions. Plus tard, « aux yeux des prophètes, ce qui manquait surtout aux Israélites, c'était un sens exact des exigences morales de leur Dieu )) \
Du moment que la loi révélait le péché, quelque imparfaite que pût en être la notion, elle devait enseigner aussi le moyen de le réparer. C'était avant tout le repentir, fruit naturel de la crainte et de l'amour que l'âme juive nourrissait pour son Dieu^. Mais n'y faudrait-il pas ajouter quelques movens rituels ?