‹ Le dogme de Nicée [microform]Chapitre 17 sur 79 · PG., XVIII · texte numérisé non relu

PG., XVIII

mouvementée, d'Aritis. Le premier avertissement de son évêque l'avait trouvé récalcitrant. Il se souvint alors de ses anciens condisciples, dont quelques-uns occupaient les premiers sièges épiscopaux d'Asie, et de leur commun maître, Lucien d'Antioclie.

L'histoire ecclésiastique offre peu de problèmes plus irritants que le caractère de Lucien d'Antioche, ce prêtre savant, qui fut le maître respecté du toute la première génération arienne. Dans sa première encyclique, citée plus haut, Alexandre d'Alexandrie affirme que Lucien vécut excommunié sous trois .évoques consécutifs; il s'agit sans doute des trois premiers successeurs de Paul de Samosate sur le siège d'Antioche : Domnus, Timée et Cyrille. L'affirmation d'Alexandre est absolument isolée ; certains auteurs la tiennent paur récusable. D'autant que la. lettre qui nous l'a transmise provoque la discussion sur d'autres points. Elle établit un lien entre la mémoire de Paul de Samosate et la doctrine d'Arius. Ce lien paraît entièrement factice. La pensée de Paul de Samosate, pour autant que nous la pouvons ressaisir, était un rationalisme élégant et superficiel qui, pour accommoder le christianisme à la mode du siècle, se débarrassait de la Trinité. Il ne paraît pas avoir poussé de profondes racines

dans le sol. antiochien; nous ne le reconnaissons guère ni dans le littéralisme scripturaire de Lucien d'Antioche, ni dans l'arianisme, qui nous est beaucoup mieux connu. Mais enfin Alexandre d'Alexandrie affirme que Lucien vécut très longtemps sous l'anathème ; il consigne cette affirmation dans un document très grave, qui sera répandu, à de nombreux exemplaires, en des lieux où Lucien a vécu et demeure très connu, car sa mort ne remonte pas à dix ans. L'évoque d'Alexandrie devait savoir ce qu'il disait. Par ailleurs, il est constant que Lucien, quels qu'aient pu être ses torts, se réhabilita par le martyre, qu'il endura le 7 mai 312, Les éloges que lui ont donnés non seulement Eusèbe de Césarée, témoin suspect, mais saint Jean Ghrysostome et Pallade et Rufin, ne permettent pas de douter qu'il soit mort dans la paix de l'Eglise. 11 est inscrit au martyrologe romain, comme saint Lucien d'Antioche. Quant à son enseignement dogmatique, résignons-nous à l'ignorer. Il y a bien un symbole mis sous son nom, trente ans après sa mort, par un synode d'Antioche, qui cherchait une voie moyenne entre le symbole de Nicée et l'arianisme; ce symbole ne se rattache à lui par aucun lien vérifiable.

Ce qui n'est pas contestable, c'est le culte

voué à là mémoire de Lucien par Arius et ses amis. Dès le début de la .crise^ Arius adressait â son ancien condisciple Eusèbe, précédemment évéque de Béryte, récemment promu au siège de Nicbmédie, une lettre amère, qu'il faut lire en entier, malgré son style pâteux, et malgré ses mensonges, car elle renferme des informations notables sur les homifies et sur les choses de i'arianisme\

A 'mon très cher Seigneur, liomine de î)ieu, fidèle, orthodoxe, Eusèbe, AriUs persécuté injustement par le pape Alexahdre poiir la vérité qui triomphe de touty dont vous aussi êtes le défenseur, dans le Seigneur, Salut.^ y

Mon père Ammonios se i-endant à Nicorhédie, j'ai crii dévoir vous adresser la parole par lui, et en riième temps vous rappeler l'affection dont vous êtes naturellement animé pour vos frères en Dieu et en ^ son Christ. Car il rioùs afflige grandement, nous poursuit et nièt tout ëii branle conti'e nous, cet évéque, jusqu'à iiôus chasser de la ville comme athées, parce que nous n'approuvons pas le thème de ses prédications : « Toujojirs Dieu, toujours Fils ; avec le Père, le. Fils ; le Fils coexiste sans génération à Dieii; il est enfanté éternellement, eilfanté sans génération ; ni par la pensée, ni par un instant. Dieu ne précède le Fils; toujours Dieu, toujours Fils;- de Dieu même est le Fils. » Eusèbe de Césarèe, votre frère, et Théodote, et Paulin, et Athanase, et Grégaire, et Aétius, et tous les Orientaux, pour avoir dit que Dieu préexiste au Fils sans commencement, ont, encouru ranathème; seuls y échappent Philogone, Hellaiiicos et Macairé, hér-étiqiiès ignorants, qui appellent lePils soit érlictation, soit projection, soit coinengehdré. Je ne saurais entendre de telles impiétés, dussent les hérétiques me menacer de

L Théodoret, ^; É.f I, 4; PG:^ LXXXII, 909-912.

LES ORIGINES tiÉ L'MÉRÈSIÈ ARIENNE. 55

mille morts. Quelles sont doîic fios pardles, iidâ pensées, notre enseignement d'hier et d'aujourd'hui? que le Fils n'est ni engendré, ni partie d'inengendré en aucime nianière, ni tire d'ùri slijet préexistant; mais que, par là volonté et le deâseih (dti Pèrè)^ il bbttimença d'être, avant les temps et les âges, Dieu parfait^ Fils unique, inaltérable. Avant d'être engendré ou créé, ou décrété, ou fondé, ii n'était |)âs : car il n'était jjâs inengeridré, Ôii nbus poursuit pbur avoir dit : « Le Fils a tin commencement, Dieu n'a point de commencement. » Voilà pourquoi l'on nous poursuit, pour avoir dit qu'il a été fait de rien : iioUs l'avdn^ dit, en ce sèhs qu'il n'est poiiit partie de Dieu, iii tiré d'un sujet préexistant. Voilà pourquoi l'on nous poursuit. Vous savez le reste.

^ Portez-vous bien dans le Seigneur. N'oubliez pas nos épreuves, vous, nôtre vrai confrère eh Lucien, Kusèbe.

Eii opposant aux assertibiis de révêqii'e Alexandre — d'ailleurs outrageusement travestiies •— le^ àssertiôtis d'Aritis, cette lettre éclairé tout le fond de là nouvelle hét-ésie : le File a cbmmencé d'être, il a été fait de rien, non engendré de la substaiicë diviiîe; il est une créature. Arius est iih de ceé exoucondens doht parle l'évêque Alexandre, jJôiir qiii le Verbe de î)iëu a été fait dé rièii : ex ouk ôntôn.

Et nous voyons défiler, d'une part, tout l'état-màjor de l'arianisine : Eiiëébe de Nicôraédié, Euëëbè dé G'éààrée, Thêdddte dé Laddicée, Paulin de Tyr, Athanase d'Anazarbe, Grégoire de Béryte, Aétius de Lyddà;d' autre part, (^iiélqûes défénseiirs dé là tradition

catholique, dont Arius ridiculise et même dénature la position : Philogone d'Antioche, Hellanicos de Tripoli, Macaire de Jérusalem.

Entre les partisans dont il se croit sur, Arius a nommé en première ligne Eusèbe, évêque de Gésarée en Palestine, le célèbre historien. Et, sans doute, il avait pour cela de bonnes raisons. Nous savons qu'Eusèbe de Gésarée écrivit à Alexandre d'Alexandrie pour lui reprocher d'avoir dénaturé odieusement la pensée d'Arius ; il écrivit dans le même sens à Euphration, évoque de Balanées. Ces deux lettres existaient encore à la fm du viif siècle et furent produites lors du deuxième concile de Nicée, dont les Actes nous en ont conservé quelques mots caractéristiques. D'ailleurs, l'intervention d'Eusèbe de Gésarée en faveur d'Arius nous est attestée par une lettre que l'autre Eusèbe, celui de Nicomédie, écrivait à Paulin de Tyr, pour réchauffer son zèle et lui citer en- exemple l'évêque de Gésarée. On peut lire la lettre chez Théodoret.

Nous aurons à revenir sur les deux Eusèbe, et sur le rôle inégalement néfaste qu'ils tinrent dans le développement du mouvement arien; dès maintenant, il fallait marquer leur attitude initiale.

Reprenons la trace d'Arius.

De Nicomédie, où il était allé bientôt se

concerter avec l'évêque Eusèbe, il recueillit les échos du conflit déchaîné par tout l'Orient. Les laïques s'en mêlaient : un sophiste, nommé Astérius, allait de ville en ville faire une campagne de conférences. Des conciles s!assemblaient : en Bithynie, autour d' Eusèbe de Nicomédie ; en Palestine, autour d'Eusèbe de Gésarée; on y voyait Paulin de Tyr et Patrophile de Scythopolis. De là, Arius recevait des conseils de modération : on trouvait dans sa doctrine des parties indéfendables ; et quoique l'on tînt pour non avenue son excommunication et celle de ses adhérents, on l'engageait à recourir à son évêque pour obtenir sa réintégration.

Arius se laissa persuader. Il rédigea, pour l'évoque Alexandre, une lettre polie et lui soumit un symbole. Rapproché de la « Thalie », le symbole marque un certain amendement : Arius dit encore que le Fils est une créature, mais il ajoute qu'il n'est pas une créature comme les autres. S'il parle de génération, il souligne plus fortement le caractère unique de la génération du Verbe. Mais il continue de revendiquer pour le Père le privilège de l'éternité, de l'immutabilité,, c'est-àdire, en somme, de la divinité au sens strict. Il réédite ses déclarations antérieures contre d'anciennes hérésies^ mais passe à côté de la

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vraie doctrine, et quand il i^réteiid ddiiiier à rfeilsbignemént d'Alexandre uii écho fidèle, il ffièilt effrOïitémént ^ ,

A notre bienheureux pape et évêque Alexandre, les prêtres et les diacres, dans le Sëigiiètir, sâliit. '

La foi que nous tenons de nos jièrès, que vous-mêriiè. nous avez enseignée j est celle-ci. Nous reconnaissons un seul Dieu, seul inengendré, seul éternel, seul sans cominëiicement, seiil vi'ai, seul iihmbriel, seul âàge, seul bon, seul puissant, juge, administrateur et dispensateur de toutes choses, immuable et Inaltérable, juste et bon, qui est ie Dieu de la Loi et des jProphètes et du Nouveau Testament; qui a enfanté, avant les tfein|is éternels, un Fils unique, par qui il a fait les siècles et toutes choses ; il l'a enfanté non en apparence, mais en réalité : il l'a fait subsister par sa propre volonté, immuable et inaltérable, Jiarfàite créature, de Dieu, mais riori comme l'une dès créatures; progéniture, mais non comme l'un des êtres engendrés; nous écartons. le dogme de Valentin, qui décrit la progéniture du Père comme une projection; hoiis écartons l'expliôatioii de Mahès, qui fait de la progéniture une partie consubstahtiellè du Père ; nous écartons l'assertioii de Sabellius qui, divisant la Monade, parle du Fils-Père; nous écartons celle d'Hiéracàs, qui parle d'dîie toi''ch'e issue d'une torch'é,'' ou d'une lampe partagée en deux ; nous ne disons point (\ix\m être préexistant a été ultéri'urement engendré ou surédifié en Filis :' ainsi vous-même, bienheureux pape, en pleine église et dans le conseil, avez souvent récris ceux qui énonçaient de telles choses. Mais nous disons. que par la volonté de Dieu, avant les temps, et les siècles, il a été créé, il a reçu la vie et l'être du iPère, qui fit encore subsister avec lui sa gloire. Carie Père, en lui Sonnaiit- l'héritage de toutes choses, ne s'est poini appauvri des biens qu'il possède en lui-même sans génération : vu qu'il est la source

U Citée par àthanase, De SynodU, 16; P6., XXVI, 708-712*

de toutes choses. Ainsi,, il y a trois hypostàses. D'abord, Di.eU; cause de ioules choses3 absolument seul sans principe. Puis, le Fils, engendre hors des temps p'ar le Père, créé, fondé avant les siècles : il n'était point avant d'êt,re engendré, inais engendré hors des temps avant toittes , choses, seul dOj par leiPère il commença de subsister. Car il n'est point ètériiël, iii coëteriièl, ni coinengendré avec le Père; il li'à point l'être avec le Père, comiïie disant quelques-uns des. i-elationsj introduisant parla deux principes inengendrés : mais comme il est la Monade et le principe de foutes choses, ainsi t)ieti est-il àvaiit toutes choses. Aussi èst-il même avant le Fils : aussi l'iivoiis-rioiis appris de vous, qui le prêchiez en pleine église. Donc, commeil tient de Dieu l'être et la gloire et la vie, comme toutes choses lui ont été remises, aiiisi a-t-il Dieu pour principe, Dièii lé dohiirië, comihè étant son Dieti et avant lui. Si les mots : « de lui-même », ou « de son sein », ou « je suis sorti du Père et je suis venu », sont eiitendus par quelques-uiis comirié d'iihë partie consùbstantiellë ou d'une projection, il s'ensuit que Dièd est coinposé, divisible, muable, corporel, d'après eux; et il ne tiendra pas à eux qu'il n'éprouve toiit ce qu'éprouvent les corps, le Dieu incorporel.

Le désaccord était irréductible. Gependaiii AriuSj passant outre â là sentetice de éoil évéqiie, était rentré dans Alexandrie.

Alors intérviitt un personnage important :

ce n'était rien nioins que Fempeîrëiïr Constantin. Avec la naïveté d'un catéchumène, il se persuada qu'un acte de sa volonté souveraine suffirait à ramener l'ordre; et, par une lettre adressée aux deux partis, il leur signifia qu'il n'aimait point les querelles.

Mais, avant de raconter ce coup de théâtrey

il faut mentionner une découverte qui faillit, il y a un peu moins de trente ans, bouleverser l'histoire des origines ariennes.

S'il faut en croire un savant d'outre-Rhin, M. Otto Seeck, la première immixtion de la politique, dans le conflit arien daterait de plus , haut, et elle serait le fait non de Constantin, mais de Licinius, empereur d'Orient, agissant à l'instigation d'Ëusèbe de Nicomédie'.

Le premier fondement de cet audacieux système est un mot de saint Jérôme qui, dans sa lettre fameuse à Gtésiphon, note en passant que, pour séduire le monde, le diable commença par séduire 4a femme de l'empereur :

ce mot vise Gonstantia, sœur de Constantin, mariée à Licinius et notoirement dominée par des influences ariennes. Là-dessus, on suppose que Licinius fut gagné par sa femme à la cause de l'arianisme, il persécuta les catholiques, et prit, dès l'année 321, l'initiative d'un concile œcuménique, lequel devait se tenir à Nicée.

On explique la chose ainsi. Eusèbe, d'abord évêque de Béryte, venait d'échanger ce siège obscur contre le siège resplendissant de Nicomédie, la ville impériale. Il était allié à la famille de l'empereur et avait ses entrées à la cour de Licinius : on en trouve la preuve dans

1. Otto Seeck, Untersuchungen zur Geschichle des nicaènisichen KonzUs. Zeitschrift fiXr Kirchengeschichte, 1896.'

une lettre sévère de Constantin, écrite après le , concile de Nicée, lettre qui reproche à l'évêque de Nicomédie d'avoir travaillé pour Licinius, rival de Constantin, Dès lors, un ensemble se dessine. Eusèbe a profité de son crédit à la cour pour se faire nommer évoque de Nicomédie ; il en profite encore pour promouvoir les intérêts de l'arianisme et pousse Licinius à persécuter les cattioliques. Sous son inspiration, Licinius décide, le premier, la convocation d'un concile œcuménique à Nicée, escomptant un dénouement favorable à l'arianisme.

Gomme preuve, on allègue un texte de Gélase de Cyzique, portant que Constantin convoqua le concile de Nicée en la seizième année de son règne. Le texte est manifestement fautif, car Constantin convoqua le concile en la dix-neuvième année de son règne. Mais, au lieu de Constantin, lisez Licinius : les choses s'arrangent à peu près. Cependant les événements se précipitent. La guerre éclate entre les deux empereurs, et aboutit, en 323, à l'écrasement de Licinius. Après ce dénouement, le projet de concile est repris par Constantin et tourne en faveur de la doctrine catholique. ..

Ce brillant échafaudage ne tient pas debout.

Vous en jugerez.

Tout d'abord, le texte de saint Jérôme ne renferme pas ce qu'on voudrait y trouver.

!32 LE DpGME DE:NIC]Ép.

pans une lettre thrQolpgiqiie, où il GQiabqit I'I^^t résie de Pelage, saint Jérôme énonce en passant uae thè^e générale : depuis J^ paradis terrestre, le diable a constamment fait servir les femmes à l'accomplisseinent des ses ténébreux desseins, particulièrement en matière d'hérésie.. Il confirme cette t]ièse par divers exemples, notamnient l'exeinple 4^ Gonstantia qui fut, on le sait, zélée arienne. }1 n'y a pas là de quoi transformer son épqux Licinju^ en arien, et en persécuteur des cathpliques pour le compte de î'arianisme. Licinius fut un frauc païen; et la persécution qu'il iiiaugura, dès l'anpée 314, fijt des victipies non seulement parmi les catholiques, mais encore parmi les Ariens, — d'ailleurs en petit nombre. Au cours des années suivantes, les deux mpitiés de l'enipire prennent des aspects bien tranchés : l'Occident, chrétien, autour de Constantin; l'Qrient, païen, autpiir de Liciniijs. Il est tout à fait faux que la persécution ait été canalisée, par les soins d'Eusèbe de Nicomédie, au bénéfice des T^riens. Si l§s choses s'étaient passées ainsi, nous le sauripns : au lendemain de la défaite de Licinius, les auteurs ecclésiastiques n'avaient aiicune raispn de le taire. L'historien Eusèbe de Césarée, dont on connaît les atltaches ariegnes, sait gré à Lieimus de la tolérance dont il fit preuve envers les chrétiens

au début de son règne; quant aux dernières années, où sa rigueur s'aggrava, il ne le ménage .point. On ne voit nulle part qU'Eusèbe de Nicomédie se soit fait lé pourvoyeur des bourreaux, ni que Constantin lui ait reproché rien de tel. Quant à la convocation d'un concile œcuménique faite par un empereur païen, fût-ce au bénéfice de Farianisme, c'est là une idée inouïe. Constantin, empereur chrétien, prit, en convoquant le concile de Nicée, une initiative sans précédent. Enfin, si le texte de Gélase de Cyzique paraît entaché d'une erreur chronologique incontestable, ce n'est pas une raison d'y introduire une autre erreur, en corrigeant arbitrairement un nom propre.

Au reste, Otto Seeck a trouvé en Allemagne un contradicteur qui nous dispense d'insister = .

Essayons de reconstituer, d'après des données certaines, cette première intervention impériale dans la question arienne.

En l'année 323, Constantin, vainqueur de Licinius dans une lutte qui avait été celle de l'Occident, conquis à la foi chrétienne, contre l'Orient, obstiné dans son paganisme, savourait avec complaisance la joie d'un triomphe en apparence définitif. Il s'applaudit d'avoir rendu la paix au monde ; pas un doute n'efïleu-

1. Df Sigismund Rogala, Die Anfaenge des arianischen Sir cites. Paclerborri, 1907. ^

rait son esprit touchant la réalité de ce rôle de pacificateur universel, dont il se croyait investi par Dieu, et que tant de voix, autour de lui, s'accordaient à célébrer. Un rapport venu d'Alexandrie troubla péniblement ce concert. 11 apprend tout le bruit qui se fait dans l'Orient autour d'un conflit entre l'évêque et un prêtre de cette Église. Probablement il entend deux sons de cloche : la cloche catholique et la \ cloche arienne, et distingue mal qui a tort, qui a raison ; mais sa foi en éprouve quelque scandale et son instinct de gouvernement le presse d'agir. Avec sa théologie un peu sommaire, il se persuade aisément qu'il appartient à lui, l'empereur, de mettre la paix au nom de Dieu ; et il envoie à Alexandrie un homme sûr, Osius, évéque de Gordoue, porteur d'une lettre adressée conjointement à l'évêque et à son prêtre. Cette lettre représente à tous deux que leur querelle est vaine et qu'ils doivent y renoncer.

L'authenticité de la lettre a été parfois révoquée en doute ; d'autant que, si elle répond bien au caractère de l'empereur, elle fait jouer au messager Osius un personnage assez ridicule.

Mais le fait qu'elle nous a été conservée par Eusèbede Gésarée, qui jouissait de la confiance de Constantin et avait accès aux archives impériales, paraît une garantie décisive. En

lui-même, le texte ûe présente rien qui déniénte son origine, rien que de conforme aux intentions très droites dû catéchumène impérial et à ses excessives prétentions. Il n'a point excité la défiance des contemporains, et, au siècle suivant, l'historien Socrate en reproduit la plus grande partie. Enfin, Osius, un Latin, a pu ne pas apprécier du premier coup la portée de ce conflit entre Grecs : la suite de l'histoire arienne prouve que son bon sens n'était pas toujours à l'abri d'une surprise. Il paraît difficile de récuser une pièce si autorisée. Nous en détacherons quelques lignes caractéristiques *.

J'apprends que telle fut l'origine de ce différend. Vous, , Alexandre, demandiez à vos prêtres ce que chacun d'eux pensait sur un certain texte de la Loi, ou plutôt sur un point de détail insignifiant Vous, Arius, avez émis imprudemment une réflexion qu'il eût fallu ne pas concevoir, ou, j'ayant conçue, ne pas communiquer. De là entre vous la discorde, amenant le refus de communion, la scission du peuple saint entre deux, au détriment de l'harmonie d'un même corps. Eh bien! que chacun de vous, montrant une égale indulgence, accueille la jasle suggestion de votre ço-'serviteur. Qu'est-ce donc? Qu'il eût fallu commencer par ne pas poser de telles questions, et par n'y point répondre. Car de telles recherches, qui ne sont prescrites par aucune loi, mais suggérées par l'oisiveté, mère des vaines querelles, peuvent- bien servir d'exercice à l'esprit, mais doivent être renfermées en nous-mêmes, non lancées à la légère dans les réunions

.1. EusÈBE, Fîe deConstantin, 11,69; PG.,XX, 1041-4.

publiques OU confiées inconsidérément aux oreille^ dii peuple. En effet, combien peu sont capables de comprendre exactement la portée de matières si graves et si difficiles, ou de l'expliquer: comme il faut? Quand même quelqu'un semblerait pouvoir y réussir, combien peu, dans le peiiple, l'en croiront, ou qui, en des recherches si épineuses, saura éviter un glissementpérilleux? 11 faut donc, en ces matières, mettre un frein au besoin de parler,, de peur que, l'infirmité de notre nature ne suffisant pas à résoudre la difficulté, ou l'intelligence trop lente des auditeurs ne parvenant pas à comprendre exactement la réponse, par une voie ou par l'autre, le peuple ne soit fatalement induit en blasphème ou en schisme.

Ces conseils partaient d'un bon naturel, niais ne devaient pas être agréés d'un prêtre quï prétendait en reniontrer à son èvêque, et beaucoup moins d'un évêque établi par l'Esprit Saint pour, régii* une Église et conscient de son devoir pastoral. L'ascendant personnel d'Osius ne put les faire prévaloir. Après l'échec de son envoyé, Constantin eut la sagesse de reconnaître que la question relevait du magistère ecclésiastique. Il s'occupa de réunir lé concile de Nicée.

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