‹ Le dogme grecChapitre 4 sur 15 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LE DOGME GflEC ET L INTEL LEGTUALiaWK.

On proscrit le lîogine grec comme étant entaché A'inlelleclualisme.

Considérons la Grèce. Chose curieuse ! ce qui frappe toul d'abord dans la religion grecque païenne, c'est, en l'absence d'autorité sacerdotale, l'absence d'unité religieuse, le développement libre, capricieux, individualiEte des croyances.

Chez les Grecs, si loin qu'on remonte dans leur histoire, on ne trouve rien qui réponde à ce que nous appelons le sacerdoce. Chaque père de famille présentait les libations et les offrandes sur le foyer, qui était l'autel domestique. Quand les familles réunies en tribus voulaient offrir un sacrifice en commun, les rois, chefs de la tribu, Toffraient en présence de tout le peuple. — Lorsqu'on eut commencé à construire des temples, il y eut nécessairement des hommes chargés de les garder et d'entretenir en bon état les objets consacrés au culte ; on leur attribua aussi l'immolation

des victimes, et les magistrats, qui avaient succédé aux roia de l'âge héroïque, se bornèrent à présidei aus aacriâces publics. Â Athènes, ou choisissait pour sacrificateurs des cuisiniers, parce qu'ils avaient l'ha' bitude de préparer les viaudes... Ces sacrificaleurî étaient en même temps les gardiens des choses saintes ; ils balayaient le temple et avaient pour attribut UQ balai, comme on le voit sur un bas-relief. C'était ce que nous appellerions des sacristains, et tel est U vrai sens du mot UpeCî.

L'exposition mythologique des croyances populaires était réservée aux poètes ou chanteurs, àoiSol l'explication des signes et des présages, aus devins ou prophètes, ^EiâvTeiç, qui sont toujours distingués des UpEïç. Ceux qui sentaient en eux le génie poétique composaient des hymnes, ceux qui se croyaient le don de prophétie, expliquaient les présages, à leurs risquei et périls, et s'exposaient à perdre la conflauce, si l'évéuement ne justifiait pas leurs prédictions. Leur réputation, comme celle des médecins, était proportionnée à la sagacité dont ils avaient fait preuve. LesfonctiOLS des poètes, comme celles des devins, échappaient par leur nature même à toute espèce de contrôle, mais personne n'était obligé de s'y soumettre. Aucune autorité ne pouvait fixer un dogme ou imposer une croyance. L'existence d'un culte public n'impliquait pas ce qu'on nomme aujourd'hui religion d'Etat.

Chacun , à la vérité , était tenu d'honorer les dieux de l'Etat, et ceux qui étaient convaincus de refuser t ces dieux les honneurs prescrits, ou du . 'i^-ailler & âé<

truire la religion de l'Elat, étaieoL coniiamnés souvent aux peines les plus sévères, La philosophie ellemême, dans quelques-uns de ses représenlanla , fut ainsi rigoureusement frappée. Mais, en somme, la pensée individuelle, dans ses rapports avec la foi générale , fut incomparablement plus libre que chez les peuples qui possédaient une confession de foi explicite, gardée par un puissant sacerdoce. Cbez les Grecs, la répression des nouveautés religieuses ne se rapporta pas immédiatement aux doctrines, mais au culte; et elle n'atteignait une doctrine qu'en tant que celle-ci paraissait entraîner des conséquences contraires au culte public. Quant aux opinions théologiques proprement dites , elles n'étaient guère un objet de poursuites. Il n'y avait ni établissement d'enseignement théologique, ni sources religieuses écrites. Les traditions relatives aux temples, les descriptions des poètes et les croyances do peuple, seules bases de la foi grecque, manquaient de précision et de stabilité. Il n'était presque pas de tradition qui ne fût coalredite par d'autres, et ne perdit ainsi de son autorité.

Ainsi, Jamais les minisires du culte n'ont été charges , en Grèce, de l'enseignement religieux ni de la direction des consciences. Platon se place bien au point de vue grec , lorsqu'il demande que les prêtres , malgré les honneurs dont ils sont l'objet, ne soient que les serviteurs de la communauté ; et là où il n'y a pas de hiérarchie, toute dogmatique, considérée comme règle générale de la foi, est d'avance impossible; car il n'y a pas d'organe pour la formuler et la soutenir. L^ yf'^théisme grec a donc été une religion

sans dogme en même temps que saas clergé. L'unili^ n'y existait pas plus que dans la politique. Il n'y araja pas d'hérésie, parce qu'il n'y avait ni orthodoxie

Une dogmatique eût été, d'ailleurs, en contradiction avec l'essence même de la religion grecque. Cetla religion n'est pas un système complet et fermé sorti d'un seul berceau. Au début, chaque peuplade, chaque communauté , chaque Tamille avait des idées et des traditions qui lui étaient propres. Ces traditions B8 mêlèrent daus des milieux extrêmement variés el sous des influences extérieures très inégales. Il en résulta un amas confus de traditions et de pratiques locales. Puis on vit peu à peu se former une foi hellénique commune, non au moyen d'une systématisation théologique, mais par un libre accord des intelligences, et encore cette foi hellénique commune ne fut-elle jamais complètement arrêtée dans tous sei contours, complètement solidifiée. Dans ce travail de fusion, le principal agent conciliateur, outre les relations journalières et les cérémonies religieuses des fêtes nationales, ce fut l'art, et par dessus tout la poésie. Cette considération a une très grande importance pour expliquer ce fait remarquable, qu'en Grèce il n'y a jamais eu, à vrai dire, une doctrine religieuse généralement admise, mais seulement une mythologie, et que ce qu'on appelle orthodoxie y est toujoui resté inconnu (1).

(I) Voir, pour le développement li (dans lu Crilfgu* philosophique, 3'

Mais ici on noua interrompra. Il ne s'agit pas, îira-t-OQ, de la i-eligioii grecque. Soit! il était toutefois curieux de constater que, sous prétexte de bannir les dogmes grecs , c'est, en somme , à bien des égards ir bien des points, à la religion grecqne, au paganisme qu'on tend à nous ramener. Tant il est vrai qu'il est plus facile de médire de l'hellénisme que de s'en passer I Mais enfin admettons que ce n'est pas de la religion grecque qu'il s'agit (1), Il s'agit de ce que la religion chrétienne est devenue sous l'influence de la p7n7o*op/i!É grecque. La philosophie grecque l'a rendue intellectualiste.

Intellectualiste ! 11 faudrait pourtant, si possible,

i s'entendre sur ce terme. Ici, il ne s'agit pas d'une pure querelle verbale. Intellectualiste a pris dans l'usage un :Sens défavorable qu'il serait vain de vouloir lui enle- ["ver. Intellectualiste sera longtemps, sinon toujours, lune épithète qu'il sera aussi agréable d'infliger h son 'prochain que pénible de recevoir de lui. Il n'est donc ;pas sans intérêt ni utilité de poser cette question : En quoi consiste l'intellectualisme?

du t. I) et Zeller (La philosophie des Grecs considérée dans Km développement hUlorlque, trad. par M, Emilo Boutroux, p. 53-55), auxquels sont empruntées les réfloxions oC même en partie les phrases qu'on vient de lire.

(1) Pourtant, d'apr()a Evangile et liberté du 8 janvier 1893, Hamack, par exemple, n proteste contre la prétention do faire peser sur les consciences le joug d'une mystériosopliie héritée des Grecs, qui a sa source première non dans l'ensoigneraBut

simple et si populaire du Christ, mais à Eleusis et à Del-

Ktre raisonnable et rationnel, être logique et co rent, dépourvu de conlradictiou , se conformer lois de l'entendement, est-ce là pour im dogme ( entaché d'inlellectualismeî Si oui , alors bien cer iiement ce n'est pas un crime que d'être iutellecl lisle, et en qualifiant ainsi le dogme grec, ce u'eet une critique qu'on lui adresse, c'est un éloge qu'on décerne.

Veut-on dire qu'une doctrine, par cela seul qu' est une doctrine, est intellectualiste? 11 n'est que I exact, malheureusement, qu'aujourd'hui a l'on ent couramment appeler intellectualiste quiconque i prétention de traduire en une formule, aussi iiitt gible que possible, les faits religieux et chrétiens (! Mais alors ce n'est pas intellectualiste qui est le propre, c'est iritellecLuel. A-t-on la prétention d'ei absolument l'intelligence de la religion qui doit une vie, c'est-à-dire intéresser l'être tout entier? < serait la volonté, que serait le sentiment, que sera: conscience dans un être auquel on aurait lait l'op tion de chirurgie mentale, qui s'appellerait l'ampi tion de l'intelligence?

Mais si être intellectualiste, c'est affirmer la j mauté de l'iiitelligeuce sur la sensibilité, le cœui sentiment, la passion, et même sur le domaine facultés proprement morales, la volonté, la consciei il est clair qu'il est fâcheux d'être intelleclual: Si l'intellectualisme consiste à proclamer la docl

(1) GratiUat, Exposé ds Ihiotogie tyslèmalique, t. II, Pr deullque {Apologéiique. Canonique), Préface, p. tx,

1 salut par Tintelligeiice , ' à voir dans les doctri- B lion pas seuleinent la condition , mais la cause du l et le salut lui-même, à identiQer la scieuce et Bu en donnant le premier rang à la science, à t^ au-dessus de lout L'orlhodoxie intellectuelle î supérieure à la vie morale et religieuse, si jctualisme consiste à envisager le chrisUanisme ê ëtaut essentiellement une doctrine soit révëifDieu (intelleclualismo supranaluraliste et autels Eoit issue de la raison humaine (intellecCua- ■ationaliste et libéral), l'inleLlecLualisme ainsi tune erreur, un danger, une aberration.

iUne condamnation n'est trop sévère, aucun trop catégorique pour lui (1).

ment, pourquoi affirmer à priori que les dog- JCH sont intellectualistes... de cet intellectua-

Wi

Iria philosophie grecque, assure-t-on, qui a 1 les chrétiens à spéculer, et, de là, à attacher Iculation en général et à leurs spéculations en lier, une influence énorme, démesurée, et

l [tj C'est dans ce sens que le JéBnit ot lu réprouve M. SecrénouB lo réprouvons avec lui. ot L'intellectualiBme , a (t-il, « si l'on nous permet de nommer ainsi les doctrines |i ponseat trouver la vérité dans la seule iatelligence, l'intel- ^UsliamB suppose évidemment, s'il se comprend loi -même, B toate réaJiié se résout on rapports intellectuels... L'iatel- BQce ne peut ^tre ni son propre objet, ni son propre but. mme son nom mémo l'indique , elle est inlarmédiaire , mi- NflUi moyen , maia elle est impropre au premier rang « (Re- ; de U Itlélliode, p. 6i-ti5).

26 LE DOQMB QRBC.

finalement à faire passer les doctrines avant les sentimentSy la vie, Faction.

Nous répliquerons sans hésiter que, si cette idée de la primauté de la doctrine vient des Grecs , il faut la rejeter; nous ne professons nullement un parti-pris d'approbation aprioristique pour tout ce qui montre... patte grecque. Il faut rejeter cette idée, non pas parce qu'elle vient des Grecs , mais parce qu'elle est mauvaise. Toutefois, remarquons-le, cette idée ne constitue pas, en tout cas, la totalité ni le fonds des dogmes grecs; il ne s'ensuit nullement, parce qu'on a trouvé cette idée fausse^ qu'on doive rejeter à priori de ce chef tous les dogmes grecs. L'idée de la supériorité de l'intellectuel sur le religieux et le moral est un dogme grec? Soit! Mettons-la de côté. Mais une fois écartée cette idée de la prééminence des doctrines sur la vie, les doctrines mêmes sont-elles supprimées? On ne le voit pas. Il y a évidemment, dans l'attaque^ une exagération qui frise le parti pris. La conclusion dépasse singulièrement les prémisses.

On a inventé récemment une nouvelle façon d'être intellectualiste. La voici :

D'après M. Astié, exposant les idées de M. Kaftan, celui-ci a proclame bien haut que la foi implique un élément intellectuel, une connaissance. »

f II se place donc carrément, » déclare M. Astié, « sur la base commuoe à tous les dogmatismes , à toutes les orthodoxies qui partent de Tidée que TEvangile s'adresse avant tout à Tintelligeace, à la raison ; TEvangile est avant tout vérité. »

C'est uous qui avons souligné pour mettre en relief l'inexactitude du raisonnement de M. Astié. Comment, si l'on tient que la foi implique un élément intellectuel, s' ensuit-il que l'ou prétende aussi et soit forcé de prétendre que cet élément intellectuel constitue l'essence de la foi? Rien de plus défectueux que catte argumentation. M. Astié cependant la répète. Il cite M. Kaftan, qui a dit :

fl Sans cesse et toujours !a foi est en même temps connaissance. Quand ce n'est plus le cas, la foi a cessé d'exister, •

Et il ajoute :

<■ Voilà donc de quoi satisfaire l'intellectualiste le plus intraitable, ■

Quoi qu'en dise M. Astié, nous doutons fort qu'un iotellectualisle.,. intelligent fût satisfait à si bon compte. Heureusement pour sa gloire aux yeux de M. Astié, M. Kaftan n'en est pas resté là. n D'où provient donc cet élément intellectuel? » demanda M. Astié. Et il répond :

" Kaftan accorde (lue cet élément intellectuel procède de la foi elk-méme el de nulle pari ailleurs... La connaissance inlellectuelle provient donc de la foi (I). u

Et c'est par là que M. Kaftan échapperait à l'intellectualisme.

(1) Hevue de Ihèologie et de philosophie. La fin des dogmes, janvier 1892, p. Gb.

Ailleurs, M. Astié avait écrit :

a Les dogmes sont un moyen par lequel les fidèles cherchent à se rendre compte de la foi dont ils ont commencé par vivre (1). »

M. Dandiran, à son tour, s'est exprimé en ces termes :

a Nous avons besoin d'une dogmatique; il y a une vérité chrétienne dans le christianisme ; il y a une philosophie chrétienne ; c'est la plus étendue de toutes celles qui existent. Seulement, au lieu de la mettre au début, je la place à la fin ; au lieu d'en faire procéder la vie chrétienne, nous la faisons procéder de la vie chrétienne. C'est là la différence entre nos contradicteurs et nous, mais elle est assez grande pour que nous puissions dire qu'il y a deux théologies opposées (2). »

Enfin, ou sait que c'est là la théorie de M. Sabatier (3).

Donc Texpérience, la foi, le sentiment, la piété, la religion subjective, la vie, tout cela d'abord et tout cela sans mélange d'élément intellectuel. Ensuite — non pas seulement au point de vue de l'importance, mais au point de vue chronologique — ensuite vient le dogme qui procède de l'expérience intime et la suit. Ceux qui pensent autrement sont intellectualistes.

(1) Revue de théologie et de philosophie^ juillet 1891, p. 370.

(2) Evangile et liberté^ 4 septembre 1891.

(3) De la vie intime des dogmes et de leur puissance éoolutive.

LE DOQUB BftKO ST L'lHTK[.t.ECTD»U8JIB^ ïî

A cette manière de voir nous opposerous la critique qu'en a faite uu penseur qui ne passe certes pas pour intellectualiste :

1 H, A. Sabatief, o a dit M. Pillon (I), « paraît faire oonsistGr la religion uniquement dans l'émolion , dans le Bentitnent, ce qui permet de la séparer neltcmenl et absoluoieot des dogmes, lesquels peuvent so U'ansformer sans qu'elle reçniTG de leur transformation la moindre atteinte. La religion, ainsi comprise, peut subsister toujours également vivante, quelle que soit la fortune de tel ou tel dogme. Mais la religion peut-elle être ainsi comprise? Est-elle vraiment indépendante des dogmes, de tous les dogmes? Nous croyons que, dans la religion, l'élément émotionnel enveloppe dès l'origine, et nécessairement, un jugement, une crayance, une notion iniellectuelle. Sans celte croyance, l'émotion ne serait pas religieuse, elle serait purement esthétique. C'est précisément cette croyance préexistante, inséparablement unie au sentiment, qui appelle le travail logique et acienljSque d'oii naît le dogme. Si la religion se réduisait, en son principe , à l'émotion , elle ne tendrait pas à produire le dogme. 11 suit de U que l'évolution des dogmes entraine nécessairement avec elle celle des deux éléments constitutifs de la religion. Est-il possible de concevoir que certains dogmes, tels que celui de la personnalité divine et celui de la création, soient, pour ce qu'ils ont d'essentiel, ruinés dans les esprits, sans que la religion elle-même soit prnfondément transformée dans les consciences et dans les cœurs [i] ? n

(1) AntiéB philosophique de 1890, p. 300.

Çl) M. Sûbatier écrivait naguûre ; « M. OoJel croit encore ^e t'oasence de la réalité est dans les idées généralos, il est resta platonicien. Nous croyons que toute vérité est dans l'ei-

30 LB DOOMB OnBC.

Insistons sur quelques idées qui nous sont fournies ou suggérées par ces lignes remarquables :

1° La théorie dont il s'agit est affectée du même vice que l'intellectualisme. L'intellectualisme pro- Tieut, eu effet, d'une séparation arbitraire des facultés. Les iiitellectualisles ne veulent admettre que l'intelligence dans le domaine intellectuel : pour y faire régner le déterminisme, ils en escluent la liberté; ils en écartent les passions et la volonté, sous prétexte d'en éliminer toutes les chances d'erreur. C'est une faute. L'homme est un. Mais les partisans de la conception prétendue anti-intellectualiste du dogme, dont il est question ici, tombent dans 11 môme méprise. Si l'homme est un dans le domaine intellectuel, ai par suite il y est non seulement avec son intelligence, mais avec son cœur, sa conscience et sa volonté (I), il est un aussi dans le domaine

périenco et que louti «t réOciion logique chrétienne, 1" Janvi kantiens et plalonic temps. Ce n'est pas M. Sabaticr auperSciellc

noB iJcDS en dârivent par abstraction Lous sommes plutôt hanikn ■ (Reuui 1892, p. 38). Et cette distinction eolrt 1» H. eu un véritable Buccès dant son i la lieu de contester le kantisoia d« le platonisme de M. Godet , peut-Étre un pm it affirmés. Qu'il nous suffise do remarquer, —

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LB DOOMB SPEO ET L'IHT BLLECTUALIUIB.

et religieux, et par conséquent il y est non lent avec sa volonté, sa conscience et son cœur, aussi avec son intelligence (1), MM. Sabatier, , Dandiran veulent d'une foi dépourvue do immixtion intellectuelle. C'est l'erreur inverse lie des intellectualistes. Mais, au fond, c'est la erreur. — Pour noua, nous estimons que par- ■âans tous les domaines, l'homme se trouve tout avec toutes ses facultés; mais de ce que ime est un, de ce que la séparation de ses oJacultés » n'est possible que pour l'analyse, de ce que, en fait, loutes les facultés de l'homme ne cessent de s'unir les unes aux autres en des synthèses irréductibles (exemple : taffirmalion, qui est une volilion intellectuelle), nous ne tirons pas la conclusiou

belle parole de Piston que ne récuseront pas ici, jo pense, les Adversaires anti-iatellectualistes du dogiue grec : n C'est avac l'Ame enliére (iùv 5X5 tî ^^1^ qu'il faut aller à la vérité, a

(1) Nous Eommes heureuï do pouvoir renvoyer sur ce point le lecteur à M. Kaftan [Glaube und Dogma, p. 21-23]. M. Kafta.n s'atlaclie à montrer l'unité indissoluble, dans la pereon- Dalitê, des trois facnllës de l'imo. de la paos^o, du sentiment, de la volonté, en particulier, leur unité indissoluble dans le fait psychologique de la foi. L'homme , tel qu'il est spirituellement organisé, oe saurait avoir la foi sans la penser sous miB forme quelconque. La pensée, le sentiment, la volonté ■ont les éléments constitulirs de la foi , parce qu'ils sont les éléments de la vie personnelle. Tout essai de scission serait mutilation. Le triage proposé par M. Dreyer (dans son Undogmatisches Chrislenlhum, qui expose des thèses analogues i celles do M. Sabatier) est une impossibilité psjcholo- G et SE fonde sur une conception incomplète de la foi.

32 LE DOGMB GREC.

que les facultés de Thomme se valent , sont d'une égale importance, méritent une égale confiance, que la raison vaut le cœur, vaut la volonté. La conclusioa ne découle pas des prémisses. Et conclure ainsi , ce serait être intellectualiste , car sans doute Tintellectualisme proprement dit consiste à mettre la raison au-dessus du cœur et de la volonté. Mais c'est encore de l'intellectualisme, quoique atténué, que de mettre la raison au même niveau que la volonté et le cœur. Il n'y a pas juxtaposition, mais hiérarchie. La vérité n'est pas dans la coordination, mais dans la subordination. Partout, dans tous les domaines, en vertu de la suprématie universelle du devoir, ce sont les facultés proprement morales et religieuses qui doivent commander, et c'est toujours aux autres d'obéir. Avec M. Pillon, nous définissons l'homme une volonté servie par une intelligence.

2** L'expérience intime, l'émotion, le sentiment, à eux seuls, ne peuvent pas constituer la religion subjective. C'est seulement en vertu d'un élément intellectuel antérieur et présent que ces expériences, ces émotions, ces sentiments peuvent porter l'empreinte spécifiquement religieuse. — Et cela pour bien des raisons. Par exemple, si on veut bien y réfléchir, Texpérience, pour être religieuse, doit être morale, n'est-ce pas? Là où il n'y a pas liberté, c'est-à-dire conscience de soi-même, délibération, réflexion, intelligence, il n'y a pas de moralité. La volonté ne peut agir librement qu'en présence de motifs. Les motifs ne sont pas la cause déterminante, contraignante, mais ils sont bien la condition de l'acte libre. Les motifs

s DO0U8 OnEO et L'iHTELLEOniAUn».

sont des idées. Sans idées coiisnienles, il pourrait y avoir sensibilité obscure , passion .aveugle , fatalisme , magie; il n'y a pas moralité, partant pas religion. — Au fond, malgré toutes les subtilités de ses partisans, la théorie que nous combattons est bien la doctrine de la magie, la doctrine d'une vie spirituelle conçue comme je ne sais quel « fluide subtil que l'homme reçoitinconsciemmentet magiquement d'en haut(l). s

3" Sans élément intellectuel, avec l'eïpérieuce pure, nous resterions dans le domaine esthétique. Nous y resterions et n'en sortirions pas. Ces impressions purement émotionnelles ne donneraient lieu à aucun dogme, à ancun développement intellectuel. Pour que de la religion naisse la théologie, il faut qu'il y ait déjà de la théologie dans la religion, — de la théologie, c'est-à-dire quelque chose d'intellectuel. De même que MM. Astié, Dandirao, Sabatier sont dans l'impossibilité d'expUçiuer autrement que par la magie la génération spontanée de l'expérience pure, de même ils sont dans l'impossibilité de rendre compte du passage de l'expérience pure au dogme intellectuel et de la création du dogme par le sentiment pur. Il y a là uD abîme infranchissable.

4» Supposé que nous admettions la doctrine dont nous venons de montrer l'erreur, supposé que nous admettions que toLit élément intellectuel soit non pas seulement inféj'ieur en importance, mais postérieur

(I) Le Clu-élien Éuongéiiqui lions en réponse aux quesl 20 ïaptembre 139!, p. 395.

do M. Godet : Explic.

' 34 LB DDOMB aaso.

chronologiquement à l'expérieDce, il n*eii reste pas moins que le dogme postérieur à une expérience donnée, produit par elle à une époque, est antérieur à l'expérience des générations suivantes. Eli bien! ce dogme antérieur iûflne-t-il sur celte expérience postérieure, oui ou non? 11 inilue sur elle. Et M. Dandiran l'avoue : autrement pourquoi dirait-il

1 Nous avons besoin d'iino dogmaliqut

Et M. Astié le confesse : autrement poui dirait-il :

a Un développement du dogme est indispensable, de toute première nécessité. La piétô pratique à elle seule est insuffisante... Le sentiment chrétien, qui est bien le premier facteur, sous peine de tourner à l'aigre, à la fantaisie subjective, a besoin d'une raison chrétienne pour lui donnar du ton, lui prêter de la tenue (1). n

(1) La fin dFS dogmes. Reçue de théologie si de philosophie, juillet 1891, p. 372, 374, — Cf. Sabalior, De U vie inlime dei i dogmes, p. 25-26 : i En supprimant le dogme chrêtiea. on prime le cbristianisme ; en écartant absolu mont tonte doctrine ' religieuse, ou tue la religion elle-même... Une vie retigienM.' qui ne s'eiprimarait point, ne se connaîtrait point, ce se < muniquerait point, b — M. Sabatier va même beaucoup plO!,' loin, jusqu'à la contradiction. Voici ce qu'il lui échappe d'écrire : > Le cbristianisiiie a derrière lui une autre révéler' tion et d'autres espérances : la révélation de Dieu et d'un supérieure dans l'apparition historique de Jésus-Christ. Qu'us' homme préparé raoralement à entendre l'Evangile se mette fc la suite dn Christ, écoate ses paroles, péuétre dans son laaaf,

Voilà donc qu'il demeure élabli que, actuellement, le dogme exerce de l'influence sur la piété, agit sur elle et la transforme. Résultat deTeApéneiice passée, soit! mais, à son tour, le dogme a en quelque mesure l'espérience future pour résultat.

5' Il se trouve donc que si l'expérience a d'abord créé le dogme, le dogme le lui a bien rendu ; et d'expérience eu dogme, de dogme en expérience, non seulement le dogme évolue (acceptons pour le moment la théorie de l'évolulion des dogmes que nous examinerons au chapitre VI), mais l'expérience elle-même évolue. M. Sabatier nous avait assuré que dans le dogme il y avait un élément permanent, l'expérience, et un autre variable, le dogme qui évolue. C'est

comprenne sa mort, el il s'écriera ; n Dieu est nmotir! » cammo tout à rticure te spectateur dee forces de la nature disait ; ( Dion est grand! u Et cette proposition nouvelle, tradDÎsant un rapport religieux nouveau, deviendra à son tour le principe de tous les dogmes chrétiens i> (p. 33, note]. Est-ce qu'un homme peut être préparé moralement à entendre l'Evangile sans intervention de notions intellectuelles? Est-ce que ententiro l'Evangile se peut faire dans U suppression de toute sctivitë de l'intelligence? Est-ce que écouter les paroles de Jésus-Christ, comprendre sa mort, n'impliquent en aucune mesure la coopération de l'entend cment ? En vérité, on aurait presque envie de retourner contre M, Sabatier le blâme sévère qu'il adressait naguère à M. Godet : « Ce sont là de mauvaises façons de parler, parce qu'elles ne sont pas exactes. Pascal, avec son esprit rigoureux, ne les aurait pas approuvées. Ne Taudrail-il pas mieux renoncer â ces impropriétés et à ces contradirlions de langage? u (Reuive chriîifenne, 1" janv. 1892, p. M.)

inexact. Comme le dit Lyman Abbott (l),i'expôrwj spirituelle change toujours. Tout est entraîné t l'évolution. Il ne reste plus rien de fixe. Et l'on o prend fort bien que M. Sabatier ait pu terminerj récent article (2) par ces réflexions :

a Considéré du poiot de vue gëuâral de l'évoliitiou i verselle, le christianisme devient tout autre que ce qu^J cru jusqu'ici qu'il était. I! n'y a, pas que les dogmew ciel, du purgatoire et de l'enfer qui se modifieut, Ceax] la création , de la chute , de la rédemption espialoire j dent leur signification absolue. Us ne représentent ( guère que les moments successifs et relatifs de l'évola^ de la vie. Peut-on s'arrêter là? Le christianisme lui-m ne court-il pas !e risque d'éfre entraîné à son tour danj courant et de paraître, au lieu de ia révélation unique/ moment de la révélation universelle? Oui, s'il n'est p révélation parfaite de la vie éternelle, a

Nous venons de voir que cette réserve n'est pas s usante à nous rassurer. Pour qu'il reste du chrîs^ nisme quelque chose de permanent, pour que c^ vie éternelle ne soit pas éternellement changeantafl ne se dissipe pas dans cette évolution éternelle, il îgâ drait qu'il y eût un élément flxe dans le dogme et q cet élément intellectuel fût donné dès le début a et dans une expérience religieuse type. Âutrem c'en est fait du christianisme. — Qu'on le remart

(!) « Spiritual expérience is always new chrislianily, by Ljmun Abbott, 1892).

(2) Publié dans le Temps, sur le Problèn de M. Pétavel Ollift.

I {The évolution

LE DOQME OBEC ET L'iKTSLLECTUALISUE. 37

d'ailleurs, nous ne demandons pas qu'on nous fourn un èlémenl intellectuel fixe à l'état pur ou une expérience religieuse type h l'état puj'. Qu'il s'y mêle éléments transitoires et caducs, nous n'avons rien à objecter. C'est le fait, et la raison du fait est morale : il s'agit ici comme partout de laisser h la liberté, à la responsabilité iQdividuelles autant de jeu que cela est possible. Mais ce qu'il faut, c'est que, dans loutes les expériences, comme dans tous les dogmes, et dès le début, il y ail, avec ua élément expérimental, sensible, Ujpe, un élément intellectuel permanent et déflnitif.

A nos yeux, la théorie ne peut donc pas ou du moins ne doit pas se soutenir. Et ses adeptes ue sont pas fondés à affubler ses adversaires du surnom d'intellectualistes. Quand nous affirmons que des motifs sonl nécessaires à l'accomplissement d'un acte libre, noos n'entendons pas assurer que ces motifs sont l'essentiel, et l'acte libre l'accessoire. Quand nous déclarons que sans idée il n'y a pas de moralité, nous n'entendons pas subordonner en importance la moralité à l'idée. C'est parce que nous tenons à la moralité comme à ce qu'il y a de souverain dans le mondo que nous postulons l'idée. C'est parce que nous voulons l'acte libre que nous réclamons des motifs. Lorsque nous soutenons qu'il y a un élément intellectuel dans la religion subjective dès son origine, nous n'obéissons nullement au désir de placer l'intelligence au-dessus do la Tie morale et religieuse, au-dessus des délermin allons de la volonté et des affections du cœur, nous ne voyons dans l'iutelligeuce qu'un moyen.

un instrument, une condilion ; mais comme nous estimons que sa disparition entraînerait celle de la vie spécifiquemeiU morale et religieuse, et comme nous ne voulons pas voir disparaître celle ci, nous insistons pour qu'on fasse à l'intelligence sa part, — sa part subordonnée et secondaire, mais indispensable.

L'intellectualisme est la tendance qui consiste k placer l'intelligence au-dessus des facultés religieuses et morales quant à l'imporlance. a L'élément pratiqua et vivant, la foi, serait donc le prius t d'après Kaftan, dit M. Astié. Le prius au point de vue de la valeur? oui. Le prius au point de vue chronologique? nou. C'est donner le change an public et jouer sur les mots que de vouloir confondre ces deux sigoi fi cations du prius.

Le dirODs-nous? Il nous semble que tes honorables théologiens dont nous discutons les idées sont pris ici en flagrant délit d'employer le procédé dont ils reprochent à l'Eglise primitive d'avoir usé par rapport à Jésus-Christ. On sait quel est actuellement l'argument favori des adversaires de la préexistence personnelle de Jésus-Christ : ils déclarent que c'est là un dogaifl spéculatif provenant de ce qu'on a remplacé et précisé à tort la notion d'excellence par celle de priorité dana le temps. Eh bien I c'est justement le procédé appliqué par MM. Astié, Dandiran, Sabatier, aux facultés, morales et religieuses. L'excellence de ces facultés, leur supériorité sur l'intelligence dans la religion eal incontestable. Ils transforment cette supériorité eDj priorité chronologique et prétendent que les facultés proprement morales et leur exercice est antérieur à

Ec ET l'istellectdalismb. 39

celui de l'intelligence et ea est indépendant. Nous leur demanderons de vouloir bien s'appliquer à euimêmes leurs propres principes et de ne pas étayer leur doctrine précisément sur la forme de spéculation dont ils ont entrepris de débarrasser la théologie.

Quant h nous, dans la foi nous constatons non seulement le sujet qui croit, mais l'objet en qui l'on croit (Jésus-Christ manifesté historiquement à nous par des faits et des idées) ; et , dans le sujet qui croit, ooufi trouvons non seulement nn sentiment, mais une connaissance.

En dernière analyse, il n'est pas mauvais de se dé- Qer de cette accusation d'intellectualisme qu'il est si facile de lancer à ses adversaires , quels qu'ils soient. L'opposition à rintellectualisme pourrait bien parfois na valoir pas mieux que l'intellectualisme lui-même. '1a réaction contre l'intellectualisme, eu sol, est juste et bonne; mais, comme toutes les réactions, elle est susceptible de dépasser la mesnre : il semble que c'est bien le risque qu'elle court à celte heure.

De cette antipathie contre l'intellectualisme érigée en machine de guerre contre les dogmes grecs, on peut démêler deujt principes :

l' L'idée chère aui libéraux, en France et ailleurs, la thèse favorite des unitaires en Amérique et en Grande- BrelAgne, l'aETirmation de riiintililé des doctrines.

Peu importe les doctriuL's ; ce qui importe , c'est la vie, dit-on. El, par suite, comme le dogme grec, c'est de la doctrine, peu importe le dogme grec.

Ce qui importe, c'est la vie; les doctrines ne sont

3 seulement indifférentes ; au fond, elles s

lies à la via qu'elles emprisonnent , gênent fient. Et, par suite, comme le dogme grec, c' doctrine, le dogme grec n'est pas seulement inutile, il est positivement dangereux.

Ceux qui ne rejettent pas tous les dogmes et par conséquent les dogmes grecs comme frivoles et périlleux , cens qui veulent encore des doctrines , ce sont des intellectualistes !

Notez que si professer une doctrine et croire à son importance, c'est être intellectualisle, les adversaires des doctrines sont, eux aussi, des intellectualistes, puisqu'ils professent la doctrine, capitale à leurs yeux, de l'inutilité et du danger des doctrines. El comment ne pas être inlellectualiste à ce compte? à moins de mutiler l'être humain , de faire abstraction totale de son intelligence : ce qui ne laisse pas que d'être difficile. Car s'il est fort aisé d'en user mal , il est moins aisé de n'en user pas du tout. El, comnie nous le disions tout à l'heure pour l'hellénisme , on réussit mieux à en médire qu'à s'en passer.

Peu importe la doctrine; ce qui importe, c'est la vie, nous dit-on. Fort bien ! Mais, étant admis que la vie est l'essentiel — ce qui est aussi incontestable qu'incontesté, et ce qui , étant admis , nous sauve de l'intellectualisme dans la seul sens blâmable du mot — la question est justement de savoir si certaines doctrines ne sont pas nécessaires à la production al â l'entretien d'une certaine vie. Les doctrines ne sont pas la vie! assurément. Personne ne dit qu'elles le soient : découle-t-il de là qu'elles ne soient pas indis-

LR DOQMB GREC ET l'iNTELLECTUALISME. 41

pensables à la vie? Les doctrines ne sont pas la cause de la vie 1 Voilà qui est entendu : découle-t-il delà qu'elles n'en soient pas une condition?

Ici on a recours à un grand argument. On nous cite tel et tel grand chrétien qui ne professe pas certaines doctrines que nous professons. Et aussitôt d'en conclure à l'inutilité de ces doctrines. Vous voyez ce savant aussi pieux qu'érudit : il rejette les dogmes grecs, et cela ne l'empêche pas d'être pieux. Donc les dogmes grecs ne servent de rien — à moins que vous refusiez de voir un chrétien dans votre frère, à moins que vous osiez i'analhématiser, le damner!

11 faudrait voir où conduit cet argument. Bien appliqué, il est malaise de découvrir ce qu'il peut laisser subsister : car enfin qui de nous ne connaît des rationalistes qui mènent une vie aussi morale et spirituelle que tels évangéliques — quelquefois plus? Donc, comme c'est la conduite, la vie, le sentiment qui importent par-dessus tout, pas n'est besoin d'être évangélique. Plus que cela, qui de nous ne connaît des libres penseurs, des incrédules, supérieurs en moralité tout au moins, si l'on ne veut pas dire en spiritualité, à tels et tels chrétiens? Donc, il est inutile d'être chrétien.

Mais oui, répondront nos honorables adversaires, il est inutile d'être chrétien au sens où vous l'entendez; il est inutile d'être évangélique au sens où vous l'entendez — au sens doctrinal. La vraie religion, c'est la vie (1). — Et là-dessus, si vous les pressez, ils

(1) On peut appliquer à la vie dans la religion ce que

s GHEC. .

vouB répliqueront d'un air fin : «. Par vie, quoi qu'o en dise peut-être, nous savons parfaitement ca que nous entendons, » Ehl dites-le donc, si vous le s braves gens, chrétiens si vivants ! Gommuniquez-noiis votre tientieiirense sciencel... Mais, prenez-y garde, ai vous ouvrez la bouche, vous voilà intellectualiste»!' — intellectualistes h votre compte !

L'aversion exagérée pour l'intellectualisme conduit logiquement à rendre intransmissible, à isoler dans le silence de la conscience individuelle une vie que doctrines seules ont rendue possible et qui, sans elles, n'existerait pas (!)■

M. Fouillée dit du plaisir dans la morala : « Le mùtaphjsicieo pourra adresser aux partisaos du positivismo moral, et, en généra] , de toute moralo exclusivemeot sciontiSque , eetiA question qui n'a pas moins d'à'propns aujourd'hui qu'au tompf de Platon ; — Savez-vous en déSnitiTe ce qu'est le plaisir T — Nous n'avons pas besoin do le savoir, réponiira-t-on Quoi? il s'agit d'ériger une chose en bien suprême, en i nier objet do notre activité, en Sn dcriii(;rc de toutes puissances ; il s'agit , pnr conséquent , de la préférer â tout le reate, et il serait inutile de se faire une idée juste, ou tout a moins une hypothèse raisonnéo sur ce que cette chose est 8 soi? Si nous allions, comme dit Platon, prendre le fantûruo d'Iiéléne pour une Hélène véritable, et mettre notre vie tiére au service ■ d'une simple apparence du plus (^aitd | bien I n {L'Avenir de (a mélaphyslque fondée sur l'expérienee,. 5-167.)

(t) 1 L'esprit insaisissable, justement pour demeurer l'espril ne pas se transformer en je no sais quelle force psychique iQgle, ne peut se communiquer que par lo moyen du Inu-

jt pas s'exposer à toutes les aberrations d'un rays-

s DOGJIH ODBC BT 1

présent, les adversaires de rîntellecluaiisnje ne liqueDt pas de logique : cela se comprend; il est assez naturel que, rejetant l'intellectualisme, lorsqu'on le fait d'une certaine façon, on rejette, avec, l'intelligence, la raison, le bon sens.

Quant à l'argument des chrétiens sans doctrines, il tire une déduction illégitime d'une anomalie incontestable qui s'oïplique par l'inconséquence humaine. Etre chrétiens, vivre ici-bas d'une vie chrétienne, et plus lard, dans te ciel, être sauvés et bienheureux, ces chrétiens sans doctrines le pourront, certes. Mais ce n'est pas ce dont il s'agit ici. Il s'agit non du chriatianisme qui se maintient dans telles ou telles dmes exceptionnelles , sporadiques , en dépit des contradictions flagrantes, par la vertu d'une inconséquence qu'on n'a pas le droit d'ériger en règle, et d'une illogicité dont on n'est pas autorisé à se réclamer, mai» I du christianisme plein, entier, conséquent avec luij même. C'est ce christianisme-là qui est en question. C'est lui dont il s'agit de voir s'il n'est pas menacé dans son existence (1).

ticiBme : qu'on entend par Evangile , ce

Dieu. • Lèopold Monod, Le probl (1) Dans son eiistence pour no .111 monde ne peut Tairo que loi 'christianisme ne se soient pas passés; 'peut empÉchor yne Dieu ait fait ce qu'il

oii il l'a fait. Mnisun christianisme inco

des tioraœes

de la terre :

il faut bien dire ce ntond par Parole de Vautorilé, p. 112-113.

istilutifï du 1 monde ne

dédaigné

, 3 renvoyé

ciel, et claquemuré dam la pensés et la eon-

LB nOQME QREC.

Nul plus que nous n'est prêt à reconnaître la piété personnelle de tous ceuK dont on se plaira à citer les

liant vaudrait dire qu'il n'y a plus de christianisme. — Vaui aigtiez donc quo le christianisme eu vieuno jamais là? Vou cz peur! C'est la Ihiologie de la peur, non la théologie dt

(a foi! ~ Il y I ai coupable, ci usurper le non et dangereuse i La prenons -no gion tombe av christianisme.

peur qui n'ci

mrae il y a

la liberté, o m? Si non,

i absurde et ne profonde

s'engager, k tel ou i toujours plus de Die

Eglise

ule morale : laissons là lo Christ et !• i , alors nous devons être persuadés qua ■r Élemellcment à Dieu, que l'homme peut tel raonient, dans une voie qui l'èloignB' :t d'oti , finalement, il lui soit impoinir. Noua devons admettre que tel individu, tella iJétourner progrcssivomcnl terminer peu à peu à l'erreur et au mal, s'endurcir. Nous devons accepter cette idée que le sort de rbumanïtc en général at des individus humains en particulier n'est pas arrêté de toute éternité, mais se fait au jour le jour, se décide minute après minute, par l'effet do la double action combinée de Ik liberté humaine et de la liberté divine. Nous devons tenir que la peur, — une certaine peur et dans une certaine mesore, — peut être ee qu'il y a do plus légitime, pour nous, si nom nous surprenons dans une vola de déchéance morale et spiries preuvM.

dissolution.

a mort àat me... EtI»

pas réell»-

tiielle; pour noire Eglise, si nous d'ia&délité et d'épuisement; pour l'hUTnanlM, si i progrés du mal, les reculs du bien, 1.

de ce qu'il y a do noble, de grand, de généreux affinités naturelles de l'homme pour lo cbristiai foi ne fait rien à l'aiTairo. Une foi qui ne tiendra

compte de la liberté serait une contradiction, puisque W acte d'Ame, avant d'être et *Qn de devenir un âtl^

Mais la piélè personnelle de ces excellents jeas ne prouve rien dans la question. Il faudrait commencer par établir que ces chrétiens sont parfaitement conséquents avec eux-mêmes, possèdent une parfaite unité de pensée et de vie, et que leur vie ne vaut pas mieux que leur peusée : cela n'est pas évident. Parfois, il se trouve que la vie se règle d'après des idées k moitié inconscientes, en contradiction avec les théories qu'on professe publiquement. D'ailleurs, tels négateurs de telle doctrine ont grandi dans la croyance à celte doctrine, et ont été formés par elle avant de chercher à la renier. Leur âme, leur vie pratique a retenu l'idée que leur intelligence repousse. L'impulsion reçue persiste encore, une fois le moteur disparu ( 1 ).

16, pnisquo Is foi est chosa ilo libro voloctc. Dieu nous a

lus, il no peut nous sauver sans nous et malgré

K Apercevons tout ce quo ces propositions onfcrmont Je

- Voua ne croyez donc pas que la vérité doit finir par

ir triompher, coûte quo coûte, quoi qu'il arrive?

ins du monde! Je ne partage pus cette Toi mys-

ISans le pouvoir irrésistible do la vérité. La vérité ne

Rremporter que par suite du libre acquiescement de l'hu-

i, laquelle peut refuser ce libre B,cqui es cément, puisqu'il

- Vous avez donc peur que le christianisme suc-

Je me borne h répondre que le christianisme ne

\a qu'il est, la religion morale et religieuse par ei-

il n'était pas au pouvoir de l'homme do le taire

r et pour lui et pour d'autres ; et que, quant à nous,

responsabilité individuelle eSit directement engagée dans

3 du chi

e cet Échec.

! do (

t M. Bninctiérc, a que,

Dans cette inconséquence, plusieurs voient le fruK du péché qui a porté le trouble et le désordre dans la machine huoiaine : pour notre part, nous préfèrerions y voir le fruit de la liberté. Nous sommes li peu intellectualiste, dans la vraie et seule acception condamnable du terme, que nous faisons énorme heaucoup plus énorme qu'on n'est disposé à l'admettre généralement, l'influence de la volonté, des passions, des sentiments , dans la formation et le maintien croyances. Dans un très grand nombre de cas, il n'y a pas de logique en question : comme on ne peat affirmer que par actes de foi , c'est la liberté qui décide, en déterminant d'après des motifs — maîi l'existence de motifs ne détruit pas la liberté bien comprise — dans quel sens se portera l'a^en liment volontaire. Et dans les cas où la logique indique, impose une décision, et une seule, eh bien I même alors la liberté peut refuser parfois el refuse en fait de s'incliner devant la logique, et passe outre. N'i TOUS pas rencontré des gens qui ne réussissent pas à trouver une contradiction là où vous en découvre» une, évidente, monstrueuse? Et inversement. C'est

dans l'évanouissement lojit des andonnes croyances

pouvons cependant continuer d'âtrc gens de bien, grâi

quo coa croyances ont jadis insinué , dans le sang d'où nous

Tenons, de moralité secrète ot de vertu latente. Tout un pafisA

vit toujours eu nous, dont nous n'avons

nous raillons niéms ou que nous insultons parfois,

^epcndaut nous ne réussissons pas à détruire en noui

' c'est peut-ftre le meilleur de nous u (Hiilolr* lillérature, t. Itl, La question du lalin, p. 3^3-344).

Il'bumme exerce une telle domination sur ses [tâs , qu'il peut parvenir à s'entraîner lui-mâme à Iqs voir la contradiction là où elle est et à la ■là où elle n'est pas.

Eomme , \es idées influent sur la volonté et les tiens. Et la volonté et les affections influent sur 3a. Mais il y a liberté, volonté partout. L'indes idées sur la volonté et les affections n'est jujours fatale, nécessaire, contraignante : c'est ;î nous explique l'existence de gens inconséquents (nsent bien et vivent mal, ou qui pensent mal et it bien. Et l'Influence de la volonté et des afTec- Bur les idées n'est pas non plus toujours fatale, coQtraignante : c'est ce qui nous explique mce de gens inconséquents qui vivent bien et int mal , ou qui vivent mal et pensent bien. La régit le rapport de la doctrine et de la vie, elle régit la vie, comme elle régit la doctrine, faits d'inconséquence sont le plus souvent des individuels, isolés. De ces faits, y a-t-il lieu de lure qu'il faille mépriser ia logique, ériger l'in- [uence en principe, déprécier les idées , reponsdoctrines, et, sous prétexte que la liberté viole isla logique, ne tenir aucun compte de celle-ci ner la parfaite inutilité des dogmes , grecs ? Non , car si la logique est parfois violée "idueliement, ce serait nue erreur de croire que violations puissent impunément être répétées, généralisées, érigées en règle (1).

(I) « Jfl SI

t M. Navillo, n que la n

Nous pouvons encore ici appuyer nos réflexions d« l'autorité d'un des chefs du crilicisme français, M. Pillon, qui s'exprimait naguère de la sorte :

a Qu'est le protestantisme libéral? C'est essentiellement un protestantisme sans confession de foi. Sans doute, une confession de foi protestante ne peut prétendre à un caractère d'immutabilité, parce que le christianisme protestant exclut, par son principe même, l'infaillibilité dogmatique. Mais il ne suit pas do là que l'on doive, dans le protestantisme, rejeter toute confession de foi. Nous ne voyons pas quelle action éducatrice et moralisatrice peut exercer sur la démocratie un christianisme qui reste absolument individuel, un christianisme sans Eglise. Car, quelle auire base que des affirmations communes peut-on donner à une Eglise?— L'unité morale d'une Eglise, dira-ton, peut reposer uniquement sur des sentiments communs. — Non , répondrons-nousL (!); des sentiments communs ne peuvent

gation de la liberté entraine la suppression de la morale pratique pour les individus. Les hommes ont la faculté d'être inconséquents, faculté malheureuse pour ceux qui professent de saines doctrines, fort heureuse pour ceux qui en professent de mauvaises. Leibnitz remarque, avec raison, que les chefs d'écoles philosophiques dont les principes entraînent la négation de la morale, ont été en général do fort honnêtes gens. Cela s'explique par l'influence moralement salutaire de la culture de la pensée; mais l'inconséquence est un phénomène individuel, et la logique finit par retrouver ses droits. Les partisans des doctrines du sobre Epicure ne se distinguent pas tous par leur parfaite sobriété » (Le libre arbitre, p. 158). (1) Cf. Ollé-Laprune, Les sources de la Paix intellectuelle : «... Il y a donc lieu de conclure, non pas que l'unanimité morale se passe de l'accord intellectuel, mais, au contraire, qu'elle l'implique. Partout où il y a vouloir conjmun, effort

T.B DOTMB BIIKO W L'ISTKLtBCTUALLBKK.

! soutenir , produire une volonl.é commune, une action ■nmnno , sans principes communs. C'est une cbimèro maginer une siihère de l'entendement où ne pénétreait rien de passionnel; mais c'en est une autre d'imaginer Bphfcro de l'affeclivitô fermée à l'action des jugets et des croyances. Prenons garde de séparer arhitraiemeot, comme le faisait l'ancienne psychologie des facul- I do l'âme, des phénomènes mentaux intimement unis, 'enons garde de pousser une réaction légitime contre le Ilgmatisme et l'intellectualisme Jusqu'.^ méconnaître cette blilé psychologique évidente : l'influence des idées sur les rntiments (1). a

K^Dsèe très précise, très cette... Sans doute, c'est trop ^nais précisément j'y insieta pour bien fairo voir (guo Umîté morale ne va pas sans accord intellectuel, que les ne s'unissent pas dans un mOme vouloir sans une endes esprits dans une même pensée... Si aucune idée nuno no préexistait à la volonté commune, quelle union IPaït possible? Aucune... Ce qui est incontestable, c'est que it accord des volontés snppnse au moins une idco commune, (nous devons dire que l'unanimité morale sans accord intel- IBtucl est une chimère » (p. 9-13). — « Il n'y a dans le pur Intiment, il n'y a dans le pur lion vouloir aucune base solide 0, d'association , de commune action... Pour avoir bniou dos ànics. il faut l'unité de pensée, il faut au moins ne I proclamer la division intellectuelle comme le meilleur oyoa d'union morale u (p. 26].

(1) Cf. Liard, La science positive et ta mélaphysique, p. 40Ë- 107 : » Notre vie morale est une lutte pour l'existence entre nos diverses idées... Notre histoire morale est la série dos rlriompbes et des défaites de nos idées. Nous n'agissons pas itous de la mémo manière , parce que nous ne pensons pas rtous do la Niêmc fai,:on ; notre façon d'agir individuelle se

Complétons cette citation par la suivante :

« Pour avoir une religion, noua devons nous faire de ti puissance divine une idée déterminée, de son rapport avec l'homme une idée déterminée, et formuler des doctrioee, établir des pratiques sur le fondement de ces idées. C'ei ce qui est arrivé dans le cbristianisme, mais ce qui o'arri verait plus si les idées de Dieu et de son rapport avec l'homme devaient se borner à ce qu'elles sont dans l'esprit des protestants libéraux. Ils vivent du dogme et du culte ancien, que leurs notions actuelles de religiosité vag de large édification ne seraient pas capables de produi ne sont pas capables de remplacer (1). n

2° Nous avons dit qu'il y avait deux principes au

modifie selon que se :

détermiDisuio apparent,

: idées. Mais, malgré s libres, car nous crèonl nouE-mémes nos idées. > — Cf. aussi Alf. Fouillée, L'éducation et la sélection {Revue des Deux-Mondes, l" p. 56S) : n La conduite dépend en grande partie du cercle del idées que chacun se forme sous l'influence de l'cipérienca, des relations sociales, de la culture intellectuelle et cslhétiqBa qu'il a reçue. Chaque homme finit par posséder un ensembll de notions généraios et de maximes i]ui devient la : ses résolutions et de ses actions, parce que le tout se fond SS' un sentiment et en une habitude. La tendance à tout traduira en maximes est manifesto, même chez les enfants, parce q la maxime ost une généralisation qui satisfait la pensée, doue la cercle des idées se trouve être incomplet sur quelqW point important, s'il s'; glisse des notions fausses i maximes immorales, on sera conilamné à une faiblesse il rabie ou au vice, tout comme une nation dont le Code c tiendrait de mauvaises lois fondamentides. u

(I) Article, non signé, de la rédaction, dans L& CritiqviM philoiopliique, mi, t. 11, p. 304.

fond de celte antipathie contre l'intellectualisme , érigée en machine de guejTe contre les dogmes grecs. — Lb second est l'idée rilschlienne, qu'il ne faut plus de métaphysique. C'est l'à priori autimélaphysique, dont se fait gloire uuo école qui se pique de positivisme en religion.

Nous nous rappelons avoir lu dans un roman français sur l'Amérique l'histoire d'un homme qui , croyant avoir quelque raison d'être irrité contre un clli ea . lui tient ce discours : « Pour toute vengeance, le contenterai de te donner un vilain nom, » et , .iilsant l'animal jusque dans la rue, il se mat tout ;p à crier à pleins poumons : i Chien enragé ! gé! B Et tout !e monde de courir sus à int et paisible animal, qui ne tarde pas à sucir sous les coups de bâton et les projectiles... lie de Ritschl use et abuse du vilain nom. Elle e volontiers l'épithèLe de métaphysique à toute ine qui lui déplaît. Elle est sûre, par ce procédé, ivoquer immédiatement quantité de genscontre doctrine. Car elle flatte de la sorte les tendances époque essenliellemeul positiviste, et qui s'éloi- [fl la spéculation peut-être surtout par faiblesse , issance d'esprit.

L6 ceui qui repoussent ainsi la métaphysique ne tndentpas eux-mêmes (1). Car s'il est certain que

l'FouiUée écrit avec raison : c Intorrogei ceai qui relétaphf slque ; vous reconnûtrez bien vite qu'ils la Bttent au nom d'un systâmc mcCaphysique, qui est natnrel- I lement le leur b [L'Avenir de la TnétaphyBiqvB fondée sut- l'ex-

tout ce qui est métaphysique u'est pas par là menu religieux, il est non moins certain que tout ce qui eit religieux est par là même métaphysique. Si vous ne, voulez h aucun prix faire de la métaphysique , abstenez-vous de parler de Dieu. Quiconque dit : « Je croiï en Dieu , " fait de la métaphysique. Et, d'ailleurs, pour ce qui est de s'abstenir elle-même d'en faira, l'école de Ritschl s'en garde bien. Si elle y réussissait,, elle cesserait par là même d'esister : elle n'a pas envis de pousser jusque-là l'horreur pour la métaphysique. Aussi un critique a-t~il pu s'écrier ; a Nous voudrions, que l'horreur professée par l'école de Riïschl pour la métaphysique fût moins intermittente (I). n

Un exemple : prenons l'idée de la préexistence pefv aoiiaelle de Jésus-Christ, une des afErmalions scripluraires les plus battues en brèche à l'heure actuelle. M. Lobstein, un disciple de Hilschl, ne veut pas admettre la doctrine de la préexistence réelle et personuelle du Christ, qui lui parait par trop décidément métaphysique, et il repousse la doctrine de la préexistence idéale, adoptée par M. Beyschlag, comme trop abstraile. Certes, on ne l'éussil pas à voir comment 11 préejiislence idéale pourrait être une doctrine moîas métaphysique que la préexistence i)ersonnelle. Mai* la notion que M. Lobstein veut substituer à la noliofl de la préexistence idéale aussi bien qu'à celle deU préexistence personnelle est tout aussi métaphysiqua

périence, p. 275], Et il n'a pas de peine a établir victori œeat cotto affirmation.

(1) Gretillat, Exposé, l. II, Propédeulique, p. 110.

D Xt L'UITBLI.ECT

que ces deux notions. C'est Véleclion rjue préconisa M. Lobstein , comme conservant le contenu religieux de la préexistence et n'en laissant tomber que la formule métaphysique. Mais essayez d'exprimer en lers simples et clairs cette idée d'éleciiou, il vous sera Msible d'arriver à une définition qui ne contienne &de métaphysique. De toute éternité, Dieu a résolu ^re naître à un certain moment, dans l'histoire llumanitè en général et d'Israël en particulier, un Élie doué de certaines facultés, auquel il commuterait une mesure abondante, e.xtraordiuaire de teprit. Par conséquent, on peut dire que, de toute lÛté, Jésus-Clirist a existé dans la pensée du Père, &TDulu par le Père , élu par le Père... Est-ce que Best pas de la métaphysique que ces affirmations

s'est passé de toute éternité dans la p K volonté de Dieu (1)? — M, Lobstein n'adonc p

oit pas trop, quoi qu'en dise M. Lobstoin, la dif-

« qu'il y a entre sa théorie et celle de la préexistence

I, Toutes les deux mëritent qu'on leur applique les justes

lestions do M. F, Thomas dans ie Journal religieux de

'e i-omande (3 septembre 189Î, Ce qu'implique la sain-

^rpiifa du Christ) : n On tourne la difficulté en disant

B-Christ est bien une incarnation, mais l'incarnation

■ 'Parole de Dieu, non d'un Etre divin proprement, d'une

e divine; que Christ existait en Dieu avant l'incaroa-

Btiniquement comme Idéo ou Parole. C'est là une sorte

o qui no semble guère en harmonie avec la réac-

iela nouvelle école contre toute métaphysique, et surtout

v tonte infiltration de philosophie grecque dans la pensée

rien do plus platonicien que de concevoir un Être

ée. J'aime mieux, pour ma part, parce que c'est

le droit de coudamner la doctrine de la préexistent»' peraoDHelle du Christ de ce seul chef que c'est uns doctrine métaphysique.

Et voyez où eu aboutit , dans son horreur pour M métaphysique , l'école de Ritschl. — Le mêiiw M. Lobstein écrit quelque part ces ligties assez prenantes ;

* Déclarer que la safisfaction pleine et entière des besoins de la conscience et des aspirations du cœur est solidaire de la solution d'-un problème de critique hisloriquà, quelle qu'en soit l'importance, n'est-ce pas jeter le troul dans les âmes et les exposer à perdre cetle couronne qa'< les invite à tenir ferme. »

Il serait donc indifférent h la foi chrétienne qu'i démontrât que nous ne possédons pas une seule œuvre authentique de Paul , que le quatrième Evangile est t'œuvrc d'un faussaire, et que les synoptiques ne sont qu'un tissu île légendes et de traditions sans la moindre valeur historique? Il serait donc indifférent à la foi chrétienne qu'on nous prouvât par exemple que Jésus-Christ n'est pas ressuscité , ou même qu'il n'a. jamais existé? Nous aimerions hieu savoir ce qui n tera du christianisme quand ou aura exclu les idi«f {puisqu'on en veut exclure la métaphysique) et les /iitft

plus conforme aux déclarations du Maîtro et moins mêlé it métaphysique, admettre tout simplement la personaaiité di-

prends pas l'amcmr d'une p.ti'ole, sa Bloire, sa vie, sa saintaté, tandis que jo comprends parfaitemoat tous ces termes s'appliquent â une Personne, n

(puisqu'on veut être indépendant de la critique historique). Notez que cela revient à éliminer complètement la personne de Christ du christianisme, et à réduire celui-ci à des sentiments vagues, obscurs, flottants, au seu liment à l'état pur (1)1 D'autre part , ne savons-nous pas que l'école de Ritschl ne veut pas enteudre parler à'union mystique, c'est-à-dire de rapportsintimes, persounels et vivants entrel'âme et son Sauveur? Que reste-t-il alors en fait de christianisme? Plus rien , si ce n'est peut-fltre la maxime de certains do moyen âge ; Bene dicere de priore, faccre suuvi taliler gualUer, siuere mtindum Ire quovadit.

tontes les façons, la réaction contre l'intellece poussée jusqu'à la proscription complète des le la métaphysique (3), conduit au néant lière de religion.

Prétendre que les résultats de la théologie ne regardent pas l'Eglise et ne sauraient compromettre sa foi, cola revient la toi do l'Egliso n'a pas d^objot défiai; que sa religion n'est qu'affaire de sentiment et ne repose ni sur une Sonnaissanco positive de l'objet de la religion ou do Dieu, ni )a actes rédempteurs qui s'offrent à notre foi et fondent salut. Une telle religion ne serait plus un salut, clic be 'ésonilrait en une mystique ot impuissante aspiration, n G. G., Journal religieux des églises indépeTidanles de la îufsse romaniie, 33 avril 1893.

(2} Qu'on ne se méprenne pas toutefois sur notre pensée on métapliysiquo. Mous souscririons presque paroles de M. Paul Cliapuis : a Nous ne sommps cerles Biivorsuires de la métaphysique, ot nous pensons l'école Ihéologiquo de Ritschl a trop jeté de mépris sur

Eocore une fois , l'intelligence et son exercice sont secondaires, ne jouent que le rôle de moyens subordonnés ; il faut se garder de méconnalti'e ce caractère d'infériorité qui est assurémeni le leur. Mais enfin,' ni le senlimentne peut sans esertice antérieur et concomitant de l'intelligence être un sentiment spécifiquement chrétien, ni la conscience qui est simplement la i-aisoQ fonctionnant sous la catégorie de l'obligatioa ne peut exister et opérer saus l'intelligence, ui la volonté libre ne peut agir et se déterminer moralement sans des motifs que l'iiitelligence lui fournit.

L'intelligence est et doit être partout, parce qa* l'homme est un. Elle est et doit être partout subordonnée, parce que partout l'homme est soumis aU devoir, qui a dans tous les domaines la suprématie souveraine, qui est la raison d'être de toutes choses, leur but et leur explication,

La foi implique et postule des doctrines et de la métaphysique avant, pendant et après la foi, comme conditions, comme éléments iiitëgrauts, comme conséquences.

l'effort spéculatif; mais nous estimons qu'àTinvorso des Péros et dos Grecs, leurs maîtres, la métaphysique, comme telle, saurait être qu'un point li'arrivée et non unpoiiYl de dépari i {Revue de théologie et de philosophie de Lausanne, La tram formation lia dogme chrielologique, septembre 1891, p. 43yt Nous ftioatopiona seulement ; point d'arrivée imiispensable, tt

is nous demanderions s'il est vrai qu'il a'y ait abt lument pas de métaphysique explicite ou implicite &u poi de dép^C, et enfin, cela va sans itire, nous retirerions da c lignes la condamnation on hloc, un peu trop sommaire aprioristique , des Pères et des Grecs.

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