DE SARTINES, GIVRY
GIVRY
uillez vous rassurer , Madame. . . On m’a dit eu bas que
‘ 1 y( ocwle
vous n’étiez pas visible, j’ai demandé Monsieur... et c’est Monsieur que je viens voir.
M œ ' DE SAaTINES.
Ah! c’est Mousieur?.. Eh bien, vous n’avez qu’à passer dans la salle d’audiencé.
civet , faisant quelques pas.
J’y cours à l’instant. Madame. . . ( Revenant d elle vivement.) Mais puisque le hasard m’amène près de vous, permettez que j’en profile pour vous demander compte de la cruauté avec laquelle vous traitez un homme. . .
M“' DE SARTINE3
Prenez donc garde, M. de Givry, vous avez trop d’esprit pour vous servir d’une pareille phrase; la cruauté d’une femme... c’est bien usé.
C1VHY. ... •
Votre conduite avec moi, Madame, prouve que c’est toujours nouveau.
DE SARTIHES.
Encore!.. Ah ! laissons cela, je vous prie... Ne trouvez-vous pas que madame de Ponchartrain était mise hier à merveille?
* . GIVRY
Moi! je ne m’en suis pas aperçu.
m"' db sartinbs, à part.
Lé traître ! il est resté près d’elle toute la soirée ! ( Haut. ) Vous étiez donc aveugle?
GIVRY
Ab ! plut à Dieu !
Air d’Aristippé.
Quand vous passiez, si parée et si belle.
Devant mes yeux , qui suivaient tous vos pas,
En vain mon cœur voulait être rebelle ,
Dès qu’on vous voit, on ne résiste pas.
A vos attraits j’ai dû rendre les armes ,
Et maintenant je tremble à votre nom 1 Mais un aveugle , auprès dé tant de charmes ,
Aurait du moins conservé sa raison.
M“ c DE SARTIHES.
Vous savez, Monsieur, ce que je dots penser de ces galanteries, et je vous engage à me les épargner.
* GIVRY
Depuis huit jours. Madame, mon absence vous a prouvé ma discrétion, et j’espère que vous m’eu savez gré.
M”’ DE SARTJHES.
Sans doute; mais quoique vous fussiez éloigné, je n’ai point oublié le service que vous aviez réclamé de moi. J’ai parlé à mou mari de votre ami le chevalier de Saint-Félix qu’on ou
nace de la Bastille , m’avez-vous dit, pour quelques couplets un peu gais sur madame de Pompadour.
GIVRY
Quoi! madame, vous avez songé ? Ah! que je vous dois dç remercîmens!
M“' DE SARTIHES.
Ne vous pressez pas tant de me remercier. J’ai été refusée, et si votre cousin met le pied dans Paris. ..
GIVRY
Il y estl
M*” DE SARTIHES.
L’imprudent !
GIVRY
Une affaire dont dépend toute sa fortune, l’oblige d’y rester jusqu’à demain ; et je demandais que M. le lieutenant-général fermât les yeux seulement pendant vingt-quatre heures.
M°* DE SARTINES
C’était beaucoup exiger d’un homme payé pour les avoir toujours ouverts !. .
II faudra donc que je lui parle moi-même.
M m * DE SARTINES.
Il va venir; je vous laisse... Ah! n’oubliez pas que nous avons bal masqué ce soir!. . Vous vieudrez?.. avec madame de Ponchartrain ?
GIVRY
Toujours la marquise!.. Ah ! Madame, que vous êtes injuste!
DE SARTIHES.
Non, Monsieur, je regarde et j’observe, voilà tout.
GIVRY
Si je vous disais?. .
M°" DE SARTINES
Et que pourriez-vous me dire ?
GIVRY
Ne m’avez-vous pas interdit les expressions d’un amour. ..
M“* DE SARTIHES.
Qu’une autre accueille avec plaisir.
GIVRY
Tout le monde n’est pas impitoyable.
M"’* DE SARTIHES.
Oh ! la charité est une des vertus de madame de Ponchartrain.
GIVRY
DE SARTINES
Elle met sa gloire à les consoler.
GIVRY
Il est si cruel d’aimer sans espérance.
M“ c DE SARTINES.
C’est un chagrin que vous n’aurez pas arec elle.
givry, piqué.
Peut-être, Madame.
»”* DE SARTINES
Vous la trouvez s! belle !. . Ne vous ai-je pas entendu l’autre jour vanter sa grande taille , sa tournure noble et imposante?
GIVRY
Je n’étais que l’écho du public,- qui l’a proclamée une. des plus belles femmes de Paris.
M m ' DE SARTINES, (IVCC COUre.
Elle a l’air d’un soldat aux gardes.
GIVRY
Sans doute elle est loin de posséder vos grâces.
DE SARTINES
Oh 1 ne compare* pas !.. je perdrais trop à la comparaison!.. Je vous laisse chercher des consolations que madame de Ponchartrain ne vous refusera pas.. . Adieu, Monsieur.
CIVRY
Je vous en conjure, Madame.
DE SARTINES, à part. *
Sortons, car je ne pourrais contenir ma colère.
Elle sort par la porte de gauche.