‹ Le Don Juan de MozartChapitre 1 sur 19 · PAUL OLLENDORFF, ÉDITEUR · texte numérisé non relu

PAUL OLLENDORFF, ÉDITEUR

28 bis, RUE DE RICHELIEU, 28 biS

ML

AVERTISSEMENT

Don Juan, ce chef-d'oc'uvre incomparable et immortel, cet apogée du drame lyrique, compte aujourd'hui cent ans d'existence et d'universelle renommée : il est populaire, indiscuté, consacré à jamais. Est-il compris ?

Cette merveille de vérité dans l'expression, de beauté dans la forme, de justesse dans les caractères, de profon-

AVERTISSEMENT

deur dans le drame, de pureté dans le style, de richesse et de sobriété dans l'instrumentation, de charme et de séduction dans la tendresse, d'élévation et de force dans le pathétique, ce modèle achevé, en un mot, de l'art dramatique musical, est-il admiré, est-il aimé comme il devrait l'être? Je me permets d'en douter.

La partition de Don Juan a exercé sur toute ma vie l'influence d'une révélation : elle a été, elle est restée pour moi une sorte d'incarnation de l'impeccabilité dramatique et musicale : je la tiens pour une œuvre sans tache, d'une perfection sans intermittence, et ce

avertissi:ment.

commentaire n'est que l'humble témoignage de ma vénération et de ma reconnaissance pour le génie à qui je dois les joies les plus pures et les plus immuables de ma vie de musicien.

Il y a, dans l'histoire, certains hommes qui semblent destinés à marquer, dans leur sphère, le point au delà duquel on ne peut plus s'élever:

tels Phidias dans l'art de la sculpture, Molière dans celui de la comédie; Mozart est un de ces hommes; Don Juan est un sommet.

Un mot sur le but de ce livre. Je le dédie surtout aux jeunes compositeurs et aux interprètes de Don Juan. Je

AVERTISSEMENT

n'ai point l'intention de donner ici de leçon à qui que ce soit ; mais j'ai pensé qu'en présence des beautés si profondes ou si délicates répandues à profusion dans ce chef-d'œuvre impérissable, il pouvait ne pas être inutile de connaître et de contrôler les impressions et les émotions d'un musicien qui l'a aimé sans défaillance et admiré sans réserve.

L'Intuition, cette clairvoyance spontanée du Génie, n'est rien antre qu'une philosophie inconsciente : c'est la raison devinée par le sentiment qui est, chez l'homme, la première phase de la virtualité créatrice. De là l'infaillibilité du Génie; il voit, tandis que nous raisonnons. J'essayerai de faire comprendre ce qu'a vu Mozart.

Page 1