‹ Le Don Juan de MozartChapitre 17 sur 19 · LES NUANCES · texte numérisé non relu

LES NUANCES

On entend, par le mot nuance, le degré d'intensité d'un son quelconque, qu'il soit produit par une voix ou par un instrument. C'est dire que les nuances jouent, dans l'art musical, un rôle ana-

logue à celui du modelé dans l'art de la peinture.

On voit, par là, combien le respect des nuances est indispensable à qui veut rendre fidèlement l'expression d'une pbrase musicale, et à quel point le caprice irréflécbi de l'exécutant peut en altérer le sens et le caractère jusqu'à la rendre parfois méconnaissable en substituant aux intentions et aux indications de l'auteur des nuances et des accents de pure fantaisie. C'est là que l'indépendance du chanteur trouve le plus souvent l'occasion de se donner libre carrière, et Dieu sait s'il en use. Peu importe que la mesure en souffre,

que la prosodie soit violée, que le dessin mélodique soit altéré, qu'une affectation vienne détruire le mouvement logique et naturel de la période musicale, pourvu que le son soit remarqué et appla udi/90Mr /<«'-mgV<e. On se méprend du tout au tout sur la fonction et sur le rôle de la voix. On prend le moyen pour le /ji(t et le serviteur pour le maître. On oublie qu'au fond il n'y a qu'un Art, la PAROLE, et quune fonction, EXPRI- MER; que, par conséquent, un grand chanteur doit être, avant tout, un grand orateur, ce qui est absolument impossible sans la vérité absolue de l'accent. Quand on ne songe, au théâtre surtout.

qu'à chanter pour chanter, c'est, pour me servir d'une formule bien connue et bien usitée, comme si l'on ckantait.

Il faut, de plus, remarquer que la voix pour la voix est le moyen sûr et infaillible de tomber dans la monotonie, la vérité seule ayant le privilège de l'infinie et inépuisable variété.

Page 1