‹ Le Don Juan de MozartChapitre 18 sur 19 · LA RESPIRATION · texte numérisé non relu

LA RESPIRATION

Cette question importante de la respiration peut être envisagée sous deux aspects distincts : l'un purement

physique, l'autre purement expressif.

Sous le premier aspect, c'est au compositeur qu'il appartient d'écrire de façon à ne point excéder la puissance des organes respiratoires, sous peine de voir morceler sa phrase musicale en tronçons qui la défigurent.

Mais au point de vue de l'expression, c'est autre chose. Ici, c'est la prosodie et la ponctuation qui déterminent la respiration et en deviennent la règle; règle à laquelle, par malheur, on ne se soumet que trop rarement. On ne se fait point scrupule de couper en deux un membre de phrase, souvent même un mot, pour reprendre de l'air au profit

d'un son dont on veut exagérer la puissance ou la durée, au détriment du sens musical et de la prosodie dont le souci devrait passer avant tout. On est bien avancé quand on a dit, par exemple : « A loi tout mon — amour! » en introduisant, entre mo7i et omoia-, une respiration que rien ne justifie! mais on a eu le plaisir de s'étaler sur une syllabe brève jusqu'à perte d'haleine, le tout pour faire partir une détonation d'applaudissements ridicules et convenus. De pareilles licences ne vont à rien moins qu'à dénaturer la forme de la pensée musicale et à révolter le sens commun.

APPENDICE. 20o

LA PROXOXCIATION

Il y a deux choses capitales à observer dans la prononciation :

1° Elle doit être claire, nette, distincte, exacte, c'est-à-dire ne laisser à Voreille aucune incertitude sur le mot prononcé.

iî° Elle doit être expressive, c'est-àdire peindre à V esprit le sentimpnt énoncé par le mot lui-même.

Pour tout ce qui concerne la clarté, la netteté, l'exactitude, la prononcia-

tion prend plutôt le nom à.' articulation. L'articulation a pour objet de reproduire fidèlement la forme extérieure de la parole. Tout autre est le rôle de la prononciation. C'est par elle que Ton fait exprimer au mot la pensée, le sentiment, la passion dont il est l'enveloppe. En un mot, l'articulation a pour domaine la forme formée, ou matérielle ; la prononciation a pour domaine la forme formante, ou intellectuelle. L'articulation donne la netteté; la prononciation fait l'éloquence. A défaut de culture, un instinct juste peut faire sentir toutes ces distinctions. Mais on ne saurait trop se convaincre de la va-

leur et de l'intérêt que donnent au chant une articulation claire et une prononciation expressive. Elles ont une telle importance, elles exercent sur Tauditeur un tel empire qu'elles peuvent, à force d'expression, faire oublier l'insuffisance ou la médiocrité de l'organe, tandis que leur absence peut laisser insensible à la plus belle voix du monde. Les considérations qui précèdent sont de nature à faire comprendre combien il faut être simple, sincère et détaché de toute préoccupation de succès personnel pour être capable et digne d'interpréter la musique de Mozart, musique si pure, si vraie et si loyale. Peut-il y

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avoir, pour un interprète, de plus haute ambition, de plus noble rêve que de faire aimer les œuvres d'un tel maître et de contribuer ainsi à maintenir le culte sacré et salutaire du vrai et du beau? Mais, hélas! en art comme dans tout le reste, l'oubli de soi est rare ; c'est pourtant la condition de toute vraie grandeur.

11 me reste maintenant à parler d'un personnage qui joue, dans l'exécution musicale, un rôle prépondérant.

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