I :i homme de la r.ice juanesque n
barri s- : p >ur quitter une mai-
. Malheureusement pour lui ou heu-
r il y a du plaisir dans le
même, et dp pi. mm- plus intense
:s énergiques, il ; rriver
que lucteur ible n'ait
. ictinu que I i | lus ri 00, et e
'. • t utes pour lui, se présente dans
le même temps et lui mette à la fois deux ou plusieurs femmes sur les bras. Ainsi Napoléon en Champagne faisant face à plusieurs armées, les battant toutes, se repliait mais se couvrait de gloire.
C'est précisément dans ces cruelles nécessités de l'amour juanesque que notre héros révélera sa supériorité, et elle sera telle, cette supériorité, s'il est vraiment un Don Juan, qu'il se fera un jeu de prolonger la lutte, opposant une femme à l'autre et les laissant se livrer, au spectacle de sa vanité réjouie, à des combats de poules aussi sanglants que des combats de coqs durant lesquels il aura trouvé vingt fois, en se moquant, l'occasion de se désaxer.
Et quelle jouissance de se libérer de telle sorte ! S'enchaîner juste le temps du plaisir, se délivrer aussitôt après ! Double jouissance qu'il perdrait s'il s'attachait ; mais qu'il ne perd pas, qu'il savoure, au contraire, en artiste et en connaisseur. Car il connaît tout de l'amour, tout ce qui est de l'amour sauf le cœur dont il n'aurait que faire et qui même n'a point
■ sens pour lui. Une femme qui aurait
œur lui causerait I t de
l'ennui. Il faut qu'elle c ' . à la fois,
'. et assez pc . ir se 1 : séduire
et néons te. La femm
qui. à ses yeux, aura le plus de ir,
li lui ayant cédé regrettera
de l'avoir perdu.
:is>i ii >sée à être cueilli. Les regrets nt le cercl ir avec une
femme. C'est prévu . I
fait ; d'autant pi te qu'il lais
letemr. n-
: . M.iis celle
disposée à lui
r ces i > aura chan
l'arrêter plu i , i 11
• où il rrc le plus aime qu'il a
irsseul cœurs.
. il vi
quoi Don Juan n' supériorité lu t la istique de la sorte
LE DON JUANIJME 31
particulière d'amour que le J nanisme a produit. Il n'aime pas comme les autres et personne n'aime à sa manière.
Don Juan ne pense pas même à l'opinion qu'il va donner de soi. Aussi rien ne le retient que la force de l'obstacle ou la limite de ses propres forces. « Le respect humain », le « qu'en dira-t-on ? » n'entrent jamais en balance avec ses désirs ; tout au contraire, le scandale fait partie du régime de Pétonnement qui est le principe d'une foule de ses actions.
Il y a bien des manières de séduire : Il n'y en a jamais qu'une pour telle femme. Voilà ce que nos Don Juan n'ignorent pas. Il serait facile de classer les femmes en quelques genres, assez simples, et cie déterminer les moyens de séduction propres à chaque genre. Mais les causes d'erreur seraient à l'infini. La moindre circonstance fait tomber une femme, sur le moment même, d'un genre dans un autre. C'est là que l'art juanesque devient tout puissant. Changer de plan, transporter ses armées d'un point à un autre, démasquer ses réserves comme Masséna
à Zurich, tout C un mouvement irré-
sistible ; telles deviennent les conditions du succès. D'un regard d'aigle, l'homme juanesque doit reconnaître à qui il .1 affaire et manœuvrer en conséquence.
Les coquettes aiment la flatterie et l'admiration, les orgueilleuses veulent être surprises et commandées, les vaniteuses sont sensibles à 1 illusion et le mensonge les « accroche » assez bien ; les vicieuses s'enflamment aux proi S inavouables,
les vertueuses se laissent envelopper en irrétant pour combattre, les somptueuses cèdent tout ï l'ai . les rêveuses aiment un doux lai . les sentimenta-
nnent aux caresses, les froid supp lence et les ar-
nt s 1 1 persuasion.
11 y d'amour, comme il
y a des fe • d'amour. Ils ne vivent
pour l'amour. Mais les femmes d'.i-
• irnent vite à la corruption.
nome n'ai m % fois
lement, ni souvent deux fois en sa
'est la VOluj I devient
li source unique de l'amour. I Ile n'v
LE DONJUANISME 33
peut plus voir ni trouver autre chose.
Il en est bien autrement de Don Juan.
Don Juan est un curieux et un audacieux, beaucoup plutôt qu'un voluptueux.
L'espèce particulière de volupté dont il a constamment soif, c'est d'oser; c'est l'àpre plaisir de nouvelles conquêtes. Sa volupté est dans la nouveauté de la sensation et non dans son intensité.
La femme n'a pas d'activité propre en amour. Elle est de prise, souvent de fort mauvaise prise. Elle n'est point prenante. Elle est la citadelle autour de laquelle l'homme juanesque viendra poser le siège. Ce n'est pas à elle d'aller à lui et elle n'ira pas, quelque désir qu'elle en ait.
Don Juan est insatiable et inépuisable : source intarissable de bonheur. Car désirer toujours et jouir sans lassitude c'est la solution du bonheur, c'est toute antinomie résolue, le divin dans l'humain : Force essentielle à la race juanesque et qui la rendrait supérieure si tout-à-coup cette force qui fait l'admiration et l'envie ne se retirait de la nature humaine pour nous laisser retomber à l'humilité la plus
} 4 LE DONJUANISME
cruelle, puisqu'elle est nécessairement alors une déchéance.
L'âge de Don Juan est entre la jeunesse et la maturité ; c'est un âge qui n'a pas les passions du premier âge, ni la s prudence du second. Don Juan a tout de suite trente ans et il les garde. Il a la fougue sans l'enthousiasme. 11 sait ruser mais non s'abstenir. Il a l'avantage de paraître imprudent et ce qu'il hasarde ne peut jamais lui causer que le dommage d'une erreur.
Tout oser sans s'exposer est une de ses supériorités. Il peut être immoral, il est toujours correct. La dignité en lui ne faiblit jamais. Il a une manière noble de relever les actions les plus ordinairement basses ; il leur donne le support d'une . vite hautaine, dédaigneuse des pré-
Don Juan est infidèle, inconstant. I mour, plaisir dans l'amour, voilà la vie et c' ' cette logiquelà qu'il se montre invariablement fid comme le trait de lumière, parcourant l'espace, suit la ligne inflexible qui le
LE DONJUANISME }<;
portera au but. Il n'y a pas de logique plus forte que celle des passions.
Une passion dominante rend nécessairement la vie logique et l'éthologie devient aussitôt facile. Le décousu et l'incohérence des gens sans caractère déconcertent la science. Ils créent de petits faits qui s'enchevêtrent sans le moindre intérêt d'observation. Les caprices de l'estomac et les hasards mesquins des rencontres ne méritent pas de faire l'objet de notre attention. Mais la suite fatale des passions, les actions des gens à caractère éveillent notre intérêt. Ces actions sont prédéterminables. Ce qui est encore l'imprévu pour les heureuses victimes du juanisme est, pour nous, parfaitement prévu : aussi n'en pouvons-nous jamais jouir complètement, de ces suites fatales d'indomptables passions, et les êtres aveugles ou aveuglés qu'elles broient sur leur chemin sont encore moins à plaindre que nous qui n'avons que l'émotion de leurs destinées.
De tous les éléments de séduction qui se trouvent en Don Juan, ce sont certai-
ncmcnt les plus indescriptibles; les plus intraduisibles qui sont les plus déterminants. Ce sont les manières, les mouvements soudains et variés de la figure et du corps avec leur éloquence souverain la grâce des gestes, cette beauté dans le mouvement, le jeu de toutes les puissans muettes qui sont en nous et dont cet homme de race unique a le dernier secret.
Qui peut dire le moment vrai où toutes s actions magnétiques combinées produiront la séduction et laquelle d'entre elles l'aura déterminée pré< ;u > Il y
a un.e cause toutefois, synthétisant toutes
autres, qui doit expliquer ce phén mène, si médiocre à l'apparence, si placent vulgaire et cependant si poétiquement sublime et qui en coni ent le monde : de la chute d'une femme, de son
! m, de l'amour triomphant, fût-ce
us le féroc ire de I) m luan ? 11 y
la eau • comme dit Sheakspeare
•use, qu'a la vérité, on ne saurait pas toujours dire devant vous, « chastes étoiles ! » El pourtant,
du côté de cette créature vaincue, cette cause, le plus souvent, est de celles qui honorent les victimes. Et quand elle vient d'un Don Juan, elle excuse et honore d'autant, car plus il y a de grâces, de séduction, d'irrésistible dans le séducteur, plus la victime est pardonnable.
La femme vertueuse n'est que celle qui n'a pas rencontré son Don Juan. Car toute femme voit l'homme juanesqiiement.
C'est Don Juan qu'elle cherche et qu'elle voudrait voir en celui qu'elle préfère.
Est-ce «lui» par qui j'aurais aimé d'être forcée : est la question que se pose la plus simple des femmes devant l'inconnu qu'elle croise > L'effet juanesque répond à cet instinct, et la femme troublée passe sous la routeur du désir et la honte de son aveu. Elle a senti toute la fragilité de sa vertu : Elle a reconnu Don Juan qui h regardait.
Ainsi : Le Juanesque apparaît comme irrésistible. Il est, de par la « signature des choses», comme dirait Paracelse, à la fois, le poison et le remède de tous les cœurs assoifés d'amour. Ses victimes
1 E DON JUANIS
semblent inévitablement entraînées: double fatalité qui rendrait l'homme et la femme irresponsables dans le domaine mystérieuXj mouvant et inextricable de
dut ! Mais il faut que l'homme s'appelle Don Juan, qu'il marche enveloppé de cette atmosphère d'amour qui met partout l'enivrement sur son pass.^ qu'il possède ces dons indéfinissables et
isissablcs qui font de lui un César tout-puissaïu.
Ces qualités si rares, il en faut bien convenir, et si variées, dans leur jndé-
îination, ne doivent pas seulement se rencontrer en un seul homme, il faut que cet homme fasse de l'amour, i faire unique de sa vie; autrement toutes ce tés sont sans emploi; à peine
ît-il Un dip' • .île aujourd'hui,
,'i une ie de t r le presse
.tarisme.
e Don Juanisme part de ce principe qu'il n'y a pas de vertu qui ne puisse être ré- 's$jk duite, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de femme absolument vertueuse.
Lucrèce n'a que de l'orgueil. Son horreur n'est qu'affectation. Peut-être aima-t-elle Tarquin « un moment ». Mais cette folle conception qui s'appelle l'honneur a armé son bras. Elle a voulu être héroïque. Elle vengeait un mari et appelait le peuple aux armes : femme politique. Cette
4 LEDONJUANIS
race est particulièrement odieuse au juanisme.
ur lui. en toute Femme, il y a plus ou moins une Manon. Il s'agit de n'en être pas dupe. Car eette délicieuse créature apparait toujours au juanisme comme une ennemie de l'homm ,tre qui les
lois de la guerre permettent t< ut et qui menace encore après qu'elle est soumise, qui peut-être menace d'autant plus. 11 sait d'ailleurs, qu'il ne méritera jamais la confiance qui ne s'accorde qu'au dévouc-
est un sentiment de : lUtant
qu'un sentiment d'amour-propre qui empêche Don Juan de i ir.
11 y a moins de lâcheté à abandonner
une teinm pal ce que l'on
tout . t te cr.tinfv- rend les
homn . Dès qu'elle cesse d'être
un pLtisir, la femme devient un emb
rs, la malheureuse com-
her sincèrement au mo-
m ■ i l'homi li
c l'amour libre, tout au
mon. ir la femme. Aussi les plus
LE DON JUANISME 4 l
expertes, ou les plus avisées prennentelles leurs précautions. C'est justice : C'est la guerre.
Triste spectacle que celui d'une jeune fi lie charmante, pleine des grâces de la virginité, portant en elle l'idéal de la nature humaine, et qu'on retrouve flétrie par le plus plat mariage. Le mari n'a pas besoin d'être là. On le devine rien qu'à observer le changement qu'il a mis dans cette aimable créature. Elle n'a plus ce qui charmait et attachait. L'àme, assoifée d'infini, sent tristement qu'elle n'a plus rien à attendre. La douce et poétique jeune fille est devenue la femelle d'un mâle. Elle porte cela partout, dans ses manières, dans ses regards, dans la lubricité naissante de ses mouvements de taille. Elle sent l'homme, elle dégoûte autant qu'elle enchantait.
Eh bien ! la jeune fille séduite par Don Juan ne produira jamais cette impression.
En lui cédant, cette vierge idéale et idéaliste verra un Dieu sous cette figure trompeuse mais charmante de Don Juan.
Elle aura cru se donner à l'amour le plus
saint, au lieu de se donner au diable : et eertes notre héros n'aura rien fait pour la détromper. Car, il n'a pas coutume de se peindre sous de vilaines couleurs. 11 sait aimer et tromper avec une rare élégance : ou plutôt il ne trompe pas. il
te lui-mém .
L<. ips après qu'elle aura reconnu
son erreur, clic rêvera encore, perdue dans une pensée d'infini , regrettant l'abandon d'un j »ur mais avec la conscience d'une pleine et complète reprise d'elle-même. La jeune fille, victime de l'amour juai • 1er sa grâce
et un rayon de virginité assez vif p tenter et embellir la vie Sun
mari. ( t ce qui s'obsen ns la réalité • ts. Ne se rencontre-t-il pas
de I aimables femmes dans les
victimes d'un premier amour à
la Don luan ?
il semblerait erra i-
i tte premi i lire pour en éviter iti itepi ussi cruelles
| ir un mari. 11 y aurait de: aris
LEDONJUANISME 45
qui ne soupçonneraient pas le service qu'ils devraient à un Don Juan d'à propos, à cet esprit « recteur, » comme diraient les scolastiques qui, du même coup qui les en détournait, aura replacé les compagnes de leur vie dans le chemin d'une douce et expiante vertu. Il y a bien des maris trompés, durant le plus long règne, qui meurent sans avoir soupçonné leur bonheur.
La corruption du Juanisme est si savante qu'elle atteint la hauteur et le bienfait de la nature même. Elle oeut faire l'éducation d'une jeune fille en quelques moments.
Mais le phénomène est singulier. Un monde inconnu s'ouvre à la malheureuse victime qui lui est presque aussitôt fermé. Elle est entrée dans un temple resplendissant où tout-à-coup la nuit se fait. L'amoureuse devient pénitente.
La corruption juanesque l'a frappée, mais non à mort. C'est comme le passage du démon en elle. De là, la religiosité du repentir. Aucun autre amant ne conduirait à ce résultat. Les Don Juan ne font pas des filles de rue • ils font des