‹ Le don juanismeChapitre 3 sur 9 · I . • t nécessaire n Juan · texte numérisé non relu

I . • t nécessaire n Juan

I ;st une cuirasse qu'il porte sans en poids. Rien ne doit la poir.

. Si ce • d'homme, qu

. i, ne se sent pas à l'abri der-

i'une santé a

»mme par magie, il y

• .' son |

un ladif,

It ? U ! ' n Juan d'intention >

;1 aura de sensibilité,

LE DONJUANISME II

ce signe des santés qui vont se perdre, plus il déchoiera de la nature juanesque. De Don Juan il tombera à Lovelace, ce qui est une chute réelle ; et de Lovelace à Werther, ce qui sera une chute bien plus humiliante. Passer au rôle de soupirant, de lunatique, attaché à une seule passion, avec une émotion assez maladive pour en souffrir, pour se voir envahi d'une douleur d'amour, que le juanisme ignore par nature ; c'est la dernière chute : c'en est une dont on ne se relève pas.

Que Don Juan ait vingt ans ou qu'il en ait quarante : peu importe. Sa jeunesse et sa beauté sont dans sa santé, dans sa force, dans les apparences utiles et les réalités suffisantes. Pourvu que le rayonnement de ces biens précieux demeure en lui et brûle tout sur son passage, avec l'intensité d'un astre toujours incandescent et que rien n'arrête dans sa course ; Don Juan est lui-même, il se sent éternel ; il a vingt ans, et, en vérité, il n'a pas cessé de les avoir. Cette patte d'oie, que la griffe du temps met aux

13 N Jl'ANT

tempes des « anciens beaux », reste invisible chez lui. Son coeur, fait de battements juvéniles d'une impulsion toujours vive, ne connaît pas cette patte d'oie. Aucun visage de femme ne lui fait miroir pour la lui révéler. Les jeunes L'cns p ilissent auprès de lui. Les femmes vont lui, d'un premier élan, et non à eux qu'elles semblent mépriser et qui mériit bien ce mépris : les pauvres petits

rit qu'ils sont.

1 ^r-il rien de plus sot et de plus v: . es poupées d'hommes musquées et gri ' s que nous voyons s'essaimer

Tour des Femmes, dans les salons ou m en ad es, sans un m I ne d'elpiration, sans chaleur, pr> sans p dites Qu'un Don Juan app ra l »ut s' ni lui

' Ut s'écrase: I lui fora | jus-

éil ait cess jouir de ses

l'un esprit endiablé,

• • qui lui permet-

tr tient le • la bof ! inpierre

et lîr se. d >UZe heures 1 I le

LE DONJUANISME 1}

d'une bataille, comme Alexandre: François Ier ou Condé !

Ce qui est merveilleux dans cet organisme si particulier, c'est que, plus il est Don Juan, ce Don Juan que nous allons étudier, moins il y de crainte qu'il soit marqué par le temps avant l'âge extrême des dernières décadences.

Une faiblesse équivaut pour lui à la perte d'une bataille. S'il s'attarde, il risque de ne plus se retrouver. S'il se montre toujours ie fat, l'impertinent et ['imperturbable qu'il doit être ; ses vigueurs diverses et essentielles au rôle qu'il joue dans Is monde, ne s'altéreront pas. Il faut que cette imperturbabilitê puisse aller jusqu'à la cruauté.

Pour être cruel, il ne faut pas souffrir du mal qu'on fait. Don Juan n'en souffre pas. Sa cruauté n'a rien de barbare :

c'est une loi du moi, un principe de conservation personnelle. Cette cruauté n'est qu'une résistance. Après les avoir vaincues toutes, il faut qu'il ait celle-là, contre lui-même. Et le don qu'il possède de rendre tout aimable, même la perfidie

la plus traîtresse, peut faire de cette résistance, une pudeur à l'égard de sa victime, une crainte d'en abuser, une délicatesse, un repentir dont la victime sera aussi dupe que de son amour el qui, ainsi, donnera à sa résistance une conscience qui l'absoudra en le de

int : Jeu cruel du sentiment!

Le triomphe de l'art, n'est-il pas de masquer l'égoïsme des dehors du dévouement >

^<^^>Of^^^y?

tg*Lp2*L£&t e Don Juanisme comprend tout ce qui se rapporte à la nature de la race d'hommes dont il est ici question. Le type de cette race est Don Juan. Aussi dironsnous souvent Don Juan là où il faudrait peut-être écrire la race juanesque ou le Don Juanisme.

Don Juan est le type supérieur de la race : il la personnifiera donc en toute occasion. Ce type n'est pas uniforme. Il se modifie suivant les milieux et les âges. Mais les caractères distinctifs de la race

sont essentiellement les mêmes et on les reconnaîtra partout, pour peu qu'on y prête attention. Il n'y a pas de réunion d'hommes du monde qui n'en fournisse quelque modèle, ignoré ou qui s'ignore.

Les personnalités sont partout très-rares ; mais les plus célèbres ne sont pas les seules existantes. 11 en est à qui l'occasion, ou la volonté, a manqué pour se produire et qui ont peut-être compensé par beaucoup de bonheur tout le bruit qu'ils auraient pu mené .

Le Don Juanisme est une certaine manière d'aimer et de se conduire avec les femmes ; c'est le fruit naturel d'un tem-

rament déterminé, allié à la naissance, à la fortune, à l'éducation, bien qu'on puisse concevoir un Don Juan de pur instinct. C'est une des variétés de l'amour les plus intéressantes, et les moins vulgai- St, en même temps, une philosophie de la vie, presque une science, cert linement un art, qui peut être des plus délicats bien qu'il ne le suit pas toujours, qui classe, et met à part la foule, quelques hommes : race de culture et race de

nature : grande et singulière bohème sans loi, sans doctrine, où l'on se reconnaît à peine : mais où l'amour reconnaît ses sujets dans la mobilité infinie du cœur humain.

Le principe d'action est différent selon les temps. Le Don Juanisme n'a donc pas été le même au seizième siècle qu'au dixhuitième. Il est à notre époque trèsatténué et très-différent. On comprend que sous l'empire de l'énergie, qui n'est plus, il s'en faut, notre principe d'action, le Don Juanisme ait produit des fruits qu'il ne pourrait donner aujourd'hui.

Les milieux sont également différents.

Le plus propre à l'amour juanesque nous est offert par l'Espagne du quatorzième au seizième siècle ; l'Angleterre au seisièrne et dix-septième ; la France au dixseptième et dix-huitième.

La race des Rochester, des Grammont, des Lauzun, des Richelieu s'étiolerait sous le ciel terne de notre civilisation positive. Leurs exploits seraient impossibles. Beaucoup d'amour et d'esprit perdus.

Mais c'est une perte si peu sentie ! De

! t F DON MIS Ml

plus en plus le milieu devient impro\ La race élégante, aristocratique des cours, des salons, fait défaut à l'amour. Y a-t-il encore des cours et des salons > Et là où il s'en rencontre, comment s'y conduit-on?

Les sujets sont devenus peu nombreux.

Ce qui leur reste ï aimer se peut compter; et la manière n'est plus la même.

issî, la matière est-elle plus difficile à traiter. In se réduisant, elle s' compliquée. En s'éloignant des civilisations primitives, l'homme devient une machine de plus en plus savante, motifs d'action, ses manières d'être se multiplient, s'étendent ; et, dans la confusion des idées modernes, se brouillent en un é. iu qu'il faudra peut-être

trancher pour en avoir raison.

Les aspects variés du cœur humain

' un même su;et » se rencontrent

plus compliqués. L'âme

: li transmission des surcul-

tur< :>t énigmatique venir 1 ri

incert . Ile s'offre sans unité, capable

de transformations. C'est l'in-

Ctj 1 : ictère juanesque

d'une action pourrait aujourd'hui fournir matière à de longs débats. Les juges, au reste, sont de mauvaise qualité. Qui pourrait prétendre être connaisseur en Don J nanisme >

Les femmes en ont l'instinct, non une vue claire. Elles sont trop intéressées, trop partiales dans les choses du sentiment et le J nanisme est devenu trop rare. Le J nanisme est, cependant, immanent dans l'humanité. Dès qu'un homme téméraire, quelques femmes crédules et sensibles se trouvent aux prises, il y a place pour le Juanisme. il peut naître. 11 peut mourir, il est vrai, dès qu'il est né, mais pour reparaître bientôt, aux premiers tournants de la vie psychique. C'est une courbe d'une souplesse et d'une étendue infinies, enveloppant l'humanité entière, en rut vers le bonheur par l'amour.

Cette force d'expansion, dans laquelle le philosophe Azaïs a voulu voir la loi universelle de la nature, et qui porte chaque être à son développement ultime, trouve dans l'amour juanesque sa plus haute expression. C'est plus que l'amour, c'est la pro-

20 1.1 DON JUANISMf

fusion de l'amour; c'est le germe éternel de la vie répandu follement à travers le plaisir dans l'humanité indestructible.

11 y a autre chose encore dans le Don sans doute. Bien des éléments y rentrent, mais le fond est cela: l'expansion, le bonheur par l'amour; l'amour par la conquête; la conquête dans le mépris de tout obstacle, et par conséquent de toute morale, non de parti pris, mais de lait et en toute ision.

Le décor et le y e varient, le

drame reste le même. 1 .té, la grâce,

luction, la ruse, l'intrépidité, toutes facultés vives et actives de l'âme, dans l'ois et la Fortune ' is

d m et fui tes qui n'ont i

le se r ncontrer dans un

seigneur, partie des éléments du

v 1 1 vanité, la fatu l'insou >quen

cette re de l'esprit

qui re en le faisant

douter de I i utes les armes du

rit sont familières et . . Ainsi, c

LE DONJUANISME 21

chose, profonde et rare, se présente comme le résultat: i° d'un tempérament; 2° des facultés les plus vives et le moins communément réunies; 30 d'un milieu approprié. C'est bien le fait d'une race qui. en dehors de conditions physiques et morales déterminées, ne pourrait ni naitre, ni se développer.

Que cette race soit aujourd'hui fort différente de celle que nous avons été habitués à considérer comme représentant particulièrement le Jttanisme, c'est ce que nous ne saurions trop répéter. Nous sommes en présence d'une race « atténuée. »

La science moderne est riche en expériences de toute nature. A travers divers milieux successifs, les agents les plus virulents s'atténuent. Ils peuvent redevenirvirulentsdansle milieu où ilss'étaient d'abord développés. Les races humaines ne se comportent pas autrement, et la race juanesque a moins qu'une autre échappé à la loi.

Cependant se porter à une action d'éclat devant les femmes, venger une of-

urir le faible sera toujours du /) n : . Il y a de la cl rie dans

le /)>// fuanisme, mais ce n'est pas la chevaleri •. Les moeurs n'ont-elles pas modifié singulier -S formes?

Ainsi, bien que le ./:.' inisme soit éloigné la lâcheté, les conditions n tuveiles où il peut surgir le favorisent médiocrement; et nos Don Juans modernes ne sont s toujours fils de grand chambellan ou neveux de Don Pedro, assez puissantsà la ur pour que leur crédit détourne ou dés irme la justice.

intiment de l'intérêt bien entendu,

l'une loi égalil et qui plie

nent, arrêtent le Don Juanisme dans

ns et en .'Itèrent le tère ; la

phititud nos mœurs, l'él ment

universel, tout conspire contre lui et le

refou ' «blcs,

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int sujet tude.a

C*ert q ■: lj il "v S une

r qui ne puisse devenir un

la vie. Risquer la mort

ne serait rien. L'amour et la mort sont

LEDONJUANISME 2]

sœurs. Le rapt, la séduction suivis d'un duel heureux, c'est la poésie de l'amour; mais la lourde main de policiers et justiciers dans les affaires de cœur, l'égale justice, le nivellement social qui abaisserait un brillant Don Juan au ran^dehéros d'un roman naturaliste ou de « fait divers; » c'est l'obstacle mortel au librecours, bondissant et joyeux, de la vie amoureuse. Cet état de mœurs ne laisse plus de place qu'à la prostitution ou au mariage.

Aussi l'amour ne compte plus que drames enflés par le scandale. Le revolver, le vitriol, ces lâches agents de la vengeance qui ne sait pas attendre, se mettent à la place de la justice, sans avoir moins d'occasions de s'exercer qu'autrefois Tépée. C'est la même fureur de passion, moins la noblesse et la grâce dans l'action. Mais, en amour, c'est la noblesse et la grâce qui font tout. Partant, plus d'amour, mais la débauche, les hontes de la chair exaspérée. Temps de matérialisme et de misère !

Don Juan échappera à cet écueil mortel, à cet étouffement de la vie en cou-

rant les villes. Il passera. C'est sa loi de passer.

Une famille, c'est la pierre au cou pour la libre expansion et dépense de la vie. Don Juan sera sans famille. Tout au plus, aura-t-il, en quelque château abandonné, un vieux père dont l'héritage fera le seul intérêt, litre maître de son bien, dès la jeunesse ; être libre de tous devoirs et de toute attache, sera la souveraine

ndition du Juanismt .

Observez les phénomènes de l'amour et leurs conditions de développement, li tmmes qui poussent racines en la mémo ville, toute leur vie durant, sont à une seule. Le mariage trouvera toujours son s.tlut dans la « vie de province ». Il lui est essentiel. Ils se montrent inséparables et ils devraient bien le rester. Une liaison unique est imposée aux gens des petites villes • v .( ceux qui sont attach

de petits métiers, à des travaux qui les clouent .1 une vie d'inévitables habitudes.

Les gran les villes demeurent une provocati ' inte au célibat. Les maria-

nt, le plus sou . ni luj i ies et

piperies La vie juanesque devient le privilège des étrangers, de ceux qui vivent à la course et ne laissent point à la justice, qui prétend se faire réparatrice de l'amour, ou à l'opinion cette autre boiteuse justicière, le temps de se mettre en branle.

Don Juan est fatalement coureur et voyageur et bien qu'il lui fût autrefois plus aisé qu'aujourd'hui de se mettre à l'abri des rigueurs de Thémis, nous ne le rencontrons que sur les grands chemins et sous un masque qu'il faudra soulever. Et, ce ne sera pas trop d'un drame, par-dessus cet essai, pour fixer , sous des traits assez généraux, et tout à la fois assez précis pour que partout elle puisse s'y reconnaître, cette race du Juanisme qui mériterait d'être comprise parmi les Universaux.

. \ séduction, si elle n est i

\ un ai r, i : ou une violence.

Il v a des femmes qui s -

bandonnent, d'autre ; li se

n se ut. Ce ne sont pas

cell . ■ : . le Don îuanismt recherchera le pli.

Les jeunes filles. I, •■ ■ pren-

nent . l sont elles

que D luire. Car

il y ; une i

C'est la résisi nce qui donne du \ au plaisir. C'est la le plaisir plus que le

LE DONJUANISME 27

reste. Vaincre, plier les volontés, déjouer la vertu ; c'est la loi de l'amour juanesque. Quand l'amour ne nous rend pas tout-àfait bêtes, il nous donne beaucoup d'esprit et c'est ce qui arrive aux Don Juans que l'amour épargne comme une race élue.

Que de souplesse et de ressources ne faut-il pas pour séduire ? L'amour séducteur, qui fait toute la vie du Juanisme, est un art des plus savants. Il y faut une expérience complète, une connaissance approfondie du cœur humain et en particulier du cœur de la femme. Don Juan joue de ce cœur-là comme d'un instrument.

Et comme il n'est point d'art sans exercice : c'est un praticien de l'amour.

L'amour serait presque, pour lui, un métier si une autre pensée qu'une satisfaction de vanité se mêlait à l'action juanesque. Mais si fort que le Don Juanisme mette l'homme au-dessus de la morale, qui oblige ordinairement ses semblables, il ne l'abaisse pas à des calculs d'intérêt.

L'amour juanesque est un amour qui

ne paie pas, mais qui ne se Fait pas pa\ er,

II en coure assez cher à la pauvre créature séduite de se trouver presque aussitôt abandonnée, et qui sait > 11 er, coûte peut-être, parfois, à Don Juan de Paire cet abandon. Plus la séduction lui a demandé d'art, plus il lui doit être pénible d'en laisser là le prix. C'est un repret pareil à celui d'un artiste qui se voit enlever son oeuvre, même au poids de l'or. Mais c'est la loi ,1e l'amour à 1 i 1» n Juan de r de l'une à l'autre, de

: le séduction en séduction, sonnant de proche en proche le glas funèbre de

li vertu, partout 011 elle peut s'être

encore retranch Je.

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