‹ Le don juanismeChapitre 6 sur 9 · I. "illusion des femmes est de croire que · texte numérisé non relu

I. "illusion des femmes est de croire que

tels amours puissent être éternels. Ce

qui fait leur mérite dans l'amour est de

voir infini et immortel. C'est

^ui les prépare inévitablement

au i Les hommes en gén<

r que le plaisir : et c'esi

qui est le plus indifférent à la plupart des mes, c'est CC qui est inconnu aux

jeunes filles. Leur imagination va au delà de la volupté. Aussi ces grandes insatiables d'amour, si elles le sont réellement, épuiseraient-elles la race des hommes tout entière quand* l'imagination s'ajoute chez elles aux sens. 11 leur faudrait l'amour absolu dans la volupté absolue.

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.x--^)i. est des tempéraments qui

lisposent au D misme.

i Doa ïuan étant l'homme du

^•^^ monde le moins dépendant de IVw . quel est le tempérament qui

affranchit le plus de l'habitude > Ce tempérament sera celui de l> mi.

lu, • »z un tempérament qui comporf utes les variétés de la manière d'être, tous les eh ents de situation,

qui se plie .'i tOUS les imprévus de la vie, et de la vie dans l'amour, c'est-à-dire itière la plus variable ; qui

tienne l'homme toujours éveillé, toujours dispos, prêt à toutes les épreuves qu'impose le désir de séduire, pour qui la fatigue ne soit qu'un excitant, à qui un repos prolongé ne donne que le besoin d'en sortir, qui mette sous la peau une chaleur toujours nouvelle qui porte à se répandre, à dépenser un excès incessant de vie renouvelée et rapide, et vous aurez le tempérament juanesque. Ce n'est pas le nerveux. Le nerveux porte aux amours intermittents. C'est un tempérament qui réduirait le Don J nanisme à une action passionnelle indécise, dont la psychologie échapperait à toute étude. Les nerfs rendent l'homme incertain etbizarre. Ils peuvent en faire un Don Juan d'accident, aussi bien qu'un Werther dont la crise se prolongerait et se fondrait en anémie et lymphatisme.

Manifestement, le tempérament nervoso-lymphatique caractérisebien les amours germaniques. C'est une sorte de tendresse dans une passion qui bat l'amble de la violence à l'impuissance, de l'extase à la rage contenue, à l'humiliation volontaire,

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aux regrets, aux repentirs, aux dégoûts amenant parfois le suicide. Ce tempéi ment comporte des amours qui rendent l'homme, tour-à-tour et tort capricieusement à l'apparence, le plus heureux et le plu; malheureux de tous. 11 n'y a rien là du soutien d'indifférence railleuse ( l que fournit le tempérament juanesqu .

Le tempérament bilieux donne de l'humeur. Un amoureux bilieux prend du jùt pour l'objet qu'il désire le plus, au milieu d'une crise qui subitement cha:

pour lui le bleu en noir. La crise peut le prendre au moment capital. Cela affreux nser et ce doit être affreu

voir. Heureusement le plus souvent. Elle ne le verra pas : dr à la moindre humeur ini reste chez lui. 11 perd subitement toute id 1 lisir, ne songe plus

Or 1 h n l'i.ui. en fait d'humeur, n'a que de la bonne humeur. Il en donnei

aux ' p'i- U

s les moins dispo

en montrer.

santé donne de la fatuité. 11 y a tant

de gens qui en manquent ! Se sentir un avantage naturel sur les autres est un des éléments de la fatuité. C'est une sorte de supériorité naturelle à laquelle nous n'avons point de part ; mais quand ces avantages sont acquis, la fatuité qui en ressort devient de l'impertinence et met nos amours-propres à la folie : l'œuvre que nous faisons sur nous-mêmes nous paraissant toujours plus grande que l'œuvre de la nature.

H n'y a point de conquête qui n'aille sans quelque insolence. S'être mis audessus des autres ne suffit pas, il faut le leur faire sentir : et, régner par le seul effet de la puissance morale, dans un temps où on ne règne plus par la force, est la suprême jouissance pour ceux qui n'ont plus rien à envier.

Le Don Juanisme est une école pour la fatuité : il la développe en l'exerçant ; c'est tout profit pour les fats. Maître Don Juan, maître fat.

Se croire d'autre façon qu'autrui, c'est deux fois l'être. Aucune variétéde l'amour de soi ne crée un plus grand rapproche-

ment naturel entre des êtres semblables. Les fats se reconnaissent du premier abord et se montrent les uns aux autres de la complaisance. Les fatuités s'entrecroisent, s'arrêtent entre elles. Elles ne se dominent jamais. Elles ont des airs et des mots de passe inconnus au vulgaire. Comme elles ne peuvent s'assouvir, elles se partagent le pouvoir. Elles se prêtent appui par des traités secrets dont les gens Faciles à étourdir, s'offrent toujours • lire les frais.

Ce qui distingue les fats c'est qu'ils se

plaisent dans la compagnie les uns des

. res. Ils ont des manières à eux de se

marquer l'estime où ils se tiennent et le

mépris qu'ils f ni des autres. Les cercles

d'hommes sont t 1rs plus ou moins

i sur la fatuité. Ils sont un classe-

t flatteur aux amours-propres. Mais il

■ iut i: ■ lire de femmes en de

milieux. La ; ice d'un ; tune

brusqu ment les rapports des

1 1 >n luan qui n'est pas u i ment un fat, i ■ l'est toujours avec les hom-

mes, ne sait pas résister aux influences que répand la seule apparition d'une femme dans une société d'hommes.

Sa fatuité devient de l'impertinence. Le passe temps que lui offraient les hommes, (à qui il veut plaire aussi pargageure, non par goût), il le méprise trop visiblement et sans transition.

11 est tout à la première apparue.

Lorsque dans une réunion d'hommes où il n'y a qu'une femme, vous en verrez un près d'elle, tournant le dos aux autres, vous pourrez dire : voilà un Juanesque.

Ce n'est pas lui non plus qui suivra les hommes après la table, lorsque les femmes demeurent entre elles au salon, penchées sur les sophas, souriant sous les éventails. Quelle occasion, s'il reste seul parmi elles, d'exciter l'intérêt, de provoquer les rivalités et les coquetteries de la vanité, de croiser et concentrer tous les feux de la jalousie allumée entre ces mondaines revenues de tout, voire d'elles-mêmes 1

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LE DONJUANISME 5 }

ces sortes de découvertes deviennent fatales à un homme.

Don Juan n'aura jamais d'égards qu'aux difficultés de l'entreprise. S'il y a quelque échelonnement, à ses yeux, dans la grâce ou la beauté des femmes, il y en a bien davantage dans les circonstances et le péril de la séduction.

La plus chère à obtenir aura bien des chances d'être pour lui la pius délicieuse. Elle est, à tout hasard, la plus désirable. Cet enthousiasme et cet emportement qui naissent de l'obstacle et portent l'amour à toutes les folies, agissent plus fortement sur l'âme de Don Juan que sur aucune. Seulement chez les autres ce peut être une pique de sentiment, chez lui, ce sera toujours pique de vanité.

De là, une infériorité véritable. Don Juan irrité, emporté, ne sait plus se contenir, ni surtout attendre : ce qui est la grande force en amour.

On dit qu'une place assiégée finit toujours par se rendre. Une femme assiégée se rend par lassitude, comme une ville par famine.

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