‹ Le donné révélé et la théologieChapitre 120 sur 130 · Joan., XIV · texte numérisé non relu

Joan., XIV

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l'expression de saint Jérôme, ne se fût réveillé arien.

Et voilà la. place réservée au Dogme. 11 n'a pas à faire la première mise de fonds nécessaire pour la vie surnaturelle : c'est fait. La révélation s'en est chargée.

Sa fonction est de fixer les esprits, avec une autorité infaillible, en regard de Terreur ou, simplement, en présence des fluctuations de la foi et des interrogations de la piété, sur le sens réel de U vérité révélée, et d'assurer ainsi le bienfait effectif de la révélation à l'âme qui désire en vivre. Il n'y a de vie surnaturelle, répétons-le, que là où il y a certitude d'avoir affaire au vrai bien, au vrai Dieu, à la véritable manifestation de l'amour de ce Dieu, aux véritables moyens d'aller à Lui.

11 n'est pas nécessaire, remarquez-le bien, que l'aspect défini par le dogme soit toujours l'aspect le plus décisif pour la vie surnaturelle. « On peut prétendre, a dit un théologien des plus avertis, que le sens (de la vérité révélée déterminé par l'Eglise) n'a été luimême précisé, défini que pour répondre à des besoins particuliers de la vie de l'Église, aux négations de l'hérésie, et donc que la définition loin de donner l'intelligence du dogme la plus compréhensive qu'on puisse jamais espérer, n'en met en lumière qu'un des aspects. Tel un diamant, selon l'incidence du rayon lumineux, fait resplendir tantôt l'une, tantôt l'autre de ses facettes ' ». Et, en effet, que le Saint-Esprit ne soit pas l'àme du monde et que les personnes divines ne constituent pas avec l'essence de Dieu un quatuor,

1. F. Dlbois, Dogme et piétés Revue du Cl. français, !«■• février 1903 p. S04.

quaternitatem, que le Christ n'ait pas eu un corps imaginaire (phantasticum), et qu'il ne soit pas le fils de l'Esprit-Saint, ce sont, à coup sûr. des renseignements qui ont leur importance; mais, pour se voir apprécier à leur juste valeur, ils doivent être mis à leur rang, compris en fonction des vérités révélées ellesmêmes, dont ils ne visent qu'un aspect très secondaire et négatif. i.\près avoir pris connaissance de ces vérités partielles, après avoir adhéré à leur contenu, il reste donc à les rendre à la vérité révélée, à les réincorporer dans les assertions vives de l'Evangile, et à vivre cet objet total, cet aliment complet de l'âme régénérée que forme TÉvangile, désormais saisi plus entièrement, grâce à la lumière des enseignements de l'Église.

Cependant, il faut bien reconnaître que les définitions de l'Eglise, si elles visent parfois des points secondaires et accidentels pour la vie spirituelle, ont très souvent aussi mis en lumière le point essentiel et comme générateur de toute vraie vie surnaturelle. Ce qui s'est débattu par exemple au sujet de la Trinité dans la question de la consubstantialité du Père et du Fils, ce n'est rien moins qu'une question d'iwta. Il n'y avait qu'un i, je le sais, entre l'expression d ôaoouffioç et d'ôixoiouaio;, mais, de cet i — qui changeait la signification de « consubstantiel « en celle de « semblable « au Père, dépendait la foi en la divinité du Verbe. Et cela est d'une importance majeure, n'est-il pas vrai, pour la vie surnaturelle, que d'être fixé avec l'inflexible précision que donne la présence ou l'absence d'un iota, sur la Divinité du Verbe! Autre est l'amour et le culte d'un Arius qui ne voit dans le Christ qu'une créature supérieure, d'un Renan qui

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n'y reconnaît qu'un doux et sublime Rabbi, — autres l'amour et le* culte de ces vieux Pères Grecs qui se réunissaient dans une acclamation d'enthousiasme pour saluer le Christ, vrai Dieu engendré par un vrai Dieu, Deum verum de Deo ^>ero — remarquez cette insistance sur le mot i>rai — ce Christ majestueux des absides des églises byzantines, dont les traits, les yeux, l'expression se distendent et éclatent sous la pression de la substance divine qui le remplit.

J'ai relu, avant d'affirmer quoi que ce soit sur ce sujet, V Index systematicus qui clôt la nouvelle édition que le P. Bannwart vient de donner de VEnchiridion de Denziger. Là, sont groupés, dans de brèves formules, dont chacune renvoie à une ou plusieurs des définitions ou décisions de l'Église rapportées plus au long dans l'ouvrage, tous les enrichissements que, depuis le symbole des Apôtres jusqu'à la condamnation du Modernisme, le Magistère ecclésiastique a apportés au dépôt révélé. Et, en présence de chaque faisceau dogmatique, je me demandais, l'appréciant au poids du sanctuaire : Qu'est-ce que cela dit à ma vie surnaturelle? Je vous invite. Messieurs, à tenter l'expérience. Pour ma part, pas une seule fois, je n'ai reçu de réponse négative. Tout cela a sa valeur pour la vie surnaturelle, à un point de vue ou à un autre. Est-ce habitude de théologien, qui sait plus ou moins les tenants et les aboutissants de chaque question? — Mais l'aridité, la subtilité et la sécheresse que j'attendais ne m'ont pas frappé, j'ai trouvé cette lecture intéressante et captivante; les points d'attache de chaque groupe m'ont paru d'une importance capitale pour la vie spirituelle, au point que je me demandais ce qu'il en serait de notre vie,

s'il fallait faire table rase de tout cela, l'oublier, et revenir uniquement, pour vivre, à ce que Ton nomme les sources vives de l'Evangile.

Heureusement, ceux qui parlent ainsi, valent mieux que leur programme; lorsqu'ils vont à l'Evangile, ils le lisent, au fond, sous un angle plus ou moins commandé par toutes ces décisions ; c'est parce que les directions qu'ils en reçoivent sont en eux à l'état d'habitude invétérée qu'ils ne s'aperçoivent pas de leur influence. Il serait plus logique , sans doute, de s'en tenir au conseil du Christ : Faire ce qu'ils font et ne pas omettre, à plus forte raison ne pas nier le reste. Le retour à l'Évangile, d'accord, mais par les canaux que l'auteur de l'Évangile lui-même nous a ménagés, dans et par son Eglise, pour rejoindre sûrement et dans toute leur pureté ses sources vives.

L'énumération de ces harmonies du dogme défini avec la vie surnaturelle est trop longue pour que je puisse vous en faire suivre tous les détails. Quelques exemples vous mettront sur la voie. Voici saint Paul décrivant en termes saisissants, paradoxaux, est-on tenté de dire, les ravages du péché originel. Est-il indifférent pour la vie spirituelle d'estimer la nature humaine totalement corrompue, comme l'ont décrété certains hérétiques; ou d'admettre avec le dogme que, si l'homme naît dépouillé de tout droit à l'héritage céleste, ses puissances naturelles ne sont cependant qu'atténuées, blessées, que, par suite, toutes les œuvres des infidèles et des pécheurs ne sont pas fatalement des péchés, que la concupiscence ne domine pas absolument, comme l'a cru Luther, que l'intelligence et le libre arbitre, pour

infirmes qu'ils soient, coopèrent à l'œuvre de notre justification par la grâce du Rédempteur? — Est-il indifférent d'être fixé sur le rôle exact de cette grâce, et, non seulement de ne pas attribuer avec Pelage la cause de notre mérite à la nature (ce que la révélation suffisait à nous apprendre explicitement), mais de connaître la nécessité de la grâce prévenante pour les moindres œuvres salutaires, pour une bonne pensée, pour un soupir, pour un simple effort (ce que ne parvenait pas à comprendre la piété encore trop humaine de certains semi-pélagiens)? Quelle leçon d'humilité, de soumission continue et totale à la divine providence, de fuite du péché, ce grand, ce seul obstacle à la grâce de Dieu, que ces canons du 11^ Concile d'Orange qui dissipent leurs inquiétudes et les nôtres! — Ne sont-ce pas aussi des vérités fécondes pour la vie surnaturelle que celles qui nous apprennent que le Sauveur est mort pour tous, qu'il a satisfait rigoureusement pour toutes nos fautes et qu'il nous a mérité et efficacement procuré à tous des grâces très réellement suffisantes pour être sauvé, — qu'en toute vérité 11 nous a été semblable dans la nature humaine, — qu'en toute vérité II a expérimenté nos misères, le péché excepté, — qu'en toute vérité II est mort et est ressuscité; que sa mère, la divine Marie, est en toute vérité mère de Dieu, qu'elle est vierge sans tache, et immaculée dans sa conception même? — N'est-ce rien de savoir, lorsque l'on s'approche des sacrements avec une conscience pure et une intention droite, que c'est par leur propre efficace, en continuité avec l'efficace de la Croix du Sauveur, et non en vertu de nos dispositions toujours disproportionnées ou de l'état

(le conscience ou de vertu du ministre, que les sacrements opèrent? — que la messe est un véritable sacrifice, le sacrifice même de la Croix, et que, dans notre vie si banale de tous le? jours, s'insère une action d'un réalisme divin aussi consolant? Mais, c'est tout au contraire la transfiguration de la vie! Il suffit, pour faire les difierences, d'entrer dans un temple réformé, de voir ce qui s'y fait et ce qu'est devenu, entre les mains de ceux qui se passent du dogme, le mémorial du sacrifice du Sauveur. — Enfin, pour terminer par un dernier trait cette énumération déjà longue et cependant presque insignifiante, tant il y aurait à dire, n'est-ce pas pour la vie surnaturelle, la sécurité, la joie, la fécondité assurées, que ce dogme de TÉglise et de son chef suprême infaillible, qui nous délivre de la contradiction et du désarroi des pensées humaines touchant l'objet de notre foi? Où en serions-nous, grands et petits, en face de cette incrédulité savante et toute-puissante dont le flot monte de plus en plus autour de nous? Comment pourrions-nous vivre en paix de l'Évangile lorsque tant d'esprits contraires s'en emparent, se l'arrachent et le divisent en tou? sens? N'avons-nous pas frémi lorsque, tout récemment, nous avons vu, grâce au Pape, à quelles extrémités on avait pensé entraîner nos esprits, lorsque nous avons saisi, ce que bien des savants catholiques eux-mêmes ne saisissaient pas tout d'abord, que c'était la destruction de l'Évangile et de toute notre foi qui se machinait sous des dehors inoiïensifs et attrayants? N'importe' quelle autre société religieuse eût sauté sous le choc, ou eût vu à jamais disparaître de son enseignementle vrai sens de la vie surnaturelle. Mais nous croyions

le pape infaillible, nous croyions à son magistère ordinaire. Il a parlé. Les esprits se sont éclairés, unifiés dans les vieilles croyances ; et la vie surnaturelle des Paul, des Augustin, des Thomas d'Aquin, des Bossuet, peut couler de nouveau à pleins bords.

Et la raison de cette coïncidence de la vie surnaturelle et du dogme c'est que Ton ne vit pas de l'erreur : c'est que, pour vivre la vie divine, il faut vivre en communication avec Dieu tel qu'il est, tel qu'il se connaît, tel qu'il se révèle. La religion chrétienne est affaire de vérité, d'abord y et puis, après seulement, d'amour ou de sacrifice.

Ecoutez saint Thomas résumant dans un court passage tout ce que le dogme est pour la vie surnaturelle.

« Ceux qui n'ont pas la foi véritable, ne peuvent aimer Dieu. C'est leur erreur, ce n'est pas Dieu qu'ils aiment... L'affection ne vise, en effet, que ce que lui montre l'intelligence. Voilà pourquoi tout

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