‹ Le donné révélé et la théologieChapitre 52 sur 130 · Cf. p. a4-9D · texte numérisé non relu

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à toute réalité, de tout et de partie. Or ces notions, moyennant un certain travail élémentaire d'analyse métaphysique, peuvent être déduites de l'être. Il en est de môme de la substance et du mode, du virtuel et de l'actuel, etc., notions dont nous usons spontanément et dont l'analyse justifie ensuite la valeur absolue en les rattachant à l'être comme tel. Toutes nos notions générales n'en sont pas là : la notion d'espèce organique par exemple, sur la constance de laquelle on a écrit des volumes, pour ou contre, ne vaut pas, pour l'explicitation de l'être, une feuille de papier. Mais nombre de notions utilisées par les définitions de l'Eglise, nature, essence, personne, opération, substance, forme, transubstantiation , etc., sont caractérisées précisément par ceci que, demeurant identiques dans leur signification essentielle, dans leur valeur universelle, elles se rencontrent aux deux étages de la connaissance intellectuelle : d'abord à l'étage de l'intelligence spontanée, où elles coexistent séparément, à l'état sporadique, si l'on peut dire, n'ayant d'autre droit à être affirmées que celui de leur évidence pour l'intuition intellectuelle spontanée, acte du sens commun proprement humain; puis à l'étage de la connaissance analysée, — philosophique si l'on veut, en entendant par ce mot l'exercice réfléchi de l'intelligence humaine sur son objet propre — et là, elles se trouvent légitimement rattachées à toute une systématisation développant les explications nécessaires de l'être, à une métaphysique de l'être, c'est-à-dire, encore une fois, à une philosophie destinée à être l'éternelle philosophie, toujours contemporaine de l'homme, puisqu'elle borne ses ambitions à analyser l'objet fondamental de son

intelligence naturelle : la vraie, la seule génuine perennis philosophia ^ .

Il nous est facile de voir maintenant comment les définitions dogmatiques peuvent consacrer des catégories et les incorporer irréformablement au dogme dans le sens technique que leur prête l'analyse rationnelle, sans exiger pour cela l'adhésion à un système, sans demander pour être comprises d'autre truchement que celui du sens commun.

Donnons que les Pères grecs ou latins aient entendu, pour réfuter sans ambiguïté des erreurs subtiles, se servir du terme ôfxoooato; dans le sens précis d'identité de nature essentielle, et du terme uTrocxaffiç dans le sens technique, qu'approuvait plus tard Boëce : rationalis naturae individua substantia. Accordons le même bénéfice aux Pères scolastiques du concile de Vienne qui ont défini que l'âme intellectuelle était forme du corps. Avons -nous rendu le dogme solidaire de la philosophie antique ou de la philosophie scolastique? — Oui et Non. Et dabord en tant que les données de ces philosophies sont des systématisations spéciales, d'une époque et dune mentalité, certainement non! En tant qu'elles ont une valeur humaine, qui demeurera tant qu'il y aura des hommes affirmant modo humano, et donc affirmant l'être, et les appartenances nécessaires de l'être — je le dis hautement : Oui! il y a solidarité infrangible. Et c'est une première distinction. — En voici une seconde : Souvenons-nous que même cette valeur humaine se trouve dans l'intelligence de l'homme, —

1. Cf. leçon I, pp. 33-36; cf. Garrigol-Lagraxge, opère cit., c. m, § 3, p. 152 et suiv.

tout en demeurant identique, — à deux états : à l'état de connaissance analysée, savante, — et à l'état de connaissance, spontanée, du sens commun intellectuel. Or, quelque théoriques et scolastiques que soient les considérants qui ont présidé au choix de certaines expressions techniques du dogme, quelque indispensable qu'ait été ce sens propre de la caté»gorie à la stigmatisation de l'erreur précise en vue,, rappelons-nous que nos alfirmations portent sur des choses, non sur des mots, que la même réalité, justifiée dans la systématisation philosophique, est déjà visée dans la notion formée spontanément par le sens commun intellectuel; et, dès lors, ne faisons pas de difficulté de reconnaître que l'intelligence commune suffit à rendre compte du sens que l'Eglise, assistée du Saint-Esprit, attache à ses définitions.

Donc, pas de dépendance du dogme vis-à-vis des systématisations analysées d'une philosophie, fût-ce même, je ne fais pas de difficulté de le dire, la philosophie de l'être, qui est cependant la philosophie officiellement adoptée pour sa Théologie (pas pour son dogme), par l'Église, de tout temps, et surtout aujourd'hui. La notion philosophique n'est incorporée au dogme qu'en l'état où elle est nécessaire pour dénoncer la réalité divine visée par la définition. Or,, il suffit pour cela qu'elle se trouve dans le sens commun intellectuel, à l'état sporadique, sans lien déclaré explicitement avec la systématisation du réel qui la justifie. — Sans doute ce lien existe en soi : il y a continuité, pour une analyse rigoureuse, entre les notions du sens commun intellectuel et la philosophie humaine de l'Eltre. Et ce sera assez pour légitimer, au premier chef, la philosophie qui s'efforcera

de manifester cette continuité, pour la déclarer philosophie traditionnelle et de l'Eglise ^ Mais ce n'est pas assez pour imposer à la foi obligée du fidèle vcette construction savante, si vraie qu'elle soit, tant en elle-même que par les concordances multiples qu'elle garde avec le dogme que, seule, elle harmonise d'un bout à l'autre rationnellement. Non, nous ne demandons pas à celui qui veut se convertir, une double conversion : la première au catholicisme, la seconde à la scolastique. Que ceux qui l'ont appréhendé se rassurent. Peut-être la demanderions-nous, cette double conversion, à celui qui voudrait devenir non seulement un simple fidèle, mais un authentique théologien. Mais catholique fidèle et théologien catholique authentique font deux !

Pour le fidèle, le sens commun soit expérimental, soit intellectuel, suffit donc pour entendre, selon le sens de l'Église, toutes les définitions dogmatiques, y compris celles qui sont rédigées en langage technique. La réponse traditionnelle se trouve ainsi justifiée sur toute la ligne, et la valeur de signification du dogme universellement assurée par le critère d'un sens commun humain en continuité avec la métaphysique de l'Etre. Cela nous dispense d'opter entre symbolisme et théologisme et nous ouvre un large et sûr passage entre Charybde et Scylla.

Une théologie imaginative, qui est à la Théologie réelle ce que sont les Chants de l'Odyssée aux périples des navigateurs phéniciens, qu'ils illustrent et poé-

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