XII INTRODUCTION
Voilà ce qui fait de la Théologie catholique une doctrine unique, ësotérique pourrait-on dire, en tout cas distincte de toutes les autres doctrines, voire même séparée, de cette séparation qui s'appelle transcendance et que le vieil Anaxagorc réclamait pour son Intellect, « séparé, disait-il, afin de commander ». Elle commande, en effet, toutes les sciences qui s'occupent, à des points de vue spéciaux, de son objet premier, le Donné révélé : — semblable à la métaphysique qui, selon la conception d'Aristote, ayant reçu en partage comme son objet propre l'Être luimême, commande toutes les parties de la Philosophie de rÈtre, physique, psychologie, morale, logi-
participe à cette caractérisation dans la mesure de son importance. C'est cette mesure que j'essaie de déterminer à plusieurs reprises, spécialement dans les leçons sur la Science théologique, les Systèmes théologiques et la Théologie de saint Thomas d'Aquin.
Au sujet de celte caractérisation surnaturelle de la doctrine théologique, je signale dés maintenant, à l'adresse des Théologiens qui me feront l'honneur de me lire, et pour prévenir toute méprise de leur part, une différence notable entre la manière dont le Donné révélé comme tel détermine spécifiquement la Théologie, et la manière dont la Crédibilité spécifie l'Apologétique. Dans ce dernier cas, la détermination est immédiate et directe. L'Apologétique est la Science du divinement croyable, tel que la raison naturelle l'établit. Au contraire, et j'aurai soin de le noter toutes les fois qu'il en sera besoin, le Donné révélé ne spécifie que médiatement la Théologie. La faculté de connaissance qui regarde directement le Donné révélé comme tel, c'est la foi divine. Mais la Théologie bien entendue s'origine aux vérités de foi comme telles : ces vérités sont ses principes : elle est, vis-à-vis d'elles, dans une dépendance essentielle. Et de là vient que, tout en ayant la structure et les procédés d'une science humaine, la Théologie ne laisse pas de dépasser toutes les sciences humaines par le caractère formellement surnaturel des données premières de ses élaborations. De là vient aussi que l'espèce de vérité obtenue au terme de son travail, sans être du « formellement révélé », n'est pas non plus de l'ordre des vérités naturelles, mais du « virtuellement révélé », ou, comme dit saint Thomas, du révélablQ. Et cela suffit à marquer à la Théologie une place à part, unique, transcendante, parmi toutes les sciences humaines, dites, improprement et matériellement, théologiques. Cf. Summa theologica, P P., q. I, a. 1, 2, 3; — SCH^ZLER, Introd. in S. Theologiam, c. i, a. 2, n. 6; — Jean DE Saint-Thomas, Cursus theoL, I P., q. I, disp. H, a. n. H.
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que même, les utilisant toutes, sans être au service ou dans la dépendance d'aucune d'entre elles.
La reconnaissance de cette autonomie, de cette transcendance et de cette maîtrise est le but supérieur auquel tendent les démonstrations dont la série constitue cet ouvrage. Il en résultera, comme conséquence pratique immédiate, que la Théologie, bien loin de constituer, comme on Ta dit, « de l'extrinsécisme » par rapport à la vie chrétienne, est. au contraire, une doctrine de piété et de religion surnaturelles, — quelle est capable, non seulement de nourrir, de défendre et de fortifier la foi divine, ce principe premier de toute vie surnaturelle, mais même de lui rendre à son tour le service qu'elle en a reçu, c'est-à-dire, suivant le mot hardi de saint Augustin, de « l'engendrer' », et d'enrichir ainsi le domaine de la charité et toute la vie spirituelle.