‹ Le donné révélé et la théologieChapitre 8 sur 130 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

conclusions théologiques, sommes-nous surs et certains que la valeur propre du point de départ premier, c'est-à-dire l'autorité de la révélation divine, conserve toute sa vigueur, toute sa pureté, que ce double développement s'accomplit dans une continuité et une homogénéité parfaites? La chose est contestée de nos jours, pour l'un et pour l'autre parcours. Résumant toutes les objections anciennes et les systématisant, comme l'a si implacablement dévoilé l'Encyclique Pascendi, le Modernisme s'est attaqué à toutes et chacune des étapes qui jalonnent cette marche de la vérité révélée, depuis le moment où elle a jailli dans l'esprit humain sous l'action du Charisme révélateur, jusqu'aux conclusions théologiques écloses sous les dernières pressions de sa divine poussée, j"ai nommé les conclusions des systèmes théologiqiies. Rien n'a été négligé, rien n'a été épargné ; l'attaque a été menée à fond, avec une vivacité passionnée, un accent souvent austère, de bonne foi, religieux même, une connaissance consommée des ressorts psychologiques de l'art de la persuasion et de leur maniement, avec la magie d'un style séducteur, d'une littérature habile à varier ses moyens de propagande, du roman à l'oraison funèbre \ enfin et surtout, avec le prestige d'une science, sinon toujours réelle et profonde, en tout cas puisée aux sources qui sont réputées faire autorité dans le monde intellectuel contemporain. Et il en est résulté, d'abord, que les Notions premières du Dogme, de la Révélation et jusqu'à celle de la Vérité humaine

1. Oraisons funèbres de la vieille Église, du vieux Dogme, de la Scolastique, etc. Celles de Bossuet ne sont plus qu'un mince nécrologe à côté de ces innombrables amplifications sur la mort du passé catholique.

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(cet indispensable support de la révélation et du dogme), se sont obscurcies dans bien des esprits, peu préparés par leur éducation théologique élémentaire à de tels assauts; ensuite, que, dans beaucoup de consciences, se sont posés des problèmes et des questions : problèmes de la possibilité et de la légitimité du passage du Donné révélé au dogme défini et développé : questions de la persistance de la donnée révélée dans la Théologie, des limites de cette persistance, de la nature enfin, humaine ou surnaturelle, de la Théologie.

C'est en regard de ces difficultés, et leur faisant face, que j'ai ordonné le plan de ce livre.

I. Première partie. — Avant de montrer comment la Théologie trouve dans le Donné révélé son principe spécificateur, il fallait reconnaître le Donné révélé dans son essence propre. Il fallait aussi montrer que ce même donné conserve toute sa valeur dans les assertions techniques ou développées du dogme, qui sont le point de départ immédiat de l'élaboration théologique. C'est à cette double tache que répondent les deux livres qui se partagent la première partie, consacrée au Donné réi^élé, et dont le premier s'occupe des Notions, le second des Problèmes, division parallèle à celle des deux premières divisions de mon essai sur la Crédibilité.

1. Z/zVre premier. — Les Notions relatives au Donné révélé sont au nombre de trois : l'affirmation humaine, la révélation, le dogme. /

Il semblera singulier, au premier abord, que Ton débute par une dissertation purement philosophique

XM INTRODUCTION.

sur la nature de l'affirmation humaine. Les raisons d'être de ce préambule sont cependant des plus faciles à comprendre. Le donné révélé, s'il est divin dans sa cause, prend, dans la pensée et la parole des hommes qui reçoivent la révélation ou la transmettent, la forme d'une affirmation humaine. Il est construit en conceptions et en termes humains, il est soumis aux lois de la structure mentale humaine ^ Pour que Ton puisse espérer voir la vérité révélée conserver son homogénéité à travers toutes les phases de sa vie dans l'esprit humain, — du donné révélé aux conclusions théologiques, — il faut évidemment que l'aflirmation humaine qui lui sert de support et comme de véhicule, soit capable de cette constance, qu'il y ait en elle une capacité d'absolu échappant à la mobilité de ses événements historiques^. Ce caractère d'absolu a été dénié à l'affirmation humaine par nombre de philosophes modernes, et des modernistes se sont autorisés de cette négation pour saper par la base la possibilité de la permanence, dans une signification substantiellement identique, de la vérité révélée. C'est là le motif de cette première leçon : V Affirmation humaine.

Cette question préliminaire résolue par l'affirmative, il est possible d'aborder létude directe de ce qui constitue en propre le Donné révélé. C'est l'objet de la seconde division du premier livre, intitulée La Révélation. On a essayé d'y montrer comment Dieu, par un charisme spécial, s'empare de la capacité d'affirmation absolue du prophète, et la fait servir à expri-

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