Contra Gctites, I. II, c. iv
3. Cf. Summa theoL. I P., q. I, a. 3, avec le commentaire de Cajetan.
que c'est un aspect ou une dépendance de l'Etre de Dieu. La relation de toutes les vérités partielles à la thèse première, dans laquelle le donné révélé exprime l'essence de Dieu même, tel est le principe unificateur de la synthèse théologique. Celle-ci est un organisme réglé, vivifié par la présence intérieure et la circulation incessante et régulatrice de l'Idée de Dieu. Il est vrai, cette idée de Dieu, nous ne la tenons pas seulement de la révélation et du dogme. La raison naturelle y atteint : par ses élaborations, elle est capable de la modifier. Si ces modifications n'ont pour effet que de nous permettre de nous assimiler la notion révélée, comme il arrive lorsque Ion n'emploie pour fixer dans notre représentation l'Idée de Dieu que les principes éternels de la philosophie de l'être, la modification produite n'est pas substantielle, et ces principes nécessaires ayant en plus de leur valeur scientifique la valeur de leur approbation par la foi, on aura une théologie d'allure systématique, et dont cependant les différents membres ne laisseront pas d'être homogènes au donné révélé. Ainsi se présente la partie constitutive de la Somme de saint Thomas ^ . Mais si ces modifications proviennent d'un point de vue particulariste, partiel, contingent, nous n'aurons plus, dans toute sa pureté, l'homogénéité des conclusions à la vérité révélée. Dans la mesure où la thèse de système pénétrera l'idée révélée de Dieu, régulatrice de la synthèse théologique, dans la même mesure l'hétérogénéité envahit les conclusions, et si
1. Les questions II, III, XIlI de la I» Pars, où se trouve expliqué le Dogme de Dieu, et dont les données toramandent toute la Somme, sont établies à l'aide des données premières et simples de la Philosophie de l'Être.
îa thèse de système va jusqu'à corrompre l'idée chrétienne de Dieu, comme le font par exemple la thèse agnosticiste, la thèse kantienne, la thèse de l'immanence absolue, etc., on aboutit à rhétérogénéité complète. Telles conclusions théologiques extravagantes, sur la résurrection du Christ, ou la force probante du miracle et sa valeur en Apologétique, ont leur raison d'être dans une idée de la Divinité, hétérogène à l'idée catholique, au dogme de Dieu.
Il ressort de ces deux leçons que la science théologique est une science humaine sans doute, mais foncièrement surnaturelle ; en effet : 1° la foi ayant le dernier mot dans la critique qu'instituent les sciences diverses qui concernent son donné, le donné théologique ne saurait perdre, du fait de cette critique, son caractère de donné révélé; et donc, tout se passe comme si la déduction théologique s'opérait à partir du donné révélé lui-même; 2^ cette déduction, à son tour, n'éloigne pas de leur point de départ surnaturel les résultats auxquels elle conduit : car les moyens qu'elle emploie, propositions rationnelles de secours et procédé logique, sont utilisés comme purs moyens, comme instruments d'explication et de manifestation de la Vérité, non comme raison de l'adhésion à la vérité. Le motif pour lequel nous adhérons aux conclusions c'est leur Révélation, encore qu'elle ne soit que virtuelle. 3*" Enfin l'idée systématique qui coordonne toutes les conclusions de la théologie est l'idée mère du dépôt révélé, la notion authentique de Dieu, dont les conclusions ne font en définitive que développer les appartenances. Ils se trompent donc du tout au tout ceux qui, témoins de l'appareil déductif de la science
théologique, la traitent comme une science purement humaine, soit qu'ils cherchent à la ruiner par leurs critiques, soit qu'ils ambitionnent de venir à son secours par des restaurations maladroites.
La véritable science théologique, je le répète, est une science sacrée dans toute la force du terme, je ne dis pas seulement science ecclésiastique, mais sacrée, doctrina sacra^ . Elle se présente comme le prolongement authentique et homogène de la révélation, et la révélation s'explique en elle. Saint Thomas l'appelle indifféremment doctrine sacrée. Théologie, Sacra scriptura, doctrina fidei'^. Il ne distingue pas. Et cela a été un sujet d'étonnement pour certains de ses commentateurs. Il va jusqu'à la déclarer nécessaire au salut ^, ce qui ne veut assurément pas dire que les théologiens seuls seront sauvés, mais que la théologie fait partie de l'économie générale du salut, à titre de pièce indispensable, de mère, de nourrice, de soutien, de défenseur de la foi qui sauve, saluberrima, comme l'appelle saint Augustin''. Tout cela n'a de sens que si, humaine, créée en tant que vertu intellectuelle acquise, et par le côté où elle s'enracine en nous, la science théologique participe formellement au caractère surnaturel des principes de foi qui s'expliquent et se développent en elle et par elle.
Au terme de ce labeur il nous est donc permis de saluer avec saint Thomas l'épanouissement futur de cette science suprême dans la Béatitude, d'affirmer
4. Summa theoL, I P., q. I, a. 2. — Comment. Cajetani, n. x, xi; cf. in a. 4, n. vi.
'2, Ibidem, per totam quaest. I.