III. — Le Temple. — Départ pour Vile de Ré
L'arrestation avait donc eu lieu le 1^ nivôse an IX (3 janvier 1801), dans la huit, probablement à la sortie du théâtre Montansier, et le lendemain, Destrem était conduit du « bureau des officiers de paix » de la préfecture à la maison du Temple. De ce bureau des officiers de paix — on d!it aujourd'hui : du dépôt de la préfecture — dans la nuit du 13 il avait envoyé à Dubois une lettre que je n'ai pas trouvée dans les cartons de la préfecture. Le 20, du Temple, il écrivit à Bonaparte ; je n'ai pas non plus rencontré cette pièce à laquelle il est fait allusion dans une nouvelle lettre que Destrem envoya le 22 à Dubois (arch. de la préfecture de police), et que voici :
Du Temple, le 22 nivôse an IX
Destrem au citoyen Dubois, préfet de police.
J'eus l'honneur de vous écrire le 13 au soir, du bureau des officiers de paix où j'avais été mené par un officier de paix' pour me présenter devant [sic), vous me fites traduire au Temple le 14, et j'ignorais encore le motif de mon arrestation, lorsque je me suis vu compris dans l'arrêté de déportation que le gouvernement a pris.
J'adressai, le 20, mes réclamations au premier Consul, etj fort de mon innocence je réclame de sa justice et de son humanité de ne point assimiler à des grands coupables, un père de onze enfants qui pourrait avoir commis des erreurs mais jamais des crimes. Je lui peignais la triste situation de ma malheureuse famille et de mes affaires.
Je n'étais ici que pour me régler avec mes créanciers, vendre une partie de mes biens patiimoniaux pour les payer, et reprendre les affaires pour Donner Du travail et Du pain à mes enfants.
Je demande au nom de la justice et de l'humanité, citoyen préfet, de surseoir à mon transférement et de me permettre De communiquer avec un homme de loi, et avec les citoyens Roger (ou Rogée) frères, banquiers, mes principaux créanciers.
Sa lu.', et respect Destrem.
Sur l'adresse :
Au Citoyen Dubois, Préfet de Police à Paris, à ]ui seul.
Cette lettre indique si clairement l'horrible désarroi dans lequel une arrestation subite venait jeter un commerçant, père d'une si nombreuse famille, en train de se débattre contre la ruine menaçante, qu'il n'est pas nécessaire d'insister. Les lettres de la famille, celles d'Etienne Destrem, surtout, si nombreuses dans les cartons des Archives nationales, vont bientôt nous mettre au courant de cette ruine commerciale, ruine qu'aggrave et précipite le persistant internement de l'ancien député.
Déjà, après brumaire an VIII, le commerce local de Toulouse s'était préoccupé de la situation de Destrem, caché on ne savait où, et qui ne pouvait écrire de crainte de
dénoncer sa retraite — et qui sait s'il n'avait pas dû sacrifier quelque grosse somme, à ce moment, pour garantir sa sécurité ? — Maintenant on entendait dire
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que le chef de la maison Destrem, éloigné depuis plus d'un an du centre de ses affaires — d'abord à Paris, puis à Panjeaux, puisqu'un arrêté l'obligeait à ne point franchir les limites de cette commune — était en arrestation, et qu'on ne pouvait prévoir le terme de sa nouvelle disparition attendu que le sénatus-consulte du 14 nivôse le vouait à la déportation. Pourtant, que six mois s'écoulent encore et nous entendrons le commerce de Toulouse parler de lui et de sa famille en des termes honorables et sympathiques, dans une déclaration à laquelle s'associent plus de soixante négociants de la ville. Pour qui sait ce que sont les sentiments habituels des commerçants lorsqu'il s'agit d'une maison tombée en déconfiture, l'empressement avec lequel tant de chefs de maison apposent leur signature au bas d'une telle déclaration est significatif au plus haut point.
Le document que voici nous fait savoir que Destrem, indépendamment des lettres dont il a été parlé précédemment, avait écrit à Fouché. Il nous donne une analyse de cette lettre ; à partir de ce moment, il faut bien nous habituer à la monotonie de ces documents lesquels, par la force des choses, sont tous un peu les mêmes :
N*> 2. — Réclamations des individus mis en surveillance hors du territoire européen de la République.
3« tableau.
Destrem, Hugues : une lettre de lui-même au ministre de la police, pétition de son fils au
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premier Consul ; père de onze enfants, il fait valoir cette considération à l'appui de son innocence. Il demande à communiquer avec des banquiers, étant détenu au Temple. Son fils aîné, négociant à Toulouse, réclame pour lui là bienveillance du premier Consul, en convenant qu'il a parfois dépassé le but au milieu de discussions violentes, mais que, patriote franc et loyal, son cœur n'a pas été d'intelligence avec sa tête.
Dans le cas où le gouvernement croirait devoir pencher vers l'indulgence, on estime qu'il faudrait le tenir longtemps éloigné du département de la Seine et des départements environnants.
Il n'est point parti. (Arc/i. de la préfecture de police).
Mais l'intention du gouvernement est formelle, et dès le 21 nivôse, Pouché a écrit, entièrement de sa main, au préfet de police :
21 nivôse, an IX.
Le ministre de la police au préfet de police
Vous ferez partir demain matin, citoyen pré-
(1) Les pièces relatives au départ des quatre détenus de la préfecture de police (Destrem et autres) comprennent *outes : Choudieu. Une annotation des bureaux, dit, sur ces pièces, que Choudieu n'a pu être arrêté.
Il existe d'ailleurs un dossier Choudieu, dans lequel celui-ci demande à être autorisé à prendre passeport pour la Hollande, afin, de la, de gagner plus tard les Etats-Unis. On consent à cette combinaison.
Je profite de cette parenthèse pour donner place ici à deux renseignements que je ne possédais pas lors de la publication de mes Déportations du Consulat et de VEmpire :
Il existe, dans les cartons de la préfecture,
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îet, les citoyens Choudieu (1), Talot, Félix Lepelletier (1), Gharlais Hesse et Destrem par la messagerie pour Saintes.
Je donne ordre à l'inspecteur général de la gendarmerie de les faire escorter, et je charge le ►préfet de la Charente Inférieure de les faire retenir en arrestation aux Isles de Rhé et d'Oléron, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur le lieu définitif où ils seront placés en surveillance.
Je vous salue, Fouché.
{Arch. de la préfecture de police)
Il a écrit également (22 nivôse), au ministre de la marine :
Les citoyens Talot, Choudieu, Félix Lepelletien Destrem et Charles Hesse, sont conduits à risle d'Oléron ou de Rhée, je les ai envoyés au préfet du département de la Charente-Inférieure qui les fera conduire dans l'une de ces deux isles. (Arch. de la marine).
un dossier Marquézy, du Var, le membre des Cinq-Cents. Ce sont des pièces envoyées de Toulon. Marquézy est négociant dans cette ville, ne s'occupe que de ses affaires, disent le sous-préfet et d'autres correspondants. On le laisse tranquille.
Un dossier relatif à Vilain d'Aubigny fait savoir qu'il est arrêté en l'an X. Il se cachait chez une dame de ses amies.
(1) Il faut lire Lepeletier. Tous les documents de la police commettent cette erreur de l'orthographier : Lepelletier.
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Le préfet écrit de son côté :
8^ Division
Paris, 22 nivôse an IX.
Aux administrateurs de Ventreprise généralff-. des messageries.
Citoyens,
Le chef de la l'« division de la gendarmerienationale vous remettra une lettre par laquelleje vous requiers de mettre demain à sa disposition, une voiture à 5 places, pour conduire à Xaintes, par devant le préfet du département de la Charente-Inférieure quatre prisonniers quv sont au Temple en ce moment.
Je vous invite à faire à l'avance les disposir lions nécessaires pour que le départ de ces ijadividus n'éprouve aucun retard (1).
Je, vous salue.
Voici le procès-verbal de reconnaissance^ des prisonniers, et d'extraction de la maison d'arrêt du Temple :
8*» Division PREFECTURE DE POLICE
— LIBERTE. — EGALITE Rappeler cette
réponse bUque française une et
ainsi que le n» .'...,,
— indivisible.
Aujourd'hui, 23 nivôse an IX de la Républiquefrançaise, 8 heures du matin, nous, Léger Mar-
(1) Ce passage du brouillon est ainsi corrigé par un chef de service : (( J'ai chargé cet officier de paix de s'entendre avec vous sur rheure à laquelle cette voiture devra être rendue au Temple ». (Arch. de la préfecture de police).
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tin Gibergues, commissaire de police de la division de Thomme armé, assisté du C. Antoine Chariot, notre secrétaire greffier : en vertu d'ordres du citoyen préfet de police du jour d'hier, portant que nous nous transporterions à la .maison du Temple, à Paris où sont détenus les nommés Michel Louis Talot, Charles de Hesse, Ferdinand Louis Lepelletier, Hugues Destrem, pour dresser procès-verbal de leur reconnaissance et identité, au moment de leur départ pour être conduits, par la gendarmerie, devant le préfet de la Charente-Inférieure à Xaintes, conformément aux ordres du ministre de la police générale.
Nous nous sommes transportés dans la maison du Temple où nous avons trouvé le C. Louis François Fauconnier, concierge d'icelle, et ou sont survenus à l'instant, le citoyen Louis Félix Broutier, inspecteur adjoint des prisons, -et le citoyen Antoine Gaudriot, lieutenant de gendarmerie, ce dernier, chargé de la conduite desdits citoyens Talot, Lepelletier, de Hesse et Destrem ; nous avons donné communication auxdits citoyens Fauconnier, Broutier et Gaudriot des ordres du préfet de poMce dont nous étions porteur, requerrant lesdits citoyens de nous accompagner auprès des iHs Talot, de Hesse, Lepelletier et Destrem, et particulièrement, ledit citoyen Fauconnier, d'exhiber du registre où sont les écrous et signalements desdits C. C. détenus ; à quoi obtempérant, sommes entrés avec lesdits citoyens Fauconnier, .Broutier, Gaudriot et Chariot, dans la tour du Temple, nous avons appelé :
1° Le citoyen Michel Louis Talot, âgé de 45 ans, natif de Cholet, département de Maine-et- Loire, adjudant commandant non employé, domicilié à Paris, boulevart Italien en face du Pavillon d'Hanovre, taille (signalement)... s'est présenté sur ledit appel, un individu qui nous a dit être le citoyen Talot que nous venions de
nommer et signaler, il a en effet, été reconnu pour être le même, par lesdits C. C. Fauconnier, Broutier, Gaudriot et par nous qui en avions fait hier soir l'appel nominal.
2° Le citoyen Charles Dehesse, âgé de 49 ans, natif de Cassel en Allemagne, général divisionnaire de la division du Temple, domicilié à Paris, rue Chariot n^ 33 (sigr.alement)... s'est présenté sur ledit appel, un individu qui nous a dit être le citoyen Dehesse, que nous venions de nommer... (comme plus haut).
3° Le citoyen Ferdinand, Louis, Michel, Félix Lepelletier, âgé de 33 ans, 3 mois, natif de Paris, département de la Seine, cultivateur, domicilié à Versailles, rue et porte de Bucq, arrêté à Paris, boulevard Montmartre n** 27, (signalement)... sur cet appel, etc.
4«» Le C. Hugues Destrem, âgé de quarante sept ans, natif de Fanjeaux, département de l'Aude, propriétaire, i^omicilié à Toulouze, département de la Haute-Garonne,, logé à Paris, rue St-Denis n^ 55, taille d'un mètre 78 centimètres, cheveux gris blancs, sourcils châtains, yeux gris, bouche moyenne, menton rond, visage ovale et plein ; s'est présenté sur ledit appel un individu qui nous a dit être le citoyen Hugues Destrem, que nous venions de nommer et de signaler ; il a en effet été reconnu pour être le même par les C. Fauconnier, Broutier, Gaudriot, et par nous qui en avons fait hier soir l'appel nominal.
En vertu des ordres ci-dessus datés, nous avons fait Ja nemise de.s personnes desdits citoyens Talot, de Hesse, Lepelletier et Destrem, au citoyen Antoine Gaudriot, lieutenant de gendarmerie, qui s'en est chargé, tant envers nous, qu'envers le concierge de ladite maison du Temple.
Lecture faite du présent procès-verbal, tant auxd. Talot, de Hesse, Lepelletier et Destrem>
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qu'auxd. Fauconnier, Broutier et Gaudriot, ont dit qu'il n'y avait que vérité, et ont signé, avec jious et notre secrétaire, à l'exception desd. Talot, de Hesse, Lepelletier et Destrem, qui ont dit que c'était inutile, ainsi signé en fin de la minutte, Fauconnier, Broutier, Gaudriot, Charlot, secrétaire et Martin Gibergues, commissaire de police, au-dessous : pour copie conforme,
Signé : Martin Gibergues, Commissaire
{Pour copie conforme, le secrétaire général adjoint : Signature illisible. — Arch. de la préfecture de police).
Conformément à cette pièce, Gaudriot « lieutenant de la gendarmerie nationale de Paris, caserne au ci-devant palais du Temple », donne reçu des quatre prisonniers, et, dans la même journée, l'un des chefs de ce gendarme écrit à Dubois :