‹ Le dossier d'un déporté de 1804: (Hugues Destrem, membre de l'Assemblée Législative et duChapitre 21 sur 33 · GENERALE · texte numérisé non relu

GENERALE

— Rapport au ministre de la police Déportés générale fait par Vînspec-

— leur général de la gendar- Département darmerie nationale,

de... —

Le 23 pluviôse, an IX de la République française une et indivisible.

Le chef de la l re division de gendarmerie me rend compte que le C. Gaudriot, lieutenant de gendarmerie à la résidence de Paris a remis, le 13 du courant au commandant d'armes à St-

Martin, Isle de Rhé, Charles Hesse, Lepelletier, Talots et Duhem (sic) -ous les quatre condamnés à la déportation que cet officier était charge de conduire à Saintes, devant le préfet de la Charente-Inférieure, qui a requis de poursuivre la conduite jusqu'au dit St-Martin, où ce lieutenant a fait dresser un procès-verbal de remise.

Radet.

(Arch. nationales. F. 7-6276).

Au début de mes recherches, et sur la foi des biographes contemporains, de Thibaudeau entre autres, je croyais que Destrem avait été d'abord transféré à nie d'Oléron ; Henri Rochefort qui, à la suite des événements de la Commune avait, lui aussi passé par Oléron où il avait été fort mal, avait été installé ensuite à la citadelle de Saint-Martin-de-Ré d'où il m'écrivait, le 7 septembre 1872 :

Je suis ici excessivement bien. Votre grand père Destrem, Mirabeau, Pichegru, y ont été enfermés...

Je fis part de mes doutes à Henri Rochefort, mais, au milieu de ses propres ennuis, il eut l'obligeance et il trouva le temps de me donner, par correspondance, de précieux détails dont je fis mon profit ; d'abord, dans une lettre du 16 septembre 1872 :

L'adjoint au maire de St-Martin de Ré est un chercheur qui a fait un volume sur file de Ré, où il est question de votre grand-père. Il vous trouverait des documents extrêmement précieux pour vous, tant aux archives d'ici, qu à celles de la Rochelle ; tâchez de venir.

Puis encore, le 16 janvier 1873 :

Votre grand-père a été parfaitement déporté à nie de Ré : il y a dans l'île, une dame âgée de 85 ans qui ±a connu. Il donnait des leçons pour vivre. Elle s'appelle Madame Foucault ; c'est la belle mère du docteur Ponsin, médecin de la citadelle. Elle lui a dépeint exactement votre grand-père. L'oncle de Madame Foucault, mort à Ré, âgé de 90 ans, était l'ami intime de Destrem.

Voilà qui est catégorique.

Sur ces indications d'Henri Rochefort je me rendis à Saint-Martin-de-Ré ; j'eus l'honneur d'y être reçu par Mme Foucault, qui, dans son âge avancé conservait l'intelligence la plus lucide et la mémoire la plus fraiche des événements de 1801.

Mme Foucault avait dix à douze ans pendant l'exil — Destrem venait souvent dans sa famille ; c'était me dit-elle, un grand et bel homme, d'une réelle distinction de manières, et extrêmement aimable — il se plaisait à jouer avec les enfants. Il y avait là aussi, M. Goupilleau, également déporté (1).

Ce n'est pas, me dit-elle encore, Destrem, qui donnait des leçons, mais un autre condamné. M. Destrem s'amusait à la faire

(1) Goupilleau est au nombre des députés exclus au 10 brumaire, mais je n'ai pas trouvé de trace de son passage dans l'île. Peut-être Mme Foucault se trompait-elle de nom.

Au surplus, de ce que je n'ai *ien su découvrir au sujet de Goupilleau (de Montaigu), il ne s'en suit pas que ce républicain si sur et si ferme n'ait pas été persécuté. Ce serait une recherche à faire.

rire, il promettait de lui montrer le diable, mais, pour cela, disait-il, il lui aurait fallu un gros chat noir. Destrem venait en soirée dans les principales maisons de la ville.

L'oncle de Mme Foucault, M. Lecamp s'était beaucoup lié avec Destrem.

Un autre habitant de Saint-Martin, M.

Etienne Fournier plus âgé encore que Mme Foucault, se souvenait, lui aussi, de Destrem, qui, avec les autres condamnés, vint plusieurs fois en soirée chez son père.

Enfin il me fut donné de recueillir le témoignage de M. Genest, vieillard singulièrement alerte, qui poussa la bonté après m'avoir renseigné jusqu'à donner des indications précises à une personne du pays, afin que celle-ci put me montrer les logements occupés par les quatre proscrits. Par lui je sus que Destrem, à Saint-Martin-de- Ré, demeurait 3, rue des Gouverneurs, près de la place Louis XV, et à côté du « Gouvernement », maison ainsi appelée encore aujourd'hui, parceque c'était autrefois la résidence du gouverneur de l'île. Félix Lepeletier avait loué la maison portant le n° 8 de la place Louis XV ; Charles de Hesse demeurait rue de la Porte de la Couarde, n°

Le père de M. Genest, ancien cuisinier du bailli d'Aulan, le dernier gouverneur, tenait, pendant le Consulat, l'auberge ou mangeaient les proscrits ; cette auberge, située sur la place Louis XV, agrémentée d'un grand jardin, a été ensuite occupée — jusqu'en 1866 — par le Café Militaire, que tint

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