III. — A Toulouse
Destrem ne posa pas sa candidature à la Convention Nationale. La lettre de l'un de ses fils à laquelle nous avons fait plus haut un emprunt, donne, en ces termes, les motifs de cette résolution :
A son retour de l'Assemblée législative, il trouva sa maison de commerce trop médiocre pour remplir le but qu'il se proposait d'atteindre dans le monde commerçant. Une nombreuse famille, l'ambition de conserver et d'agrandir ses relations, le besoin d'établir ou d'élever ses enfants, tous ces puissants motifs l'engagèrent à se fixer à Toulouse... Lorsque mon père s'établit à Toulouse, il jouissait d'une belle fortune et d'un crédit justement acquis par l'assiduité au travail et la conduite la plus régulière. Il eut souvent l'occasion d'éprouver ce môme crédit dans diverses opérations commerciales où ses propres fonds n'auraient pas suffi.
Dans ces circonstances si rigoureuses et si terribles pour le commerce et pour le peuple, il fut souvent appelé au Comité des subsistances de sa commune, pour y participer ses conseils sur les moyens à prendre afin d éviter la famine et la pénurie de toute espèce de ressource.
La municipalité de Toulouse, dans un de ces moments de crise, le pria de vouloir prendre les .moyens qu'il trouverait convenables, afin de pourvoir la ville de comestibles, et principalement des objets de l'épicerie (c'était son commerce). Il proposa une Société aux principaux épiciers, et il réussit, par ses soins et sa constante activité à assurer des ressourcée à la ville et à la majeure partie du département.
La grande opération commerciale dont il est parlé ici se ferait aujourd'hui par des moyens très simples ; à l'époque où elle se passa, elle appelait des procédés que la législation révolutionnaire nécessitait : il fallait s'entendre avec les représentants du peuple en mission, obtenir d'eux l'autorisation de rassembler de fortes sommes pour acheter sur différentes places des subsistances, cela sans risquer une accusation d'accaparement ; les représentants et la Commune de Toulouse remirent à Destrem les pouvoirs nécessaires. Il fit des voyages à Bordeaux, à Marseille, à Lunel, à Grasse, etc., et il remplit à la satisfaction générale la délégation qu'il tenait à la fois des membres de la Convention Nationale, de la municipalité et du commerce toulousain.
Mais une entreprise où l'argent a figuré donne facilement une arme aux ennemis politiques de celui qui l'a conduite. Lorsque la réaction thermidorienne eut rendu l'espoir aux royalistes, ceux-ci ne manquèrent pas d'attaquer Destrem sur l'affaire des subsistances. Ils avaient à Toulouse un organe très alerte, très combatif : VAnti ter-
roriste; et ce furent chaque jour des articles injurieux et d'ailleurs calomnieux, contre celui qu'ils appelaient « Maximum-Destrem » en souvenir des lois de Tan II sur le prix des marchandises.
Ces calomnies rampèrent jusqu'à la tribune nationale.
Plus tard, en l'an V, à propos d'événements dont nous aurons à parler bientôt, Destrem vint à Paris pour défendre la municipalité républicaine de Toulouse contre des pétitionnaires royalistes. Les députés réactionnaires, et à leur tête Mailhe, de la Haute-Garonne, appuyaient la pétition ; à la vue de Destrem, devenu commissaire du Directoire à Toulouse, el qui, dès l'année suivante devait le remplacer au Conseil des Cinq-Cents, Mailhe ne put se contenir et sa colère s'exhala à la tribune du Conseil en des paroles forcenées contre son rival polttique ; j'emprunte le récit de l'incident au Moniteur universel du 1 er frimaire, an V :