CONSEIL DES CINQ-CENTS. — SEANCE DU 27 BRUMAIRE AN V
Mailhe. — Près de cette administration municipale de Toulouse, il existe un commissaire du Directoire exécutif, bien digne des hommes au-
Erès desquels il est assis. Ce commissaire est autement accusé, par l'opinion publique, de s'être enrichi par les opérations les plus frauduleuses, telles que celle-ci : Toulouse avait besoin de subsistances, de grains ; ce Commissaire était envoyé à Bordeaux ou ailleurs, ache-
tait au maximum, revendait au cours ; c'est par ces honnêtes moyens qu'il est parvenu à élever sa très médiocre fortune, à la somme de quinze cent mille livres en écus...
N... — Gela est faux.
Mailhe. — L'homme dont je parle est à Paris.il est dans cette salle, il m'entend... (plusieurs membres désignent un citoyen placé au banc des pétitionnaires, qui, par un geste témoigne que c'est effectivement de lui que l'orateur a parlé. On lui entend proférer ces mots : Tout cela est {aux.)
11 est à peine besoin de faire remarquer que le négociant qui, en l'an II, en. pleine Terreur, muni d'une délégation qui l'autorisait à acheter, même par réquisition, dans différentes villes, pour l'approvisionnement d'une commune, eût, dans de telles conditions, essayé « d'acheter au maximum et de revendre au cours » la grande quantité de marchandises que comportait la mission de Destrem, se serait fait arrêter et guillotiner dans un délai singulièrement bref, comme affameur, accapareur et dilapidateur ; l'accusation de Mailhe, empruntée aux polémiques de Y Anti-terroriste ne tenait donc pas debout. Mais Destrem, qui laissait chaque jour Y Anti-terroriste proférer contre lui ces calomnies sans les honorer d'une réplique crut devoir répondre à ces mêmes calomnies, répétées à la tribune nationale. C'est pourquoi, le lendemain de l'incident, il faisait imprimer et distribuer aux membres de l'assemblée ces courtes et limpides explications :
Destrem, Commissaire du Directoire exécutif près V administration municipale de Toulouse aux membres composant le Conseil des Cinq- Cents.
Citoyens représentants,
Je ne devais pas m'attendre que le citoyen
Mailhe se permettrait de me calomnier comme
il le fit hier à la tribune, en parlant contre les
fonctionnaires publics de Toulouse, élus par le
Eeuple, qu'il na pas rougi d'appeler tous des rigands ; il n'est pas généreux, à lui, de m* avoir si cruellement outragé, dans un moment et dans un lieu où je ne pouvais lui répondre. Je le ferai plus au long quand le temps me le permettra, et je prouverai à la République entière, la différence quïl y a entre Mailhe et Destrem.
Je suis père de onze enfants, et si je jouisd'une certaine aisance, je ne la dois qu'à l'industrie de mes pères ; j'ai acquis, à la vérité, en 1791 et 1792, quelques biens nationaux, mais, d'un autre côté, la Révolution a diminué mes fonds commerciaux à tel point que j'offre tout ce que je possède, pour les trois quarts de ce que j'avais à la mort de mon père en 1783.
J'ai toujours exercé des fonctions publiques, depuis l'aurore de la Révolution, excepté pendant le règne de la Terreur, parce qu'il répugnait à mes principes. Mailhe peut-il en dire autant ?
Mailhe a dit que j'avais fait une fortune scandaleuse, dans les approvisionnements de la commune ; la vérité est, qu'ayant été chargé par les autorités constituées de cette commune, et les représentants alors en mission, de faire des approvisionnements en huiles, savons, sucres, cafés et autres articles d'épicerie, j'ai fait plusieurs voyages et dirigé toutes les opérations pour l'emploi ~des fonds fournis par divers négociants (dont je faisais partie) et que toutes les marchandises ont été livrées aux détaillants, sur les bons de la municipalité, à dix
Î>our cent, au-dessous du prix du détail fixé par e maximum ; cette opération fut faite, du mois de frimaire 1793 au mois de thermidor 1794, et toutes les marchandises furent consommées avant la levée du maximum ; je ne pensais pas qu'une conduite aussi désintéressée "à des époques si difficiles, et dont les résultats ont été si avantageux à mes concitoyens, dut m'être imputée à blûme. Je m'en faisais et je m'en fais encore un titre de gloire.
Les faits allégués par Mailhe, contre les administrateurs municipaux et juges et juges de paix de Toulouse ne sont pas moins faux que ceux qui me sont particuliers. Aucun de ces fonctionnaires publics n'a été membre des Comités ni tribunaux révolutionnaires pendant le règne de Robespierre, la majorité, au contraire, a été nommée par le peuple au commencement de la Révolution à des fonctions administratives et sans doute gu'ils ont bien répondu à sa confiance, puisqu'il les a réélus d'une manière si honorable, à celles qu'ils remplissent actuellement. Il fallait que Mailhe eut de bien faibles moyens pour attaquer ces nouvelles nominations, puisque son opinion n'a été qu'un long tissu de divagations, de personnalités et de calomnies.
L'amour-propre de Mailhe, humilié de ce que l'Assemblée électorale du département de la Haute-Garonne, lui avait unanimement retiré sa confiance, le porte à favoriser de tous ses moyens, le système d'hommes qui voudraient troubler l'ordre, dont les principes fermes et républicains des fonctionnaires publics de Toulouse, font jouir, non seulement cette grande commune, mais même les départements environnants ; on a donc eu raison de dire à votre tribune, qu'il n'est pas de sentiment plus révolutionnaire que celui de la vengeance.
Destrem.