Lourdes en Flandre, p
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La grotte d'Oostakker n'a dans l'aspect rien de commun avec la grotte de Lourdes ; il n'y a en réalité d'analogie entre elles que la multiplicité des offrandes qui y affluent. Les ex-voto dont la grotte belge est surchargée lui donnent la physionomie la plus bizarre. En face de l'entrée est un simulacre de Bernadette agenouillée. On ne sait pas au juste si elle est à genoux devant la statue de la Vierge ou devant l'aquarium. Les pèlerins d'Oostakker font ordinairement trois fois le tour de la grotte ; dans l'intérieur obscur et enfumé, ils allument des cierges « dont la flamme se reflète dans les glaces de l'aquarium. » On ne dit pas si les poissons y sont toujours, ni ce qu'ils en pensent s'ils y sont encore.
Autre détail singulier, commun, paraît-il, aux deux sanctuaires :
« A Oostakker, comme à Lourdes, on glisse sa carte de visite dans les fentes du rocher \ » Une carte cornée sans doute.
Il n'y a pas de bon pèlerinage sans une chapelle ; l'abbé Scheerlinck aurait pu se dispenser de le rappeler. La Vierge de Lourdes n'a-t-elle pas dit à Bernadette : a Va mon enfant, dis aux prêtres qu'on doit bâtir ici une église. »
« Marie, dit l'abbé, n'a pas émis formellement le même vœu pour Oostakker; mais... » etc. (P. 1 16.)
r. Lourdes en Flandre, p. 1 10.
Pas formellement est adorable !
Le fait est qu'au grand pèlerinage de 1875, où le clergé belge a pu diriger vingt mille Xavériens sur la grotte d'Oostakker, on lisait sur un poteau « avec une vive émotion », dit le narrateur : « Je veux que beaucoup de monde vienne ici. — Va dire aux prêtres qu'on doit bâtir ici une église et y venir en procession. »
L'idée de ces poteaux qui permettent de transporter le « ici » de la Vierge, de Lourdes à Oostakker et d'Oostakker où il plaira, me paraît une véritable trouvaille.
En somme, le Lourdes belge a aujourd'hui son église ; et, comme il n'y a pas de bonne église sans un couvent tout auprès, les pères jésuites se sont fait installera côté une. habitation commode et spacieuse. Les voilà dans le parc. Je ne serais pas étonné que la Vierge ne se dérangeât au premier jour pour leur faire connaître qu'elle les verrait, avec plus de plaisir encore, installés dans le château.
Tous les sanctuaires„nouveaux ne peuvent pourtant pas s'ériger en succursales de Lourdes et de la Salette. Il leur importe donc de se créer une personnalité par l'adoption d'un vocable. Grave question que le choix d'un vocable ! surtout si l'on ne veut pas être banal. Tous ceux qui impliquaient une idée d'assistance , de protection, ont été pris et repris à satiété. Combien de Notre-Dame de Bon-Secours, de Bonne-Garde, de Bonne-Espérance, des Vertus, des Prodiges, des Mira-
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clés! On a broché encore sur ces vocables déjà si séduisants. A Notre-Dame des Aides on a opposé Notre-Dame de Toutes- Aides; à Notre-Dame du Remède, Notre- Dame de Tous-Remèdes; à Notre-Dame des Grâces, Notre-Dame de Toutes- Grâces ; à Notre-Dame de Bon-Secours, Notre-Dame de Prompt -Secours, de Tout-Secours et mieux encore de Perpétuel-Secours. Un secours perpétuel, y a-t-il rien de supérieur à cela?
o Que puis-je craindre de mes ennemis, remarque très excellemment un des rédacteurs de la Semaine religieuse de Paris \ si j'ai pour moi Notre-Dame du Perpétuel-Secours ?
» Notre-Dame des Victoires me convertira : mais Notre-Dame du Perpétuel -Secours me prémunira contre la rechute et me fera persévérer. Suis-je pêcheur opiniâtre? Dieu peut-être va m'abandonner , mais Notre-Dame du Perpétuel-Secours, jamais: elle me doit, si je la prie, une miséricorde opiniâtre et perpétuelle. Lorsque j'invoque Notre-Dame de Bon-Secours, je me sens plein d'espoir ; mais, comme cet espoir grandit, quand je vois que ce bon secours sera perpétuel! Notre-Dame des Malades me guérira : mais avec quel abandon je confie ma santé pour le présent et pour l'avenir à la mère puissante qui veillera toujours sur moi parce qu'elle est mon perpétuel secours. Dans mes angoisses de la vie et de la mort, j'invoquerai Notre - Dame de Consolation : mais avec quelles délices j'entends Marie me dire : « Ne crains pas mon
i. Septembre 1867.
» enfant : dans tes peines, dans tes épreuves, surtout à » la mort, je serai là toujours pour te tendre la main, » pour sécher tes pleurs, pour fortifier ton âme. Je suis » ton perpétuel secours !
» On le voit , ce titre magnifique résume toutes les prérogatives de Marie, et y ajoute quelque chose de ravissant, la perpétuité de cet universel secours. »
Ce n'est certes pas un titre ordinaire que celui qui vient en réduire tant d'autres à néant. L'auteur de ce vocable peut se flatter d'avoir touché juste.
D'autres vocables, sans paraître transcendants au premier abord, n'en ont pas moins une valeur exceptionnelle. Tel par exemple, celui de Notre-Dame de la Providence, que M. le curé de Digoin nous recommande comme aussi neuf qu'opportun *. Tel encore celui de Notre-Dame du Sacré- Cœur, qui nous est donné pour une véritable inspiration en ce qu'il a « l'avantage de réunir en une même pensée les deux grandes dévotions qui ont, maintenant surtout, plus d"1 actualité . » Lisez : la dévotion à Marie et celle au Sacré-Cœur.
« Jusqu'ici, dit une brochure spéciale , on a pu
ï. « Il est un titre sous lequel la sainte Vierge n'avait pas encore été honorée et priée, un nom qui ne lui avait pas encore été donné, celui de Notre-Dame de la Providence. Sous ce titre si beau, si opportun en nos temps si troublés, j'ai été amené par les circonstances et par un vœu... » etc. Circulaire de M. le curé de Digoin, 1872, in-8°.
l'offrir (la Vierge) aux pêcheurs, aux mourants, aux faibles, aux malheureux, à la France, au monde, sous les noms si doux de Notre-Dame de Grâce, de Bon-Secours, de Bon-Remède, de Bon-Conseil, de la Paix, etc.; mais rien ri égale son nouveau titre. Elle n'est tout ce qu'on vient de dire que parce qu'elle est en réalité Notre-Dame du Sacré-Cœur, c'est-à-dire souveraine maîtresse du cœur de Jésus, qui est la source de toutes les grâces qui s'épanchent sur l'humanité1. »
« On disait bien jusqu'à cette heure, écrit un autre panégyriste : « Cœur sacré de Jésus, ayez pitié de » nous ! Cœur immaculé de Marie, priez pour nous ! » Mais le trait d'union manquait, et ce trait d'union est devenu un trait de lumière lorsqu'on a pu dire : « Notre-Dame du Sacré-Cœur, priez pour nous ! 2 »
Et le même auteur ajoute, comme un argument décisif :
« En implorant Notre-Dame du Sacré-Cœur, nous attirons sur nous ses faveurs les plus spéciales et les plus signalées. »
1. Notice sur l'association en l'honneur de Notre-Dame du Sacré-Cœur, par le P. Chevalier. n° édit. Tours, i865, in-18, p. 11.
2. De la dévotion à Notre-Dame du Sacré-Cœur, par l'abbé X. Deidier. Chez les missionnaires du Sacre-Cœur, à Issoudun (Indre), gr. in-18, p. 120.
Les faveurs de Notre-Dame du Sacré-Cœur, entendons-nous bien : faveurs qu'il ne faut pas confondre avec celles que toute autre Notre-Dame a le droit de répandre. Il n'est pas rare, en effet, qu'on nous montre la Vierge accordant, quand on l'implore sous un certain vocable, une grâce qu'elle avait refusée tant qu'on l'invoquait sous une autre. « Sa malheureuse femme, dit Mgr. de Ségur racontant la guérison d'un ivrogne , avait tout fait pour obtenir sa conversion : prières continuelles, neuvaines à Notre-Dame des Victoires, neuvaines à Notre-Dame de Fourvières. » — Elle n'obtient un résultat qu'en s'adressant à sainte Anne d'Auray *.
Rien ne serait plus préjudiciable aux sanctuaires mis en cause que des anecdotes de cette nature, si fort heureusement le client n'ignorait d'avance quel sera celui des saints ou celle des vierges sollicités qui ne l'exaucera pas.
Une femme trouve, à Bétharram, la fin de maux d^ntrailles pour lesquels elle avait inutilement imploré Notre-Dame de Lourdes2. Une jeune fille, atteinte de la danse de saint Guy, obtient de Notre-Dame du Pontmain la guérison que Notre-Dame du Chêne lui avait refusée 3. Là-dessus, rien de plus naturel que de
1. Les Merveilles de sainte Anne d'Auray, par Mgr de Ségur. Paris, Tolra, 1876, in-18, p. 90.
2. Manuel du Pèlerin à Notre-Dame et au calvaire de Bétharram, par un prêtre de Bétharrara, 3°édit. Paris, 1874, in-18, p. 55,