Apparition du Pontmain, p
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se demander si Notre-Dame de Lourdes et Notre- Dame de Bétharram, Notre-Dame du Pontmain et Notre-Dame du Chêne sont bien la même Vierge. Les distinctions que le clergé s'attache à établir entre les vocables, aussi bien qu'entre les degrés de pouvoir de toutes les Notre-Dame, sont assurément faites pour inspirer l'idée de personnalités diverses.
« Notre-Dame de Rodez, lisons-nous dans un mandement de Mgr l'évêque de Rodez, va faire sa Visitation à Notre-Dame de Lourdes ; la Vierge du Rouergue veut quitter ses montagnes pour aller rendre honneur à la Vierge des Pyrénées. »
D'après cet amphigouri épiscopal, comment ne pas croire à deux Vierges ; et, si l'une doit hommage à l'autre, à deux Vierges de catégorie différente ?
Une histoire du Pèlerin, qui n'est pas parmi ses plus ridicules, nous montre une domestique donnant à sa maîtresse mourante une commission pour le paradis. Elle a quelque chose à rappeler à la Vierge. Or, ce n'est pas du mot Vierge que cette fille se sert, c'est du terme « Notre-Dame de Lourdes » . Celle à qui elle a affaire, même au delà du tombeau, c'est encore la Notre-Dame à succès \
i. « Si notre horizon politique est noir, Dieu nous montre qu'il veille sur nous.
» Une vieille dame, infirme depuis très longtemps, après avoir supporté ses souffrances avec une grande patience chrétienne pendant plus de dix ans, voyait sans crainte arriver le moment
Il est impossible que, de la mise en regard de ces Vierges, qui font tant parler d'elles, avec celles dont on ne dit rien, il ne résulte pas un certain trouble dans l'esprit des fidèles. Ce trouble, le Saint-Siège ne contribue pas peu à l'augmenter par les faveurs qu'ilrépand, dans des conditions très variables, entre les différents sanctuaires et sur les Notre-Dame elles-mêmes. Ici, c'est une église à laquelle le pape octroie le titre de basilique, qui la classe, du coup, dans l'aristocratie des sanctuaires ; là, c'en est une autre à laquelle il accorde l'insigne faveur de l'autel privilégié, ce qui permet d'y délivrer, à chaque messe, une âme du purgatoire, ou à peu près H. Quant aux indulgences atta-
de paraître devant Notre-Seigneur. Cette bonne dame avait à son service une domestique moins infirme qu'elle, mais ayant un bras paralysé... Voici un petit dialogue qui eut lieu avant la mort de la maîtresse :
y, — Ma pauvre fille, dit la dame, vous souffrez beaucoup. Moi, je meurs; j'espère entrer au ciel tout de suite, parce que j'ai fait mon purgatoire sur la terre. Je demanderai au bon Dieu une grâce pour vous.
» — Quelle grâce, madame i dit la domestique.
» — La grâce, reprit la mourante, de venir avec moi, vous êtes trop malheureuse sur la terre.
» — Ah! ah! si j'étais sûre d'avoir fait mon purgatoire, ja ne dis pas... Plutôt vous verrez Notre-Dame de Lourdes, car elle est par là, dites-lui donc que je lui ai fait plus de quinze neuvaines et qu'elle ne m'a pas exaucée.
» — Eh bien, je lui dirai cela.
» La maîtresse mourut. Quand la domestique fut sur le point d'ensevelir le cadavre, elle ressentit dans son bras et dans sa main un grand bien-être... elle était guérie... La bonne dame avait fait la commission. » Le Pèlerin, 20 année, p. 322.
1. « Un autel est privilégié quand le Souverain Pontife atta-
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chées à la visite de tel ou tel sanctuaire, elles témoignent d'une extrême fantaisie : ici partielles, là plénières ; celles-ci à temps, celles-là à perpétuité; bonnes seulement à jour fixe, ou pour un jour au choix; valables une fois par mois, ou toute l'année, ou à certaines fêtes désignées : telles fêtes pour les uns, telles fêtes pour les autres. Sept ans, sept quarantaines à quiconque ira visiter Notre-Dame d'Avenière un vendredi. Pour conquérir la même faveur à Notre-Dame des Doms, il faut choisir un samedi. Toute autre visite à Notre-Dame des Doms , le dimanche : indulgence plénière, et le reste de la semaine, trois cents jours. Toute visite, un jour quelconque, à Notre-Dame de Soubs-Terre, à Chartres : trois ans, trois quarantaines. Explique ces nuances qui pourra ! Notre-Dame de Roc-Amadour jouit seule du privilège insigne d'un jubilé solennel, dit grand pardon, chaque année où la Fête-Dieu coïncide avec la Nativité de saint Jean- Baptiste ; et, seule aussi, Notre-Dame du Puy jouit d'un privilège analogue, chaque fois que l'Annonciation coïncide avec le vendredi saint. Pourquoi? Mys-
che à chaque messe qui s'y célèbre une indulgence tellement abondante, qu'elle suffise pour délivrer du Purgatoire l'âme en faveur de laquelle on l'a dite.
» Toutefois, comme cette indulgence ne peut être appliquée à cette âme que par voie de suffrage, Dieu seul connaît la mesure de l'efficacité qu'il juge à propos de donner à ces sortes de secours : c'est là la raison pour laquelle on célèbre plusieurs messes, même à un autel privilégié, pour le même défunt. » Manuel des Indulgence? authentiques, par un docteur en théologie. 2e édit. Paris, 18Ô0, r. in-iS, p, 2.S7.
tère ! A Notre-Dame des Doms, déjà si bien gratifiée, toute messe entendue rapporte au fidèle, de par décret pontifical, cinq cents jours d'indulgence. Il y a donc des endroits où l'on a beaucoup plus d'avantages à entendre la messe que dans d'autres.
Parmi les indulgences connues, il en est deux de premier ordre : l'indulgence de la Porlioncule, « obtenue par saint François d'Assise de Notre-Seigneur lui-même, parl'intermédiaire de latrès sainte Vierge1 » ; et l'indulgence de Lorette, résumant en elle seule les privilèges des sept basiliques romaines, privilèges tellement nombreux, que personne n'en connaît la liste entière. Ces deux indulgences, très prisées, sont au nombre des faveurs dont le pape se plaît à rehausser l'éclat de certains sanctuaires. La jouissance d'une des deux n'exclut pas l'autre. Tandis que tel sanctuaire n'obtient que l'indulgence de Lorette, et tel autre que l'indulgence de la Portioncule, un troisième obtiendra très bien les deux à la fois. Il en est de même, au reste, de toutes les autres grâces accordées chichement aux uns, prodiguées aux autres, sans qu'il soit possible de comprendre pourquoi. Tout ce que l'on peut dire, c'est que le zèle des évèques influe beaucoup sur la répartition. Un prélat actif ne doit pas craindre de pousser, en personne, jusqu'à Rome, pour solliciter, en faveur du sanctuaire de prédilection, de celui qu'il faut classer ou dont le succès est à entretenir, soit le nouveau titre, soit le bagage d'indulgences après lequel